Que se passe-t-il dans la région du Golfe Persique ?

La région du Golfe Persique continue de surprendre et de tenir en haleine le monde entier. Une fois de plus, une dangereuse tension monte dans les relations entre plusieurs pays et le Qatar. Six pays arabes, Yémen, Libye, Bahreïn, Égypte, Émirats Arabes Unis, Arabie Saoudite et République des Maldives, ont annoncé la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Ils accusent Doha d’aider les organisations terroristes, comme l’État islamique, les Frères musulmans et Al-Qaïda, et de déstabiliser leur situation interne.

De plus, à l’exception d’Oman, les États membres du Conseil de coopération du golfe ont interrompu les échanges aériens et terrestres avec leur voisin. En regardant la carte, il devient clair qu’à l’exception de sa frontière maritime avec l’Iran, le Qatar est littéralement assiégé.

Dans le même temps, le gouvernement yéménite accuse le Qatar de soutenir les groupes radicaux yéménites.

Le gouvernement intérimaire de Libye a lui aussi annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec Doha. Lors d’une interview accordée à Sky News Arabia, Mohammed Al-Deri, ministre des Affaires étrangères de Libye, a insisté sur le fait que, depuis 2012,  le Qatar est le principal fournisseur d’armes de la branche libyenne des Frères musulmans et d’autres groupes islamistes armés, et que le Qatar constitue une menace pour la sécurité nationale du monde arabe.

Il faut rappeler que ce petit émirat est le plus grand exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) du monde. Ainsi, en 2015, le Qatar a exporté 106,4 milliards de mètres cubes de GNL, en plus de 19,8 milliards de mètres cubes par gazoduc. Les réserves de gaz de cet État arabe occupent actuellement le troisième rang mondial, après la Russie et les USA. Selon BP, simplement en 2015, la production gazière du Qatar s’est élevée à 181 milliards de mètres cubes, la consommation nationale ne s’élevant qu’à 19 milliards de mètres cubes. En tant que pays de l’OPEP, le Qatar produit aussi 620 000 barils de pétrole par jour. Si pour tenter de protéger son pays des interférences extérieures, le gouvernement qatari décidait de se retirer de l’accord de limitation de la production pétrolière de l’OPEP, ou ne s’y conformait plus, le renchérissement de l’offre de pétrole sur le marché pourrait faire plonger les prix à brève échéance. Après tout, traditionnellement dans ces régions, les événements affectent toujours les prix pétroliers, et la discorde entre les grands producteurs peut pousser la pression à la baisse des prix, car les États membres de l’OPEP doivent rester unis dans le cadre de l’accord visant à réduire la production.

Autrement dit, sous la pression des Saoudiens, plusieurs pays arabes accusent Doha d’être de connivence avec les terroristes et de financer leurs joyeusetés, même s’il y a belle lurette que la communauté internationale sait tout cela. La simple vérité est que Riyad est actuellement embringué dans au moins deux guerres : une par procuration en Syrie, histoire de massacrer les Syriens, et l’autre de front contre le Yémen voisin, où les « faucons » saoudiens tirent impunément depuis le ciel sur les civils – femmes, enfants et anciens –, puisqu’il n’y là-bas a aucune défense antiaérienne, même primitive.

Beaucoup dans le monde se posent un certain nombre de questions légitimes sur l’activité terroriste des Saoudiens dans la région. Par exemple, des gangs de mercenaires et de terroristes peuvent-ils harceler la population syrienne pendant des lustres et faire des choses horribles sans le soutien financier, militaire et politique de Riyad ? Bien sûr que non. Et si le sang innocent des civils coule toujours sur les terres syriennes, Riyad, Doha et certaines autres monarchies arabes de la région du Moyen-Orient, doivent être responsables de ces crimes.

