OTAN, Russie, et si tout cela n’était qu’une histoire d’or ?

Captureorrusse-300x164La ruée vers l’or en Amérique. Ce fut sans doute le moteur principal de la conquête de l’Ouest jusqu’aux côtes du Pacifique. Les récits, les films d’Hollywood, et même l’Histoire, considèrent la Californie comme le terminus de cette aventure qui aura, au passage, dépossédé des peuples entiers de leurs terres et de leur identité.
Mais le « Go West » ne s’est pas arrêté là. La dynamique du « Go West » était telle que, comme une marée rencontrant un obstacle, elle se répandait sur les côtés, du Mexique à la pointe Nord de l’Amérique, l’Alaska, et voulait se poursuivre, si possible, par-delà les mers, en passant par le détroit de Béring. L’Alaska russe se présentait ainsi comme une tête de pont idéale. La transaction pour son acquisition n’était qu’une suite logique. Les Russes n’y ont vu que du feu, n’ayant peut-être jamais perçu l’importance de cette transaction et ses véritables objectifs. Aujourd’hui encore, cela pourrait paraitre de la pure spéculation, mais ce serait faire abstraction de la force de la dynamique de la poussée vers l’Ouest, d’autant plus que la ruée vers l’Alaska fut elle-même motivée par ses mines d’or.
Après l’Alaska, d’autres tentatives de marché de dupes ont été tentées, sans succès, pour aller plus avant en Sibérie. Ce qu’ils n’arrivaient pas à obtenir par les négociations et par la ruse, les Anglo-saxons ont toujours fini par utiliser la force pour l’avoir. Les richesses aurifères, entre autres richesses sibériennes, sont-elles les causes du chaos mondial généré par la confrontation permanente entre le monde russe et le monde anglo-saxon, qui ne serait, en fait, que le fruit d’un interminable « Go West » ? Si c’est le cas, la paix mondiale ne sera retrouvée que quand sera enfin brisée la résistance russe à l’accaparement de ses biens, les populations sibériennes n’étant considérés que comme des indiens autochtones d’Amérique qu’il faudra parquer dans des réserves le moment venu. L’or, à un certain niveau, rend fou, mystique et messianique, c’est quelque chose que peu de gens savent. RI
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L’or sibérien attise les convoitises des anglo-saxons.
L’or. Dans le tableau périodique des éléments chimiques de Dimitri Mendeleiev il ne possède que le numéro 79. Mais à la lumière de l’histoire humaine, ce métal jaune de par la fascination qu’il exerce sur les hommes à toujours occupé une place prépondérante. Poussant parfois ceux qui le recherchent à la folie. Mais derrière cette folie se trouvent aussi ceux qui en sont les usuriers, et au premier rang la Grande Bretagne. Etendant sans cesse leur influence, elle cherche à prendre le contrôle de l’or sibérien et ce depuis presque deux siècles.
Les tentatives de s’installer en Sibérie ont commencé au milieu du XIX siècle. En 1865, au cours des négociations entre la Russie et les États-Unis pour l’acquisition de l’Alaska, Des représentants économiques américains ont fait part de leur vue sur la Sibérie et la Russie orientale. Certaines compagnies américaines comme la Baltimore and Ohio Railroad ont proposé au Tsar un accord visant à transférer le monopole de l’extraction de l’or, de son transport, et de son commerce dans les territoires sibériens. Un autre projet plus tardif, prévoyait même un transfert d’autorité vers les syndicats américains pour une durée de 90 ans de 138 milles kilomètres du territoire russe avec les pleins pouvoirs sur ce territoire.

