Quand la microfinance se transforme en cercle vicieux

Parce qu’elles sont souvent dépourvues de garanties, les systèmes financiers décentralisés (Sfd) appliquent aux femmes de la banlieue des taux d’intérêt qui frôlent l’usure, plafonné à 27 %.

Et l’alternative qu’elles trouvent avec tierces personnes les appauvrissent davantage. Ne sachant plus où donner de la tête, ces dernières réclament une réorganisation du secteur de la microfinance face à ces extorsions de frais. Une réorganisation du secteur de la microfinance par la mise en place d’une cartographie diplômante pour mettre fin à la précarité des femmes de la banlieue.

C’est ce que réclament les populations de la Commune de Yeumbeul–Sud. Un plaidoyer qu’elles justifient par les taux élevés de la location de l’argent appliqués par les systèmes financiers décentralisés (Sfd), surtout envers les femmes qui sont généralement dans des activités génératrices de revenus. Le risque de prêts à cette catégorie d’agents économiques étant élevé, les institutions de microcrédit appliquent des taux qui frôlent l’usure, fixés à 27 %, pour s’assurer de toutes les garanties en cas de défaillance du client.

Impuissantes face à l’ampleur du phénomène, ces femmes ont tenu, dans le cadre de la quinzaine nationale de la femme, à organiser une table ronde la semaine dernière autour du thème :

«Les enjeux de l’autonomisation des femmes pour un développement inclusif» pour faire le diagnostic et solliciter des autorités politiques une réorganisation du secteur de la microfinance. D’après la juriste Ndèye Soukéye Guéye Mbow, par ailleurs Professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, modératrice de la table-ronde, «l’Etat doit réorganiser ce secteur de la microfinance pour lui donner sa véritable place dans le tissu économique.

Il est nécessaire par le biais de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) qu’il fasse une cartographie diplômante des femmes pour savoir combien y a-t-il de femmes diplômées et leurs spécialités. Ceci va permettre à l’Etat d’établir une bonne organisation sur les mécanismes de financements.

L’Etat pourra donc identifier les besoins réels avant de faire des financements. Et pour cela, il y aura une bonne formation sur les techniques de gestion. C’est pour éviter des financements désarticulés à savoir distribuer de l’argent de gauche à droite qui poussent les femmes à revenir à la case de départ par des gaspillages lors des cérémonies familiales».

Faisant le point de la microfinance, Mme Mbow n’a pas manqué de dénoncer la précarité des femmes qui s’y activent. «Beaucoup de femmes de la banlieue vivent dans la galère. Elles ont d’énormes difficultés d’ordre économique et financier.

Car, pour qu’il y ait autonomisation, il faut que ces femmes soient accompagnées par une bonne formation et par des partenaires financiers. Parmi ces partenaires financiers, il y a les banques et institutions de microfinance. Mais nous avons constaté que dans ces institutions de microfinance, les taux d’intérêts sont trop élevés.

A la limite, ces taux d’intérêts déstabilisent les efforts fournis par les femmes de la banlieue. Ce qui pousse ces dernières à tourner le dos à ces institutions de microfinance pour se ruer sur d’autres prêts qui vont les appauvrir davantage», regrette-t-elle.

Justifiant ces propos, la juriste panéliste ajoute que ces femmes qui ont fui ces institutions de microfinance, font recours à de tierces personnes dont leurs sœurs qui ont fait des prêts dans des banques ou qui détiennent de grosses sommes d’argent.

«Ces soi-disant bienfaiteurs dictent alors leurs lois sur leurs prêts. Par exemple, vous prêtez à une femme 100 mille francs Cfa et elle va vous rembourser 125 mille francs ou 130 mille francs par un système de remboursement journalier.

Au bout de quelques jours, le soi-disant bienfaiteur récupère sa mise et continue son manège. Donc, à la limite, vous travaillez pour votre bienfaiteur. C’est donc de l’usure démesurée puisqu’il n’y a aucun organe de contrôle pour ça. Il faut mettre fin à ce genre de pratique», plaide Ndèye Soukèye Guèye Mbow.

Non sans interpeller l’Etat et les organes de contrôle de la microfinance. «L’Etat, la Direction de la microfinance, la Commission bancaire de l’Umoa, la Direction de la réglementation des crédits et autres doivent aujourd’hui intervenir pour mettre fin à cette situation qui est en train de plonger les femmes dans la précarité», dit-elle.

Théodore SEMEDO

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