PS – Candidate contre Tanor : Aïssata Tall Sall maître de son destin

Aïssata Tall Sall a décidé de défier Tanor. Quelle audace ! Une dame contre l’homme fort du Parti socialiste depuis son «intronisation» en 1996, qui a su écarter les dinosaures comme Djibo Kâ et Mous­tapha Niasse. L’avocate a là un gros dossier à défendre au «procès» des 6 et 7 juin. Le Quotidien revient aussi sur les raisons d’une candidature-rébellion.

Aïssata Tall Sall se jette donc dans cet autre «orient compliqué» que sera sans doute sa candidature à la succession de Tanor. C’est peut-être une surprise, mais ça ne l’est pourtant pas au regard de ses différentes sorties. La dernière fut l’interrogation presqu’affirmative qu’elle a soulevée lors de l’émission Objection de Sud Fm du 11 mai. Avait-elle pris date pour prendre son destin en main ? Elle l’a fait sur deux fronts : s’interroger sur l’opportunité de la date du congrès en pleine campagne électorale et repréciser que le Comité central, «le Parlement du parti», était «l’instance habilitée» à convoquer le congrès, et non le Bureau politique, «l’Exécutif» du Ps, auquel pourtant elle avait pris part. Mais cette candidature-rébellion survient aussi quelques jours après les investitures aux Locales et ce qu’elle a appelé la «trahison» de l’allié Apr chez elle, où le parti au pouvoir veut son siège au prix même d’une alliance contre nature avec l’«ennemi» Pds. Elle ne cache pas son amertume contre Tanor qui, insinue-t-elle, a laissé Macky faire.

Combat contre la «tanorisation» du Ps
L’avocate peaufinait-elle sa stratégie pour la conquête du secrétariat général ? En février 2013, alors qu’elle était l’invitée des Marches du Quotidien, elle disait, répondant à l’usure des leaders politiques : «(…) Pour ce qui est du Parti socialiste que je connais le mieux, le dirigeant, s’il est là, c’est parce que les militants l’ont voulu, mais il suffit que les militants veuillent le contraire pour que le dirigeant parte.» Cette candidature, pour peu qu’elle soit un défi pour le porte-parole du Ps, ne peut être qu’une traduction de frustrations accumulées d’une dame presqu’esseulée et qui se considère «confinée dans les seconds rôles». A-t-elle été inspirée par Khalifa Sall qui, lui, semble renvoyer son destin – pas présidentiel – à la tête du Ps aux calendes grecques ? Ou à son propre calendrier ? Interpellé sur l’exclusion de l’ex-patron de Convergence socialiste, lors d’une conférence qu’il animait pour le Mouvement des jeunes et étudiants socialistes en Europe (Mjese), le chargé de la vie politique au Ps avait conseillé à «ses» étudiants : «On ne vous fera jamais de la place ; vous devrez vous la frayer, la prendre et l’occuper.  Si vous comptez sur les gens pour vous faire de la place, vous attendrez très longtemps. Il n’y a pas de génération spontanée en politique ou au service de l’Etat.» Aïssata Tall Sall réussira-t-elle à imposer cette conviction ?

La revanche sur les tanoristes
Les petits meurtres entre camarades ont réellement commencé lorsqu’il s’est agi de choisir des hommes pour représenter la coalition Benno ak Tanor dans le premier gouvernement de la deuxième alternance. Trois ministres dont deux Socialistes estampillés tanoristes : Serigne Mbaye Thiam et Aminata Mbengue Ndiaye. Ces derniers ne peuvent être admis sans la confiance de Tanor. Et Me Sall a flairé là un coup politique «mortel» destiné à l’«enterrer». Surtout quand elle n’en est pas informée. «Je n’ai pas compris que, pour aller au gouvernement, on n’ait pas discuté en Bureau politique pour voir qui pourrait être le meilleur profil et, encore une fois, je répète que la question n’était pas pour moi de dire que je dois y être ou qu’untel ne doit pas y être. (…) Ce n’est pas mal de venir dire : ‘’Nous avons droit à trois postes ministériels, qui pensez-vous que…’’».

