RAMADAN – Approvisionnement en denrées alimentaires : La folie dépensière des femmes

Les femmes sénégalaises ne négligent rien pour faire plaisir à leur famille, en leur servant un repas copieux à l’heure de la rupture du jeûne. La table à manger doit être complète et surtout riche. Pour ce faire, elles s’approvisionnent, parfois futilement, en denrées de première nécessité. Quelques tours effectués dans certains marchés de Dakar ont permis de faire le constat.

Les Sénégalais ne lésinent pas sur les moyens pour se faire plaisir en ce  mois béni de Ramadan. Ils s’approvisionnent en tout. Et tout achat semble être permis. Ce, même si on ne dispose pas forcément des moyens… financiers. Du lait au sucre en passant par les dattes, du gingembre, bissap, pain de singe, raisin, jus en poudre de tous les goûts et fruits, thon, des boîtes de corne bœuf, petits pois, riz, huile… on doit disposer de tous ces ingrédients, désormais devenus et cela pour les besoins du ramadan, produits de première nécessité. Quitte à ce que les mères de famille s’endettent auprès des commerçants.  

Il est 12 heures au marché Gueule Tapée où on note une effervescence digne des jours de fête. Malgré la canicule de ce mois de juin et le jeûne, les clients, majoritairement des femmes, se bousculent devant certains magasins d’alimentation générale pour se faire servir de ces denrées. Impatientes, certaines d’entre elles n’hésitent pas à crier sur les vendeurs, pour se faire servir. «Vous êtes comme ça.

Il vous suffit d’un petit événement pour que vous abusiez de la patience des gens. Si on n’achète pas en grande quantité, on ne sera jamais prioritaire», peste Mariè­me, négligemment assise sur un vide bidon de 20 litres à l’intérieur du magasin. Taquin, son interlocuteur et non moins vendeur, Badou Faye, lui rétorque : «Je sais que le jeûne te fatigue déjà, mais je viens à toi, tu es ma cliente préférée.» 

Très enthousiaste sans doute de voir toutes ces clientes se ruaient vers lui, Badou salue l’arrivée du mois de Ramadan. «On rend vraiment grâce à Dieu. Depuis ce matin (hier), on ne se plaint pas et je prie pour que cela continue ainsi jusqu’à la fin du mois.» 

Bousculé par des clientes à l’intérieur du magasin, son patron, un homme d’une quarantaine d’années, met en garde Badou.  «Il n’y a aucun changement sur les prix des denrées, aussi ne fais de rabais à personne et veille sur le pesage. Je ne veux de problèmes avec personne», lui réprimande-t-il, devant les clients.  

Non loin de là, se trouve un petit magasin avec des produits étalés à même le sol. Rien ne manque sur ces étals. Des sacs de pain de singe, gingembre, bisap, café Touba, lait, dattes, niébé, petits pois et d’autres fruits encerclent Pape Ndiaye Niakoul dara (ne manque de rien). L’homme, la trentaine révolue, habillé d’un jean et d’un tee-shirt entaché par les produits qu’il vent, s’explique sur son pseudonyme. «Il n’est pas exagéré de m’appeler Niakoul dara, je ne manque de rien, je suis l’ami des femmes, c’est moi qui leur fournis tout ce dont il faut, pour un bon ndogou (rupture) et à moindre coût», se vente-t-il, très décontracté.

Le lait et les jus locaux en vedettes
Pape Ndiaye dit avoir renforcé ses stocks pour les besoin du ramadan. «Il y a des produits qui marchent mieux en période de ramadan comme du lait, du bissap, des dattes et moi, je peux vous vendre si vous le voulais une tonne de dattes», se glorifie-t-il. «C’est la vérité ! Il est vraiment humain, car il nous aide beaucoup. Avec lui, on peut prendre ce qu’on veut à crédit et rembourser après. Puisqu’on est en période de ramadan et qu’il faut bien se nourrir, on a besoin de beaucoup de choses et lui, il ne manque de rien, il a vraiment tout ce dont on a besoin pour bien rompre son jeûne», confirme Mariama en train de trier du gingembre. 

Les produits de première nécessité ne sont pas les seules choses proposées aux potentiels clients. Les accessoires comme des tasses en verre ou en caoutchouc, des feuilles de menthe embaumant l’atmosphère s’ajoutent au décor habituel du marché Gueule Tapée. Ce même décor est constaté au marché Dior des Parcelles Assai­nies. Cependant, contrairement à Gueule Tapée, il y avait hier moins d’effervescence à Dior. Ce qui n’enlève en rien l’euphorie des ménagères, dans la préparation du Ramadan. 

De petite taille, moulée dans un pantalon jean bleu, une chemise multicolore, le regard derrière des lunettes en noir fumé, Aïda fait le tour des étales à la recherche de bons produits pour sa famille. Pourtant, son panier est déjà tellement lourd qu’elle s’est payé les services d’un jeune garçon pour la lui tenir. «Il me reste encore deux pots de pain thon, de la mayonnaise et quels pots de corne bœuf», confie-t-elle. Quid de tous ces produits encombrants ? Elle coupe net : «Si j’avais plus de sous, j’en rajouterais encore d’autres produits, jeûner c’est difficile. On reste toute la journée sans manger ni boire, alors le soir, tout est parmi. Parmi les gens, il y en a ceux qui aiment manger sucré et d’autres salé et je veux que tout le monde se retrouve le soir.» 

Si les commerçants se sont approvisionnés en quantité, des produits comme du lait, du sucre, des dattes… ce n’est pas le cas chez les vendeurs de poisson. Teint clair, taille moyenne, dans une taille basse qui laisse voire les seins, Mariama, qui salue la disponibilité des produits cités plus haut, se plaint cependant de la cherté des légumes et du poisson. A l’en croire, les légumes qui se vendaient par tas, se monnayent, en ce premier jour de jeûne, par unité. «On vendait par tas les carottes, tomates, choux, mais aujourd’hui on nous vend l’unité de 100 francs à 250 francs, et n’en parlons même pas pour ce qui est du poisson qui quasi-introuvable», a-t-elle regretté. 

Écrit par Khady SONKO

ksonko@lequotidien.sn

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