Obama dialogue avec «le pays indien»

Barack Obama avec deux membres des Navajo Code Talkers
Barack Obama avec deux membres des Navajo Code Talkers

Barack Obama a rencontré les représentants de 157 tribus indiennes à Washington. (Ici, avec deux membres des Navajo Code Talkers.)

Pour la quatrième fois depuis 2009, le président américain a rencontré mercredi les chefs de quelque 157 tribus indiennes, pour un dialogue «de nation à nation» très chaleureux.

Le président Obama n’a pas eu à fumer le calumet de la paix lors de la grande rencontre organisée ce mercredi à Washington par la Maison-Blanche avec les représentants de quelque 157 tribus indiennes, dans l’imposant bâtiment du ministère de l’Intérieur fédéral. Très favorablement disposés par le dialogue sans précédent qu’il a instauré avec «le pays indien» dès 2009, les participants, venus de tous les coins d’Amérique, lui ont réservé un accueil chaleureux.

«Je crois que nous pouvons accorder à Barack Obama le titre de premier président indien américain, a lancé en plaisantant le chef Brian Cladoosby, représentant de la nation swinomish. Réfléchissez une seconde: il aime le basket. Il a un nom indien, il sait ce que c’est d’être pauvre et il n’a pas oublié d’où il venait. De plus, sa chanson favorite est: Acclamez le chef»

Les rires et les applaudissements ont fusé à ces paroles, depuis la salle où étaient installés des rangées de dignitaires indiens aux longues queues de cheval brunes ou grises.

Certains avaient des tresses, d’autres étaient simplement reconnaissables à leur peau très brune et à leurs yeux très noirs. On apercevait ça et là quelques rares plumes plantées dans les cheveux de jeunes femmes en costume traditionnel coloré.

Toute la journée, les représentants des tribus avaient pu rencontrer les membres du gouvernement pour des tables rondes thématiques sur l’économie, les transports, la gestion des terres indiennes, la préservation de leur héritage culturel ou de l’environnement.

«J’ai été très fier d’avoir organisé en 2010 le plus grand rassemblement de tribus indiennes de l’histoire de notre pays», a rappelé le président en saluant la salle. Barack Obama s’est dit satisfait du chemin parcouru en quatre ans, soulignant notamment l’importance de la signature d’une loi qui règle le contentieux Cobell contre Salazar.

Cette dispute opposait depuis des décennies les tribus indiennes et le gouvernement fédéral, sur la question de la gestion des terres indiennes. La plupart de ces terres sont administrées par l’autorité fédérale, qui avait dans le passé souvent omis de reverser aux tribus les dividendes des revenus de ces territoires.

Le président Obama a finalement accepté un premier règlement qui oblige l’État fédéral à verser 3,4 milliards de dollars aux tribus, à titre de réparation. Des chèques ont commencé d’arriver ces jours dans les boîtes aux lettres de centaines de milliers de familles indiennes «Nous avons renversé le cours de l’histoire», s’est félicité le ministre de l’Intérieur Ken Salazar, qui a la charge de l’administration des terres amérindiennes. «Ce règlement met fin à un contentieux qui jetait une ombre noire sur le Département de l’Intérieur des États-Unis», a-t-il dit.

Obama est «le premier à être allé aussi loin»

Mercredi après la réunion, le chef Flèche à bout rouge, dont l’autre nom est Tex Hall, un grand homme aux cheveux gris et à la chemise rouge, se réjouissait de la nouvelle. «C’est un moment historique, dommage qu’Eloise Cobell, qui s’est tant battue pour cette cause, n’ait pas vu le résultat de ses efforts», a confié ce chef indien représentant de la nation Mandan Hidatsa et Ankara, du Dakota du sud.

Il s’est dit «impressionné» par les efforts d’Obama, «le premier à être allé si loin» dans le dialogue. «Mon père et mon grand-père étaient aussi venus à Washington rencontrer les présidents, c’est normal, car depuis le traité qui a mis fin aux guerres indiennes en 1851, la règle était toujours d’aller négocier au plus haut niveau. Mais cette administration fait beaucoup d’efforts. Savez vous que le financement des programmes de santé pour les Indiens a augmenté de 29 % sous Obama?».

Mercredi, Ken Salazar et les autres conférenciers ont souligné que «de nombreux problèmes» restaient à régler, pour sortir les réserves indiennes de l’apathie et de la dépression économique. Les participants à la conférence ont notamment parlé de l’importance de développer les transports et les établissement éducatifs pour les jeunes Amérindiens, dont le taux d’échec scolaire est extrêmement élevé.

La décision de donner plus de pouvoir aux tribus pour punir les violences domestiques contre les femmes indiennes très touchées par ce problème, «que l’auteur des violences soit indien ou non», a été également été entérinée.

«Il faut aussi lutter contre la drogue et l’alcoolisme, particulièrement présents chez les Indiens d’Amérique», a confié George Thurman, chef de la nation Sac and Fox, venu d’Oklahoma. Il s’est dit «très content» d’avoir eu la possibilité de discuter avec le gouvernement fédéral au plus niveau.

«J’aurais préféré qu’on soit un peu moins nombreux et qu’on puisse être reçus à la Maison-Blanche, cela aurait été encore plus symbolique. Mais c’est déjà très positif», a-t-il reconnu, fier de préciser qu’il avait rencontré le président dans l’Oklahoma.

«C’est très satisfaisant d’être là, confirmait Terry Gibson, chef de la tribu des Shoshone Paiute du Nevada et de l’Idaho, tout content de préciser que sa mère était… française.

«Notre principal souci, en cette période de crise, c’est de nous assurer que le budget des tribus indiennes sera protégé malgré la récession et les difficultés budgétaires fédérales», a-t-il glissé, avant d’envoyer via Le Figaro, un grand bonjour à son oncle «René».

Correspondante à Washington Laure Mandeville

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