Paul Biya, le “président absent” du Cameroun

Paul Biya, à la tête du Cameroun depuis 35 ans, est souvent absent de son pays, ce qui lui vaut le titre de “président absent”.

Le président du Cameroun, Paul Biya, est au pouvoir depuis 35 ans. Même si sa longévité au pouvoir fait débat dans son pays, le temps qu’il a passé en dehors de son pays est aussi un sujet de discussion mondial. Critiqué pour sa supposée gestion à distance du Cameroun, Paul Biya a récemment organisé un Conseil des ministres, le premier en plus de deux ans.

Les élections présidentielles sont prévues en octobre et les Camerounais ne savent pas si le président âgé de 85 ans va chercher un nouveau mandat.

Paul Biya 85 ans, candidat à la présidentielle 2018?

Il n’a toujours rien dit à ce sujet. M. Biya est arrivé au pouvoir en 1982, ce qui fait de lui un des présidents qui ont le plus duré au pouvoir en Afrique.

Le Cameroun a survécu à une crise économique et a expérimenté le multipartisme, sous son règne. Mais, le pays a aussi été marqué par une corruption endémique et par un recul démocratique: la limitation des mandats a été abolie en 2008, ce qui avait permis à l’octogénaire de briguer un nouveau mandat en 2011.

De nos jours, l’Afrique change. L’ère des longues présidences semble révolue. La télévision satellitaire et internet changent la donne. Les populations urbaines rêvent de changement démocratique.

60% des Camerounais ont moins de 25 ans, ils n’étaient pas nés quand Paul Biya est arrivé au pouvoir en 1982. Ils réclament des emplois et un mieux-être.

Le parti d’opposition, le Front social-démocrate, a reconnu ce besoin de changement générationnel. Au début de cette année, son leader, John Fru Ndi, 76 ans, a accepté de céder la place à la jeune génération. Joshua Osih, un homme d’affaires de 49 ans et ancien pilote, est le candidat de ce parti à la présidentielle d’octobre.

Hôtel en Suisse

C’est le principal challenger de Paul Biya qui devra décider ou non de rester au pouvoir pour une quatrième décennie dans un pays qui a soif de changement.

Ses absences répétées dans le pays font l’objet de critiques.

Ses voyages à l’étranger ont été le sujet d’une polémique entre le quotidien national Cameroon Tribune et une organisation internationale (Organised Crime and Corruption Reporting Project OCCRP), qui a calculé le temps passé par le président camerounais hors de son pays.

Selon le document publié par Organised Crime and Corruption Reporting Project, une organisation de journalistes d’investigation, en 35 ans de pouvoir, Paul Biya a passé quatre ans et demi de séjour privé à l’étranger.

L’ONG a aussi déclaré qu’il a passé le tiers des années 2006 et 2009 en dehors du Cameroun. L’hôtel Intercontinental de Genève est sa destination favorite; selon l’organisation.

Dans son pays, Paul Biya adopte un style clé. Il reste en dehors des projecteurs et se retire souvent dans son village d’origine. Il laisse la gestion quotidienne du pays à son Premier ministre, Philemon Yang, qui organise des rencontres ministérielles mensuelles.

Il a la latitude de gérer son équipe quand le président rencontre les personnalités clés en privé dans son palais de Yaoundé, la capitale. Cette manière de gérer est souvent critiquée et Paul Biya assimilé à un « président absent”.

Cependant, cette relation reflète en partie le double héritage colonial franco-britannique.

Paul Biya, comme son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo, est issu de la zone francophone alors que le Premier ministre est toujours anglophone. Ainsi, lorsque le président Biya convoque des ministres à un rare rassemblement ministériel officiel, c’est habituellement pour une raison particulière.

La plus récente était la première réunion officielle de la nouvelle équipe ministérielle après un remaniement au début du mois. Le dernier Conseil des ministres avec le président remonte à 2015.

Mais la réunion ministérielle de 2018 était importante pour d’autres raisons.

Problèmes de langue

Depuis plus d’un an, la région Anglophone du Cameroun dans le nord-ouest et le sud-ouest est en crise. Au début, c’était une manifestation d’avocats et d’enseignants qui réclamaient un meilleur usage de l’anglais.

Des tensions ont finalement abouti à une confrontation avec les forces de sécurité ; un black-out internet de 93 jours dans la région et l’avènement d’un mouvement séparatiste qui appelle à l’indépendance de l’Ambazonie.

Le gouvernement a essayé de régler cette question mais la situation est encore dangereuse. La France et le Royaume-Uni ont discrètement appuyé le dialogue.

Paul Biya a réagi avec un remaniement ministériel le 2 mars, signalant une approche carotte et bâton. Il est resté ferme sur la sécurité et la loi mais a cédé avec la création du ministère de la décentralisation, une promesse faite aux anglophones.

BBC-Afrique

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