Nouvelles menaces du procureur Gueye : qu’il commence par balayer devant sa porte

Le procureur Serigne Bassirou Gueye vient, une fois de plus, de menacer de ses foudres quiconque attaquerait les magistrats. Selon ses propos rapportés par la presse, « il ne va plus permettre à quelqu’un de continuer à jeter le discrédit sur la justice ». Les faits ci-après que je vais rappeler à son souvenir prouvent que c’est certains magistrats et auxiliaires de la justice qui se sont le plus illustrés dans la dénonciation des maux dont souffre la justice sénégalaise, sans s’exposer à ses foudres.

En effet, on se rappelle, en 2015, des titres à la Une de la presse sénégalaise dans le dossier opposant Wartsila et les Résidences les Jardins « Corruption dans la Magistrature : trois juges de la Cour d’Appel de Saint-Louis poursuivis devant l’Ofnac par le cabinet Me Mame Adama Guèye et Associés ». Dans le cadre de cette affaire, Me Mame Adama Guèye, avait utilisé une arme de destruction massive en affirmant que « la corruption dans la justice au Sénégal a atteint des proportions inquiétantes. C’est tout le système judiciaire à tous les niveaux de la justice. L’indépendance de la magistrature est instrumentalisée par certains magistrats qui la mettent au service d’intérêts illégitimes. La Justice est ainsi gangrénée par la corruption jusque dans ses plus hautes instances ». Attaque pouvait-elle être plus frontale, plus explicite et plus directe que celle-ci ? Bien sûr que non ! Avait-il subi les foudres du Procureur ? Encore non, en dépit des tentatives d’intimidations de l’Union des magistrats sénégalais (UMS) qui lui avait servi une sommation interpellative. Mais, face à la mobilisation des avocats à travers le Bâtonnat, rien n’est arrivé à Me Mame Adama Gueye après avoir proféré ces gravissimes et salissantes accusations. Moralité : les foudres du Procureur ne visent que les citoyens démunis de protection et surtout les politiciens situés du mauvais bord.

En mai 2017, l’ancien Président de l’UMS, Alioune Niane relatait dans la presse « l’attitude de défiance »  et d’entrave « dans une arrogance légendaire » dont était l’auteur le Ministre délégué Moustapha DIOP face aux magistrats et vérificateurs de la Cour des comptes venus auditer le Fonds de l’entrepreneuriat féminin qui était sous sa tutelle après en avoir été le gestionnaire. Monsieur Niane qualifiait cet acte de « posture qui rame à contre-courant des valeurs républicaines » surtout que cette défiance et cette arrogance pouvaient être assimilées à un outrage caractérisé à magistrats dans l’exercice de leurs fonctions. Qu’a fait le Procureur ? A-t-il sévi ? Rien du tout, sinon faire le dos rond en attendant de voir passer la tempête soulevée par cette attaque dont étaient victimes les magistrats et vérificateurs de la Cour des comptes. En effet, la personne auteur de ces faits, plus que condamnables, est l’un des hommes forts du parti présidentiel à Louga. La leçon à tirer c’est qu’on peut se dresser contre les magistrats, voire les insulter pourvu d’être un « haut d’en haut » comme le diraient nos cousins Ivoriens, c’est-à-dire être du bon bord.

En décembre 2016, le juge Souleymane Téliko, devenu entretemps Président élu de l’UMS, a fait sensation à travers une contribution largement diffusée et commentée sur la réforme de l’article 65 du Statut des magistrats. Parlant de cette réforme, Monsieur Téliko avait écrit que cette réforme portait les « les germes  du larbinisme  et du carriérisme » dans la justice. Larbins et carriéristes les magistrats ? Quiconque essaierait de répondre à cette question par l’affirmative risquerait de subir les foudres de notre procureur national s’il était pas pourvu de solides protections. Seuls ceux et celles qui disposent d’un « parapluie » pourraient se hasarder à répondre à cette question sans coup férir.

