Propriété intellectuelle: l’avenir des savoirs traditionnels africains en question

Amenaah-Gurib-Fakim-présidente-Ile-MauriceLa conférence ministérielle africaine 2015 sur la propriété intellectuelle s’est ouverte mardi 3 novembre 2015 à Dakar. Elle se déroule jusqu’à jeudi et plusieurs délégations de différents pays du continent y participent. Lors de la première journée, l’avenir des savoirs traditionnels africains a attiré l’attention des participants.

Manque de sérieux des gouvernants, absence de volonté politique ou complexité d’établir des archives pour les savoirs traditionnels en Afrique… La présidente de la République d’Ile Maurice, Ameenah Gurib-Fakim et le directeur général de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), Francis Gurry, prennent ainsi le taureau par les cornes, en ce qui concerne la place actuelle des savoirs traditionnels africains. Ces deux personnalités participent à la conférence ministérielle africaine 2015 sur la propriété intellectuelle pour une Afrique émergente. Et elles ont évoqué les difficultés, sinon la négligence des chercheurs africains vis-à-vis des savoirs coutumiers du continent.

Si la Présidente de l’Ile Maurice convainc qu’il faut établir une codification des données traditionnelles, Ameenah Gurib-Fakim souligne le manque de sérieux des gouvernements africains sur ce sujet. «En Afrique, il n’y a pas de sérieux pour documenter les données traditionnelles. C’est un manque de reconnaissance des gouvernements en Afrique et cela constitue le talon d’Achille. Cela n’a pas été sérieux, il y a un manque de volonté pour reconnaître la validité du savoir traditionnel africain», insiste la première femme à accéder à la présidence de Maurice.

Ayant la botanique comme sa spécialité, Ameenah Gurib-Fakim analyse que si aujourd’hui, on constate le retour de la médecine chinoise au premier plan mondial, c’est, dit-elle «forcément grâce à la documentation».

Pour sa part, Francis Gurry, directeur général de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi) observe que la propriété intellectuelle devient une base de compétition internationale. «Elle devient un champ de bataille de la concurrence internationale», poursuit-il, avant d’évoquer la question de la place des savoirs traditionnels en Afrique. Le patron de l’OMPI indique qu’il y a un processus au sein des Etats membres de l’organisation qui s’occupe de la gestion du savoir traditionnel. Et pour lui, il est très important d’établir des archives de savoirs traditionnels car elles contiennent un réservoir de savoir très riche.

«Si on ne peut pas les capter, elles s’évaporent et cela ne rend pas bénéfique au propriétaire», dit-il. Mais, il reste convaincu que ce processus «est extrêmement complexe car il faudra attendre deux ans pour avoir des résultats positifs». Co-organisée par l’OMPI, l’Union africaine (UA), le Sénégal et le Japon, la conférence rassemble plusieurs ministres africains. Elle se poursuit jusqu’à jeudi 5 novembre dans la capitale sénégalaise.

© OEIL D’AFRIQUE

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