D’autre part, si nous analysons le déroulement des événements, il s’avère que la détérioration de la situation et l’escalade ont commencé sur l’initiative de Riyad, après la visite du Président US Donald Trump. Ce dernier a autorisé les dirigeants saoudiens à décider pour le monde arabe, seuls au sein de leur gouvernement perpétuel. Pourtant, il est juste de dire que recevoir l’autorisation de succéder à Donald Trump, le président du « pays le plus démocratique », a coûté une fortune à Riyad. C’est le régime saoudien qui a établi des lois médiévales dans son royaume, qui n’exhale vraiment pas la démocratie, et ce n’est que pour avoir mentionné ce mot exotique que des sujets du roi sont emprisonnés ou décapités en public afin de dissuader les autres de se renseigner sur les autres modes de vie à l’étranger.

Ainsi se pose une autre question : pourquoi le Qatar a-t-il la tête sous le billot saoudien ? La réponse est assez simple. Dans la mesure du possible, Doha cherche à protéger ses propres intérêts au mépris des intérêts saoudiens. Par exemple, il sponsorise son propre groupe terroriste en Syrie et joue son propre jeu au Yémen. Mais le problème principal est que le dirigeant qataris ont fait leur pari politique principal sur les puissances européennes, avec lesquelles ils ont établi de bonnes relations économiques et politiques. Il est assez naturel que Donald Trump, qui est en quelque peu critiqué pour son inexpérience et son ignorance dans la conduite de la politique étrangère, n’ait pu tolérer cela, et ait dit personnellement au fils du roi Muhammad ben Salmane, lors de sa visite dans le Royaume, de s’occuper de Doha. Et nous assistons déjà aux premiers rounds de ce « match de boxe ».

Toutefois, tout n’est pas aussi simple qu’il paraît au premier abord. Plusieurs alliés parmi les plus proches de Riyad, à savoir la Jordanie, Oman et le Koweït (ces deux derniers sont membres du Conseil de coopération des États arabes du golfe), ont refusé d’être assujettis au leadership saoudien et de protéger leurs intérêts nationaux. En outre, et ce n’est peut-être pas vraiment le moins important, le Qatar a soutenu l’Iran, qui maintient de bonnes relations avec le petit émirat.

Par exemple, le différend entre le Qatar et les pays arabes du Golfe Persique, a débuté avec le prétendu piratage de l’agence de presse étatique. À cette époque, au nom de l’émir, l’agence a diffusé un discours en faveur des relations avec l’Iran. Mais le ministère des Affaires étrangères de l’émirat a plus tard fait savoir que le site Internet de l’agence avait été piraté. Malgré cela, n’ayant pas trouvé ces arguments convaincants, les dirigeants saoudiens continuent de soutenir que l’émir a annoncé la normalisation de ses relations avec Téhéran. En fait, Riyad perçoit cela comme un défi à son leadership dans la région, même comme une trahison, car plus tôt, lors d’un sommet des États arabes du Golfe et des USA, au nom de tous les invités, les Saoudiens ont publié un message condamnant la politique iranienne.

Pour Sergey Lavrov, ministre des Affaires étrangères de Russie, la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar de six pays arabes et de la République des Maldives, est une affaire de leur politique interne. Selon lui, la Russie ne s’intéresse qu’au maintien de bonnes relations avec tous les États de la région du Moyen-Orient.

Il est clair que le Qatar est devenu bouc émissaire de la guerre au terrorisme ; il doit servir de couverture à toutes les affaires louches. D’autre part, il est aussi évident que le jeu de leadership s’est accéléré dans la région du Golfe. Dans cette compétition, Riyad est déterminé à n’abandonner sa position sous aucune condition. Il cherche plutôt à tirer parti de l’aide des USA pour renforcer sa politique étrangère, à base de notions médiévales, sur la vie et le monde environnant.

NEOVictor Mikhin

Victor Mikhin, correspondant membre de l’Académie des sciences naturelles de Russie, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Original : journal-neo.org/2017/06/09/persian-gulf-what-is-happening-in-the-region/
Traduction Petrus Lombard

http://reseauinternational.net/que-se-passe-t-il-dans-la-region-du-golfe-persique/

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