RAMADANESQUE – Observation du mois de Ramadan par les diabétiques : Santé… de la foi

Ils tiennent à observer le jeûne au prix de leur santé. Les diabétiques tiennent à leur foi en mettant même en péril leur équilibre sanitaire extrêmement fragile. Mais, les médecins déconseillent fortement l’observation de la diète à certains diabétiques qui peuvent sombrer dans le coma. 

La plupart n’en ont cure : ils font passer Dieu avant leur vie malgré les conseils persistants des médecins. Ce qui fait que le taux de fréquentation du centre Marc Sankalé explose en cette période de l’année.

Il est aussi béni que redouté. Le Ramadan, qui emplit les cœurs de biens faits, est une période qui met à nu les fragilités sanitaires des musulmans qui tiennent à accomplir ce pilier de l’Islam. Car, il n’est donné à tous les fidèles de jeûner ses 30 jours.  A l’image des diabétiques. 

Au centre Marc Sankalé de l’Hôpital Abass Ndao, des malades viennent timidement faire les dernières évaluations de leur état de santé. Accompagnés de leur proche, ils attendent leur tour pour rejoindre le médecin dans son cabinet fortement bondé. 

A l’entrée, la première porte qui se trouve à droite accueille la plupart des diabétiques venus avec leur cahier de suivi pour voir l’évolution du traitement. En ce début du mois de jeûne, la salle de conseil de régime ne désemplit pas de patients. Aérée, la Salle est encombrée aussi par des chaises soigneusement installée.

En charge de livrer des explications aux diabétiques sur le respect de leur régime, une dame multiplie les observations et les mis en garde. Vêtue d’un boubou bleu, foulard blanc noué autour du coup, elle insiste sur tous les détails pour prévenir les risques d’aggravation en cette période de Ramadan. Elle rappelle que la plupart d’entre eux sont sous insulines, vérifie la numérotation des insulines sous la lumière du soleil. Elle dit : «J’ai eu 2 malades déséquilibrés car ils ne respectent pas les instructions du médecin. Ils sont sous insulines et se permettent de jeûner. C’est sûr qu’ils vont nous solliciter durant ce moi de Ramadan.»  

Pressés par leur foi, plusieurs  malades mettent en péril leur fragile santé pour observer le jeûne.  Ndèye Astou Seck, une mère de famille, vient de finir sa séance d’explication. Déjà, elle renonce au Ramadan avec un cœur lourd de regrets : «Depuis ma tendre enfance jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours jeûné. J’étais malade l’autre semaine par la suite j’ai fait le test. C’est la que j’ai su que j’étais diabétique.»  Elle avait entamé le début du Ramadan au même titre que les fidèles bien portants.

Mais, mal lui en a pris : «Quand j’ai jeûné le lundi, je ne tenais pas sur mes deux jambes. Je m’étais juste dit que c’était le début de la journée. Quand j’ai coupé le jeûne à 19h, je n’ai pas  bougé du lit jusqu’au petit matin. C’est par la suite qu’on m’a amenée directement ici.» 

Elle traîne encore les séquelles de cette longue journée de diète. Elle a «obtenu» son bulletin de santé au lendemain de ce jour qui a failli la dévorer. Sachet à la main, mine fatiguée par un manque de sommeil, elle soutient : «Quand je suis arrivée, ils (les professionnels de la santé) m’on fait directement une prise de sang et m’ont donné de la boisson fraîche et m’ont demandé de manger quelque chose. Après, je me suis sentie bien et le médecin m’a donné  l’instruction d’arrêter le jeûne.» 

A l’impossible, elle n’est ténue d’appliquer les rigueurs de ce mois béni qui réveille toutes les maladies bénignes et banales. Mais, le diabète reste une sérieuse menace.  En face d’elle, Mme Sambène est assise sagement dans son coin.  Habillée d’une robe en wax de couleur verte,  Amina est venue voir le médecin qui lui a fixé un rendez-vous 24 h après le début du Ramadan. Sa maladie ne lui empêche pas  de respecter ce pilier de l’Islam. Elle dit : «Ma maladie ne m’empêche pas de jeûner. J’ai juste 1,54 g et je suis régulièrement le traitement ainsi que mon régime. Certes au début, je ne jeûnais pas tous les 30 jours  car j’étais faible. Maintenant, je ne me plains plus et je jeûne sans soucis tout en souhaitant que sa puisse continuer.»

