RAMADANESQUES – Observation du Ramadan : Les femmes enceintes grosses d’équation

C’est une équation médico-religieuse. Mais, la réponse est purement personnelle chez plusieurs personnes. Les femmes enceintes sont au cœur d’un dilemme : Vaut-il jeûner ou non ? La réponse coule de source selon la médecine et l’islam.

Certaines observent le Ramadan sans s’embarrasser de l’avis médical qui déconseille cela ou l’autorise du bout des lèvres. Elles sont nombreuses à suivre les instructions de leur sage-femme en cette période : Car, elles ne veulent pas perdre la vie en donnant la vie. Pourtant,  l’islam ne leur impose nullement cette pratique qui met en danger leur vie et la santé du fœtus. Mais, on arrivera toujours à trouver celles qui préfèrent passer Dieu avant leur vie.

Le Ramadan est le temps de toutes les précautions. En cette période de l’année, les établissements sanitaires ne désemplissent pas. Et les pathologies refassent surface au moment de faire la diète. Il est 9h à l’Hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye. La faim et le soleil n’ont pas encore commencé à user les organismes des jeûneurs qui affrontent la journée naissante avec plein d’entrain.

A l’entrée, les vigiles contrôlent les tickets achetés au niveau du guichet après une longue queue. En franchissant la porte de ce centre de référence de la banlieue dakaroise, le service des urgences est niché sur l’aile droite de ce vieillot bâtiment dont le silence est brisé par des éclats de voix des patients qui résistent à la longue attente. Mal en point, certains sont couchés sur les bancs en ciment qui servent de salles d’attente aux malades.

En ce mois béni de Ramadan, la fragilité de certains est mise à nu : Les femmes enceintes ne sont pas en reste d’autant plus que certaines ne veulent pas rater  l’occasion de respecter ce quatrième pilier de l’islam à leur risque péril. D’autres, ne se posent pas trop de question : «Pas de ramadan car il faut respecter les conseils du médecin. Prudence oblige

Trouvée dans le couloir en train de faire des va-et-vient avec ses pieds enflés par l’effet de la grossesse, Mme Dia, 36 ans,  est écartelée entre ses aspirations religieuses et les exigences de son état de santé. Elle dit : «J’ai jeûné les deux premiers jours mais  difficilement mais  je me suis dite que c’est peut être  le début. Et, le troisième jour j’ai encore jeûné mais cette fois-ci  jusqu’à midi car j’étais morte.» Moulée dans une robe orange, cure-dents à la bouche, elle a un carnet sanitaire rempli de pathologies qui ne lui autorisent de pratiquer de jeûner.  «D’habitude, je suis très maladive durant mes grossesses et je prends des médicaments aussi  car je suis hypertendue. Avant le ramadan, le médecin m’a demandé de jeûner  si  je pouvais. L’essentiel, c’était de respecter la prise de mes médicaments chose que j’ai faite mais je n’arrivais plus à tenir», témoigne-t-elle. A L’impossible, nul n’est tenu.

Malgré son envie pressante de jeûner, Fatima n’a pas pu supporter la faim à laquelle les fidèles sont astreints durant une longue partie de la journée. Pressés par les urgences de leur travail, les «blouses blanches» hâtent les pas dans les couloirs de ce centre hospitalier. Mais, elles ont quelques instants pour répondre aux questions de certains malades. Accompagnée de sa belle sœur, Hawa, victime des grossesses précoces, respecte le calendrier de ses visites prénatales.

D’après elle, il est impensable qu’elle respecte le Ramadan à cause de cette «grossesse à risque» qu’elle traîne. C’est pour cette raison qu’elle bénéficie d’un suivi méticuleux des médecins. «J’ai beaucoup souffert lors de ma première grossesse et j’avais jeûné presque les quinze premiers jours  du moment où je n’avais pas fait mes visites. Donc il y avait personne qui me demandait d’arrêter même si je soufrais en silence. Mais à un certain moment, j’ai senti le besoin de ne plus jeûner car j’étais tombée malade. C’est par la suite que j’ai arrêté par décision médicale car mes grossesses sont à risque», partage-t-elle. Au bout du souffle, elle rejoint le cabinet du médecin traitant.

Sac à la main, emmitouflée dans un ensemble gris qui dissimule la rondeur de son ventre, foulard rouge enroulé autour du cou,  Mami ne «prend» aucun risque inutile malgré son ancrage dans la religion. D’après elle, il est hors de question de respecter le Ramadan nonobstant les rétributions divines liées à l’observation de ce pilier de l’islam.  «Jeûné ? Je n y pense même pas car j’ai des vertiges à en finir et des médicaments à prendre. En plus, je ne supporte pas la faim et j’ai peur de me déshydrater et je ne veux surtout pas perdre la vie en donnant la vie»,crache-t-elle. Un sourire radieux illumine son visage angélique.

Dans ce lot de femmes enceintes, on y décèle des dames qui affrontent les rigueurs du carême.  Trainant son pas lourd dans les couloirs, une patiente se soucie plus de l’état de santé de son fils qui souffre de brûlures. Elle a fini de banaliser la grossesse.

Et elle jeûne : «Je jeûne sans soucis et d’ailleurs je ne suis pas à ma  première grossesse durant un mois de ramadan. J’en suis à ma troisième expérience et toutes mes trois grossesses se sont passées dans de très bonnes conditions.  Ce qui veut dire que je court aucun risque même si  je n’ai pas l’habitude de manger quand je suis en état de grossesse. Cela me facilite le jeun»,  explique-t-elle sur un ton sérieux.  Embouchant la même trompette, Nafi, vendeuse de légumes, respecte le jeun du mois de ramadan.  Mais, il est soumis à l’aval de la sage-femme. Elle dit : «Rien ne m’empêche de jeûner car ma grossesse ne me rend pas  malade. Durant mes grossesses, je suis très active.  Malgré tout, je demande toujours des conseils à ma sage–femme avant de jeûner car c’est plus prudent», jure-t-elle. Houleymatou renchérit en insistant sur la foi : «Avec le jeun, tu ne craints rien. Car c’est des moments de purification donc penser à ne pas jeûner serait la dernière des choses que je ferais. » Entre son état de santé et sa religion, elle a fait le choix : « Je préfère tomber malade plutôt  que de ne pas jeûner», insiste-t-elle dans un wolof approximatif.  «Certaines femmes pour un rien  préfèrent ne pas jeûner. Alors qu’une grossesse ne les empêche pas de faire leurs activités quotidiennes. J’ai  jeûné deux fois de suite durant les mois de ramadan même si ma sage-femme m’avait demandé d’arrêter. Chose que je n’ai jamais respectée car ne pas jeûner aux yeux de mes enfants était pesant pour moi alors que je devais donner le bon exemple.  J’avoue que  j’ai  souffert durant cette grossesse avec le chamboulement de la prise de mes médicaments mais cela vaut le coup même si mon bébé était de petite taille à la naissance», avoue-t-elle. C’est sans doute le prix à payer.

  • Écrit par  Habibatou WAGNE

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