Toutefois ces projets n’ont pas eu de suite. Afin de limiter l’influence américaine, le Tsar a tenté de créer une entreprise participative conjointement avec les capitaux d’autres pays. La part du lion revint à l’Angleterre qui a reçu la plus grande partie des mines d’or de Sibérie.
En regardant de plus près les procédures, il est possible de trouver beaucoup de choses vivement intéressantes. Le cas de la prise de contrôle par les Anglais des mines d’or à proximité du fleuve Léna est à ce titre plutôt révélateur. Sur place c’est une entreprise qui, depuis 1873, a été rachetée par une famille anglaise les Gunzburgs. Aux débuts du XXème siècle, ils ont eu de nouveaux besoins financiers et ont décidé de s’adresser à leurs anciens collaborateurs, c’est à dire aux banques anglaises. C’est ainsi que fut créée à Londres en 1908 la « Lena Goldfields ». Les actions ont été redistribuées entre les Gunzburgs et les représentants des maisons bancaires anglaises. De manière purement formelle ont aussi été ajoutés des actionnaires et fonctionnaires russes mais leurs parts restaient purement symboliques. Mais ils permettaient aux Gunzburg de pouvoir installer un lobbying au sein même du pouvoir russe.
Cette opération n’était pas seulement une opération financière mais aussi politique, Après la révolution de 1905-1907, les Gunzburgs ont commencé à craindre un changement de régime et la chute de la monarchie, et en cas de révolution mieux valait pour eux utiliser une juridiction étrangère pour leurs affaires. Cela permet en effet en cas de litige de s’adresser directement à un tribunal anglais et non russe.
De plus, de par leurs actions, les Gunzburgs et leurs partenaires britanniques ont, semble-t-il, largement contribué à ranimer la révolution en exploitant sans vergogne les travailleurs, en leur donnant des conditions de vie déplorables et en les payant une misère, et en plus ils ont allègement joué sur les prix. Au final, en 1912 commença une émeute. L’armée fut envoyée contre les émeutiers. Des officiers corrompus ont donné l’ordre de tirer dans la foule, et ainsi ont péri ce jour-là entre 170 et 250 civils. L’incident fut largement repris dans la presse révolutionnaire. C’est d’ailleurs à ce moment qu’apparu un jeune juriste encore méconnu qui a mené l’enquête pour défendre alors l’état dans cette affaire à savoir Alexandre Kerensky.
Plus tard les émeutes qui se sont produites en Sibérie devinrent un des principaux reproches qui sera fait au Tsar; pendant ce temps la « Lena Goldfields » a pu continuer son travail d’extraction en toute impunité.
Qui plus est, en 1916 a été créé le premier syndicat des exploitants industriels sibériens regroupant des compagnies américaines et anglaises qui de fait avaient main mise sur l’or de toute la région. C’est aussi à ce moment-là qu’il est devenu évident pour les fonctionnaires russes que les Américains et les Anglais jouaient dans le même camp depuis le début mais que pour faire illusion ils avaient laissé paraître de faux intérêts divergents.
Il est vrai qu’après la révolution d’octobre, en 1917, la « Lena Goldfields » dut fermer, mais seulement pour un temps. Dès novembre 1920, la RSFSR (République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie) avec à sa tête Lénine signe un décret de transfert de certaines possessions étatiques à des entreprises étrangères sous forme de concessions. Sur la base de ce document, en 1925, la « Lena Goldfields » reçut une concession pour 30 ans d’exploitation de la majeure partie des mines d’or sibériennes. Il est intéressant de constater que la part que reçut l’entreprise était plus importante encore que celle qu’elle avait à l’époque des tsars. Ainsi en 1912, elle possédait 66% des mines alors qu’en 1925 elle avait 93% du total. Il est également intéressant de remarquer que cette répartition est devenue possible grâce au comité des concessions que dirigeait alors un certain Lev Trotsky…
Toutefois en 1930, la concession Lena Goldfields a été annulée comme beaucoup d’autres accords. Et c’est justement là que s’est montrée utile la possibilité d’utiliser la juridiction anglaise. L’arbitrage du tribunal donna raison à la compagnie et l’Union Soviétique eut à payer 65 millions de dollars. Mais c’est seulement en 1968 que le dirigeant de l’URSS Brejnev sur fond d’apaisement avec l’occident accepta de reconnaître la plainte de la compagnie Goldfields.
Ainsi les Anglais ont reçu un précédent juridique permettant en cas de nationalisation de leurs biens de malgré tout demander une restitution.
Les compagnies anglo-saxonnes, afin d’écarter leurs concurrents, ont montré qu’elles savaient utiliser non seulement des moyens militaires et politiques, mais également juridiques. Et que pour les utiliser elles savaient attendre le temps nécessaire, d’autant plus que pendant la période soviétique et maintenant russe, l’état investit de plus en plus dans les nouvelles technologies dans le secteur aurifère. Pour les Anglais il est donc possible d’avoir le beurre et l’argent du beurre: ne rien débourser en installation pour les nouvelles technologies, et recevoir l’accès aux mines d’or en temps et en heures.
Il ne reste plus qu’à attendre le moment propice.
Traduit par Florent Guyard pour Réseau International
source: http://interpolit.ru/blog/zoloto_sibiri_manit_anglosaksov/2016-06-03-6992
http://reseauinternational.net/otan-russie-et-si-tout-cela-netait-quune-histoire-dor/

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