Ousmane Ndoye, président de l’Anpavh : «La route tue plus que le Sida et cela n’émeut personne»

Le président de l’Association nationale des personnes accidentées vivant avec un handicap (Anpavh) ne cache pas son spleen devant l’inertie des autorités à propos des accidents récurrents au Sénégal. Ousmane Ndoye exprime ses regrets dans cet entretien, tout en faisant remarquer que les morts par accident au Sénégal dépassent de loin les morts du Sida.

Faites-nous l’historique de votre association et dites-nous ce qu’elle a fait depuis sa création…
On a mis sur pied cette association depuis 2012. Elle a pour objectif de lutter contre les accidents de la route au Sénégal. Depuis sa création, on a pu mener des activités allant en ce sens.

On a eu à faire des spots publicitaires sur la prévention routière sur les axes Thiès-Mbour, Nabil Choucair-Patte d’oie, des campagnes de sensibilisation sont également menées durant les évènements comme le magal de Touba, le gamou à Tivaouane ou encore le pèlerinage de Popenguine. Nous profitons des manifestations, qui drainent des foules, pour sensibiliser les gens.

En ce moment, on mène des activités pour recenser des adhérents à cette lutte. Ils sont près de 8 000. Ces derniers sont des victimes, compte non tenu des autres qui ne le sont pas. On forme également des étudiants pour qu’ils mènent des activités de prévention parce que leur message peut mieux porter.

La prévention est importante parce qu’il y a l’état des routes qui peut être la cause des accidents. Il y a l’étroitesse des routes, mais également l’absence des panneaux de signalisation. Si l’Etat nous soutient, nous pouvons contribuer à la lutte contre les accidents parce que nous avons de l’expertise en ce sens.

Vous faites l’apologie d’une Fédération de secouristes au Sénégal pour prévenir les cas d’accident. Qu’en est-il exactement ? 
Nous sommes convaincus que cette fédération qui doit regrouper des secouristes est la panacée, en ce sens qu’elle va jouer un grand rôle dans la prévention des accidents. Le constat est que quand il y a un accident, on attend toujours la police, alors que ces agents sont souvent mal équipés. Il en est de même des sapeurs-pompiers. On demande ainsi à l’Etat de faire des efforts pour que ces derniers soient plus réactifs en cas d’accident pour que les victimes d’accidents puissent bénéficier de soins rapidement.

En mettant en place la Fédération de secourisme au Sénégal, nous voulons aussi que les populations soient formées, ça leur permettra de donner les premiers soins aux blessés. Nous menons donc des activités en ce sens, en formant des gens dans les communes. Outre les premiers soins, on leur apprend comment faire la prévention et on leur donne des informations sur la sécurité routière.

Ces activités permettront de lutter contre certains comportements qui sont souvent à l’origine des accidents. Nous demandons à l’Etat de prendre en compte les personnes en situation de handicap dans la construction des passerelles. Il n’y a pratiquement pas de passerelles pour cette couche sociale ou bien, il n’y en a pas beaucoup. 

La mise sur pied de cette fédération permettra d’avoir 10 000 volontaires qui vont veiller sur les différents aspects de la sécurité routière. Pas plus tard que vendredi dernier, deux non-voyants ont perdu la vie à cause de cette insécurité aux abords des routes. Si on dénombre le nombre de personnes qui sont mortes sur la route, on constate qu’elle tue plus que les maladies comme le Sida, mais cela n’émeut personne.

J’interpelle le ministre des Transports terrestres, Thierno Alassane Sall. Je ne peux pas comprendre qu’il y ait des accidents et qu’on ne le voit pas sur les lieux du sinistre. Depuis 2012, je ne cesse de les interpeller pour qu’ils trouvent des solutions afin de réduire les accidents. Mais jusqu’à présent, ils n’ont répondu à aucun de mes courriers. Alors que quand ils ont une manifestation, ils utilisent mon image, ma voix pour réussir leurs activités.

Mais s’il s’agit de mes projets, ils font la sourde oreille. J’ai remis au Président Macky Sall le projet depuis 2012, j’ai attendu 6 mois avant de recevoir une réponse qui disait que le Président allait prendre toutes les dispositions nécessaires pour lutter contre les accidents de la route. On m’a dit que la lettre a été remise à la conseillère du Président, Aïssatou Cissé, chargée des personnes vivant avec un handicap. Or, ce n’est pas une affaire de personnes vivant avec un handicap. Je déplore la façon dont ils veulent traiter ce dossier surtout que cette conseillère n’a pas les compétences requises, ni des fonds pour régler ce problème.

Le but de nos correspondances au chef de l’Etat, c’était juste de lui demander de nous appuyer pour mettre sur pied cette fédération pour le secourisme qui peut réduire les accidents. Nous voulions juste qu’il nous appuie sur le plan logistique. Malheureusement, on nous renvoie à chaque fois vers Aïssatou Cissé. C’est juste une façon de bloquer un projet. Alors qu’on n’a pas le droit de bloquer ce genre de projet. Le président de la République gère des projets et je pense que ces derniers ne sont pas plus importants que celui-ci. Je pense que le projet qui parle des victimes d’accidents est plus important que n’importe quel autre projet.

Avec cette fédération de secourisme, vous parlez de réduire de 75% les accidents. Comment comptez-vous atteindre cet objectif ?
On a eu à bénéficier d’une formation grâce au général de la caserne Samba Diéri Diallo en plus d’autres éléments de la gendarmerie. On a également un enseignant en prévention routière qui a donné des cours à de jeunes étudiants, afin qu’ils aient des notions sur la prévention routière. Ces derniers iront dans les écoles mener la sensibilisation et on va faire des causeries dans les 45 départements. Nous aurons des éléments qui vont mener des activités pour réduire les accidents. On a écrit une lettre à l’Association Océanium afin qu’elle nous aide à nous former pour des interventions maritimes. Il faut dire que la route ne sera pas la seule zone d’intervention.

Qu’attendez-vous concrètement des autorités ?
Nous luttons pour la réduction des accidents et voulons aussi accompagner les autorités dans leur projet. Nous demandons au président de la République de nous recevoir parce que nous sommes persuadés qu’il est le seul à pouvoir nous accompagner dans ce projet. Je pense que s’il reçoit le courrier, il va nous recevoir. Jusque-là, il n’y a que le Premier ministre et le ministre de la Promotion de la bonne gouvernance qui nous ont répondu. Sinon, on n’a reçu aucune réaction de la part du ministère des Infrastructures et des Transports terrestres. 

  • Écrit par  Aly FALL

alyfall@lequotidien.sn

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