Le coup «contre nature» de Podor
Cette «tentative de liquidation politique», elle la voit aussi à travers le coup de Macky Sall qui a envoyé Racine Sy défaire la Socialiste de Podor. Soupçonne-t-elle aussi ses camarades socialistes qui n’ont pas désapprouvé l’alliance «contre nature» entre l’Apr et le Pds ? «Cette question, il faut peut-être la poser à l’autorité suprême du Parti socialiste. En tout cas, j’observe que beaucoup de mes camarades m’ont appelée pour s’offusquer de cette situation-là. Maintenant que le parti se prononce, cela aurait été bien. S’il ne se prononce pas, on prendra acte.» Et Ousmane Tanor Dieng ? «Non. Non. Lui n’a pas téléphoné», a-t-elle avoué. «La seule chose que je sais, c’est qu’on ne me défera pas comme ça», a-t-elle poursuivi dans L’As.

Face au tombeur de Djibo et Niasse
Aïssata Tall Sall n’ira pas au congrès simplement pour être secrétaire générale ; elle y va aussi pour «conscientiser» ses camarades sur le danger de «l’usure» au pouvoir qui a fait reculer le Ps. Parce que, de toute évidence, il faudra plus que son poids pour «tuer» la «tanorisation» du parti que même Djibo Kâ et Moustapha Niasse n’ont pu vaincre. Elle est consciente d’ailleurs de l’avantage de Ousmane Tanor Dieng, car parlant des leaders politiques de façon générale, elle disait : «(…) Est-ce que c’est parce que, tenant d’une main de fer le parti, les hommes et les moyens du parti, il devient difficile de les (les leaders) déboulonner ?»

Le «neuf» et le «vieux»
Aïssata Tall a toujours soutenu qu’elle «n’exclu(t) rien» et qu’elle ne «reste pas confinée à des rôles qui ne (lui) permettent pas de mettre en application (ses) idées». Mais entre les lignes, elle a aussi pendant longtemps, ironie de l’histoire, incarné la ligne des «modernistes», celle-là que portaient en bandoulière Tanor et sa tendance au congrès du 30 mars 1996 et sous une autre appellation, «conservateurs» ou «refondateurs» contre celle des «rénovateurs». «Ma conviction est que le Parti socialiste, aujourd’hui, dans la conjoncture économique et la situation politique actuelle, doit être dirigé par une équipe d’hommes et de femmes absolument ouverts à  la modernité», ajoutait-elle. Voilà un plaidoyer, mais surtout une plaidoirie de l’avocate axée sous l’angle du «neuf» contre celui du «vieux».
Elle est pour le «renouveau» après les échecs du candidat socialiste aux Présidentielles de 2007 et 2012. Non seulement pour la Présidentielle, mais pour la tête du parti aussi : «Nous sommes vaincus par l’usure de l’opposition et que le Peuple a choisi, peut-être, celui qui lui paraissait le plus ‘’neuf’’ (Ndlr : Macky Sall). Parce que Tanor a été candidat, Moustapha Niasse l’a été deux fois, Idrissa Seck l’a été autant de fois. Macky, lui, se présentait pour la première fois. Est-ce que ce phénomène-là a joué ? Je pense que oui.»

La guerre de la légitimité
Si elle reconnaît que «Tanor Dieng a tenu de très haute portée les destinées du Parti socialiste», elle soulève en revanche des interrogations un tantinet légitimes : «Est-ce que ce temps-là est arrivé à son terme ? Est-ce qu’il a atteint ses limites ? Est-ce qu’il faut le changer ? Eh bien, c’est aux militants d’en décider. Le Parti socialiste est leur chose, n’existe que par la force de ses militants, par leur volonté aussi. C’est en définitive le simple jeu de la démocratie qu’il va falloir faire jouer au sein du Parti socialiste. Et ce jeu-là est ouvert, croyez-moi.»
L’avocate a beau porter la robe de la contestation et de l’éloquence, elle devra faire face au front de la «légitimité historique». C’est un changement de rôles entre Sall et Dieng. Au congrès de mars 1996, les «légitimistes» Djibo Kâ et Moustapha Niasse avaient vu la couronne leur échapper au profit de Tanor, parrainé par Abdou Diouf. Pour les 6 et 7 juin prochains, l’enfant de Podor n’a pas ce coup de pouce politique qui a souvent propulsé les grands hommes politiques et trahi les destins les plus «évidents». Or, c’est le talon d’Achille de celle qui n’a pris la carte du Parti socialiste qu’en «2006 à l’occasion des renouvellements de la coordination de Podor», n’ayant décidé de sa «vocation délibérée d’entrer en politique» qu’après la chute du Ps en 2000.

hamath@lequotidien.sn

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