La démission, en février 2017, du magistrat Ibrahima Hamidou Dème du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour dénoncer un recours abusif à la procédure dite de « la consultation à domicile », avait jeté un pavé dans la mare. En effet, dans sa lettre de démission adressée au Président Macky Sall, le magistrat Dème affirmait que cette façon de procéder pour nommer certains magistrats « ne garantit ni la transparence, ni le respect du principe constitutionnel de l’inamovibilité du juge ». Mieux, il écrit « la justice traverse aujourd’hui une crise profonde, étroitement liée au manque de transparence dans le choix des magistrats. Ainsi constate-t-on un traitement de certaines affaires, qui renforce le sentiment d’une justice instrumentalisée et affaiblit considérablement l’autorité des magistrats ». Ce sont ces mêmes propos, à quelques mots près mais toujours avec le même sens, qu’on entend, aujourd’hui, de la bouche des opposants au régime de Macky Sall et de la part de citoyens inquiets ou offusqués par la justice sénégalaise. Ce qui pourrait les exposer aux foudres du procureur. Quelle justice à double vitesse ! Pourquoi le procureur n’avait-il pas engagé des poursuites contre son collègue ? La réponse est simple : le magistrat Dème n’est pas n’importe qui et a les moyens de se défendre.

Plus récemment, le juge de la Cour des comptes Alioune Niane, encore lui, accusait le Ministre Amadou Ba de ne pas dire la vérité lorsqu’il affirme devant les députés de la 12e législature sortante que « la Cour des Comptes a déclaré conformes les écritures des comptes de gestion des comptables principaux du Trésor et le compte administratif de l’ordonnateur ». Comment qualifie-t-on des faits et propos attribués à une institution ou à une personne dont elle n’est pas l’auteur ? La diffamation. Monsieur Niane en arrive à conclure « qu’en agissant ainsi M. Amadou BA rejoint son collègue Moustapha DIOP dans l’illégalité, l’arrogance et le manque de respect des institutions de la République, notamment de la Cour des Comptes ». Qu’a-t-il entrepris le procureur pour laver ses collègues de la Cour des comptes de cette souillure du Ministre Amadou Ba ? Rien du tout. Encore le dos rond.

Tous ces faits que je viens de rappeler prouvent tout simplement que le procureur ne jouit d’aucune crédibilité, car pour ce faire, il aurait dû commencer par balayer devant sa porte. En effet, les critiques et les attaques les plus véhémentes contre le système judiciaire et les magistrats viennent de l’intérieur du système judiciaire comme le démontrent les faits exposés ci-dessus. Les opposants, les citoyens du « bas d’en bas » et les personnes indépendantes d’esprit à qui sont destinés les mises en garde ou plutôt les menaces du procureur ne font que reprendre les propos déjà tenus par des magistrats et des auxiliaires de la justice. Ce déficit de crédibilité dont le procureur est victime s’est accentué avec ses sorties médiatiques aussi hasardeuses qu’illégales. N’est-ce pas c’est lui, dans unes ses conférences de presse, avait dévoilé publiquement les secrets d’instruction d’une affaire pendante devant la justice en incriminant et en accrochant à un croc de boucher l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye dans une affaire l’opposant à son ex-épouse avant que le tribunal correctionnel de Dakar ne relaxe purement et simplement ce dernier ? Que pense le procureur sur les propos avilissants et pleins de discrédit à l’égard des magistrats du Président Macky Sall lorsque celui-ci affirmait qu’ « il a mis sous le coude » plusieurs dossiers de prévarications dans les deniers publics ? Certainement rien du tout, car c’est ce Président qui nomme, à sa guise, aux emplois civils et militaires, donc distributeur des « téranga » notamment à travers le Conseil supérieur de la magistrature.

Lorsque je vois et j’entends ce procureur parler, je mesure toute l’ampleur de la décrépitude de la justice sénégalaise comparativement aux valeureux et distingués procureurs qu’étaient les Leyti Kama, Louis Preira De Carvalho, El-Hadji Diouf, Ousmane NGoudiame, etc. Il rendrait service au système judiciaire en apprenant à se taire et à cesser de nous menacer, nous les simples citoyens dont notre seul tort est d’exprimer notre opinion (liberté garantie par la Constitution) relativement au fonctionnement de la justice et aux magistrats qui en sont les principaux acteurs. Sous d’autres cieux, de telles menaces et de tels manquements auraient valu à son auteur, au mieux, à sa mise au placard et, au pire, au déclenchement de poursuites contre lui pour manquement aux règles déontologiques et d’éthique de sa profession.

Ibrahima Sadikh NDour

Ibasadikh@gmail.com

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