Coma
Il est 14 h au centre Marc Sankalé. La chaleur et la faim commençaient à user les organismes des jeûneurs. Les paroles sortent à peine des salles où un silence écrasant prédomine sur les sentiments des uns et des autres.  Habillé d’un boubou blanc, béquilles à la main gauche, foulard noir et blanc enroulé autour de la tête, un patient maugrée sa longue attente. Lui n’a pas l’intention de suivre la posologie du médecin qui lui a conseillé d’arrêter son jeûne.

Il assume et met en avant son statut de «musulman pratiquant». Il dit : «Le médecin m’a demandé de ne pas jeûner car je suis sous insulines. Mais,  je n’y pense même pas. Il me rappelle chaque fois que je vais  me déséquilibrer mais je ne respecte pas ses instructions car je suis pratiquant et je ne peux pas m’empêcher de jeûner.» Il assume les risques.  «30 jours de jeûne ?

Le diabète ne peut pas m’empêcher de le faire comme je l’ai  toujours fait d’ailleurs même si je suis sous insulines depuis presque 2 ans», jure-t-il. Ancien pasteur dont l’élan a été brisé par un accident de la circulation, il compte bien jouir de sa «retraite» en adorant Allah dans toute sa plénitude. 

«Je passe mes journées sous l’ombre, je ne fais pas d’efforts physiques. Donc pourquoi je ne jeûnerais pas pour bien pratiquer ma religion. Ne pas jeûner ? J’y pense même pas pour le moment», exclut le Vieux. Pourtant, le Ramadan de l’année dernière a laissé des traces dans son organisme. Vivant à Pale, il se rappelle : «L’année passée, j’ai jeuné 14 jours et je suis tombé gravement malade. J’ai été hospitalisé pendant 20 jours ici à l’hôpital Abass Ndao et j’ai beaucoup souffert.» Mais, il ne renonce pas malgré les avertissements du médecin. 

Aujourd’hui,  les professionnels de la santé insistent sur la nécessité de renoncer au jeûne pour éviter des accidents tragiques. Dr Ibrahima Mana Diallo, du centre diabétique Marc Sankalé, dévoile les risques pesant sur les diabétiques qui jeûnent. «Il y a d’abord le déséquilibre du diabète qui peut aller jusqu’à leur amener à faire un coma du diabète qui est d’ailleurs la plus grande conséquence.» D’après lui, «l’inconvénient, c’est qu’il a des journées de jeûne qui sont très difficiles  et les malades ont tendance à avoir un désir excessif de soif. Et ils ne terminent  pas en général le Ramadan.» 

Conseils médicaux
 Selon lui, «les patients qui sont sous insulines, on leur demande systématiquement de ne pas jeûner ça c’est systématique». «S’ils prennent leurs insulines, le matin au kheud, ils ont l’insuline qui continue de faire son action dans le sang. Donc, ils vont rester de 6h du matin jusqu’à 20h : s’ils ne mangent pas entre les repas, il risque de tomber en hypoglycémie, c’est pour ça qu’on leur demande de ne pas jeûner.»  Certes, dit Dr Diallo,  «c’est difficile de dire à quelqu’un de ne pas jeûner et qu’il s’entête de jeûner.

En tout cas,  nous faisons notre devoir de médecin. Mais s’ils veulent faire autre chose, cela leur incombe. Car ils sont bien informés. Mais, quand on veut vivre dans l’ignorance on ne vivra que dans l’ignorance», dit-il. Selon lui, «durant les 5 à 10 jours, il  n’y a pas de gros problèmes. C’est après que les problèmes surgissent car, au début, ils vont jeûner et peut-être supporter. Mais juste après, les conséquences vont subvenir». 

Aujourd’hui, les patients sont bien informés avec l’appui des Tic. «Avec le nouveau projet de M diabète, la plupart des patients diabétiques reçoivent chaque jour des messages qui leur montrent comment jeûner et ceux qui doivent jeûner et ceux qui ne doivent pas jeûner. Ils sont bien imprégnés par rapport à ça», dit-il.

A en croire ses explications, il y a une race de diabétiques qui ont droit au jeûne. «Les diabétiques qui doivent jeûner ce sont ceux qui sont pas compliqués, ça c’est la première chose. Ceux ne qui sont pas sous insulines et ceux qui ont des glycémies relativement normales. Ce sont les diabétiques qui peuvent jeûner mais pas qui doivent jeûner», précise-t-il. 

Pour lui,  «la concentration des repas (du ndogou au kheud)  ne pose pas un problème majeur  parce que les repas sont spécifiés comme suite en général. Et hormis le Ramadan, ce sont les trois repas respectés : le ndogou, le dîner et le kheud, on n’a pas de problèmes sur ces cas. Cependant, il faut juste inverser les heures de prise des médicaments».

Stagiaire

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