ONUDC – Révélations sur la traite des êtres humains au Sénégal : 50 mille enfants en sont victimes

Même si les statistiques ne sont pas très fiables puisque rares, la situation est quand même alarmante. A l’occasion de la célébration de la première Journée mondiale contre la traite des êtres humains, l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime a tenu une conférence de presse avant-hier à Dakar et annoncé que 50 mille enfants sont victimes de traite au Sénégal.

Il n’y a pas assez de chiffres, mais ceux disponibles font peur. Au Sénégal, 50 mille enfants sont victimes de traite, dont 30 mille mendiants qui sont dans les rues, entre 1 et 5 heures de temps par jour. C’est le représentant régional de l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime en Afrique de l’Ouest et du Centre qui a avancé ces chiffres lundi au Centre d’informations des Nations-Unies de Dakar, lors d’une conférence de presse, tenue dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale contre la traite des êtres humains. 

D’après Pierre Lapaque, le Sénégal est principalement touché par «la mendicité des enfants, la servitude domestique et l’exploitation dans les mines». Le coordinateur de la plateforme pour la protection et la promotion des droits humains au Sénégal, qui s’est appesanti sur la mendicité des enfants, a fait le rapprochement entre ce phénomène et celui des talibés.

Pour Mamadou Wane, «quand on parle de la problématique de la mendicité des enfants au Sénégal, on parle de la problématique de la mendicité des talibés». Ce membre de la société civile a alerté sur «une tendance au développement de ce phénomène, alors qu’il y a beaucoup d’interventions dans ce domaine en termes de politiques publiques et de promotion de lois». Mais, a-t-il déclaré, «on constate que le phénomène perdure et a tendance à se développer.

Il faut l’attaquer par une volonté politique à la puissance maximale, il ne s’agit plus de se contenter de petites choses». Il a recommandé de tenir «des sortes d’assises sur la question de la mendicité des enfants pour mettre à plat toutes les politiques qui ont été mises en place jusqu’à présent, faire l’évaluation des politiques publiques, voir les lois qui ont été votées si elles sont applicables ou pas, voir où ça coince, quel est le type de problème et ensuite offrir des alternatives». 

Pour des Assises sur la mendicité des enfants
Mamadou Wane a déjà son idée sur des pistes de solutions. «En tant qu’organisation de la société civile, nous disons que l’école coranique doit être intégrée au système éducatif national pour au moins prévenir cette sorte de dérive et d’exploitation de ce système et donc l’exploitation des enfants», a-t-il proposé.

Argu­men­tant, il avance : «Les études mon­trent que plus de 90% des enfants qui mendient dans la rue proviennent des daaras, il y a un problème. Ce n’est pas seulement un problème de pauvreté. Ça joue, mais c’est aussi un problème de marginalisation du système éducatif. Aujour­d’hui, la question qu’on peut se poser, c’est est-ce qu’on peut marginaliser une école qui répond en grande partie à  la demande de pratiquement 95% des Sénégalais, qui sont des musulmans ?» De plus, il s’est rappelé que «durant toute la colonisation, tout le travail a été de marginaliser cette école-là. En la marginalisant, on crée les conditions de sa précarisation».

Pierre Lapaque, qui a précisé que le système d’éducation coranique n’est pas remis en question, a appelé à plus de contrôle de la part des familles et de la communauté sur le sort réservé aux enfants envoyés dans les daaras. «Il faut que les parents sachent que les écoles coraniques, c’est une bonne chose, mais après, à quoi sont utilisés ces enfants», a-t-il souhaité tout en soulignant l’importance de la législation sur la question.

Mais en attendant l’application des lois existantes et leur adaptation aux réalités sociales, des actions sont menées pour sortir les enfants des rues et les réinsérer dans la société. «200 ont déjà été récupérés ces deux dernières années. 200 enfants sur 30 mille, c’est une goutte d’eau, mais c’est un signe», a informé M. Lapa­que. 

En Afrique de l’Ouest, la traite est principalement intra régionale avec 80% d’un pays à l’autre de l’espace Cedeao ou l’intérieur d’un même pays.  Environ 15% des victimes de traite sont envoyés vers d’autres régions comme le Maghreb, le Liban et l’Europe de l’Est. Un commerce qui a dépassé les frontières.

Sur le plan mondial, il y a 22 millions de personnes qui sont victimes de traite des êtres humains. Ça génère des profits d’environ 32 milliards de dollars au niveau mondial. Ici dans la région, on doit être entre 1 et 1,5 milliard et en fait le troisième crime le plus profitable après les drogues et le trafic d’armes au plan mondial, a informé le représentant des Nations-Unies.

  • Écrit par  Awa GUEYE

agueye@lequotidien.sn

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