Rappel À Dieu De Sidy Lamine NIASS : Retour Sur Une Semaine Époustouflante

Mardi 4 décembre

Il n’était même pas neuf heures, que la mauvaise nouvelle, telle une traînée de poudre, avait fini de faire le tour du Sénégal. Sidy Lamine NIASS, fondateur et PDG du groupe Walf Fadjri venait de rendre l’âme à l’hôpital principal de Dakar où il était interné depuis la veille. 

Rappelé à Dieu à l’âge de 68 ans, Sidy Lamine NIASS qui avait consacré sa vie à défendre les sans voix, laissait derrière un Sénégal désappointé. Les sanglots des proches et les gémissements des sympathisants sont suivis par les nombreux hommages.

Me Abdoulaye WADE, ancien président de la République

 

(…) 

Le départ de Sidy est une perte incommensurable pour notre pays et pour l’Afrique. 

Quand j’ai ouvert la voie de la presse non gouvernementale il a été le premier à suivre avec Walfadjri. A une époque où tout était difficile, créer un journal n’était pas évident. Avec l’intolérance générale qui régnait à l’époque et est venue s’ajouter à l’esprit dirigiste de l’Etat prétendu socialiste, peu de gens croyaient que l’organe pourrait vivre longtemps, surtout que dès le départ Sidy a fait preuve d’une véritable indépendance d’esprit. 

Avec très peu de moyens, Sidy a su imposer son hebdomadaire et, peu de temps après, créer la télévision qui, de nationale limitée à notre pays est devenue internationale écoutée dans le monde entier. Dans les publications et les télévisions africaines, Walfadjri occupe une place honorable, très probablement dans les premières loges. 

Au plan politique, les organes de presse du groupe ont su maintenir l’équilibre entre le pouvoir et l’opposition. Comme le dit Jean de Lafontaine, on ne peut pas contenter tout le monde et son père. Donc il y aura toujours des mécontents. 

Ayant été pendant longtemps Chef de l’opposition, je n’ai jamais eu à me plaindre des organes Walfadjiri

Après cet hommage mérité au Groupe Walf et à son fondateur, je profite de l’occasion pour présenter mes condoléances à Abdourahmane Camara, le fidèle compagnon, l’âme et la colonne vertébrale du magazine, à tous les journalistes, techniciens et plus généralement à tous les employés du Groupe Walfadjri. 

(…) 

Sidy Lamine Niass disparait au moment où je travaillais avec lui sur un projet consistant à trouver des ressources permanentes pour faire de WalfTV un projet toujours plus large, toujours plus solide, à l’instar des grandes télévisions mondiales. Si mon offre intéresse le successeur, qui aura la tâche difficile tant il est vrai que remplacer à la tête du Groupe un homme de la dimension de Sidy Lamine Niass ne sera pas un exercice facile, mais nous le soutiendrons de toutes nos forces. 

Sur ce sujet j’ai eu un bref entretien avec Cheikh juste avant son embarquement pour Dakar. 

Un géant de la presse africaine a disparu mais aussi un croyant, combattant infatigable pour notre religion dont il a une maitrise rare. Puisse Dieu, le Tout Puissant, le Miséricordieux, inspirer les jeunes africains de l’exemple de Sidy Lamine Niass qui a réussi le parcours du combattant sur un chemin montant, difficile et malaisé, parsemé de fosses et de trappes, avec partout des embusqués, ennemis de la liberté et de la vérité. Malgré tout il est parvenu au sommet et a planté, comme Armstrong sur la lune,  le drapeau de la victoire aux couleurs du Sénégal et de l’Afrique.


Karim WADE, ancien ministre

 

C’est avec une immense tristesse que j’ai appris le décès de Sidy Lamine NIASSE, Président Directeur Général du Groupe WAL FADJIRI. Le Sénégal perd avec lui, un de ses plus grands serviteurs, et l’une de ses plus belles plumes. 

En effet, la vie de Sidy Lamine NIASSE est consubstantielle à son combat pour la défense des libertés en général et de la liberté d’expression en particulier. 

Je garderai pour la vie le souvenir de nos rencontres et des échanges fréquents que nous avions sur la situation de notre pays, dont il plaçait la défense des intérêts au-dessus de tout. 

En cette période cruciale pour l’avenir de notre pays, ses analyses, son rôle de vigie de la démocratie et d’avocat infatigable des plus démunis, nous manqueront assurément. 

En ces moments de deuil, je tiens à adresser à sa famille et à tout le personnel du Groupe WALFADJIRI mes sincères condoléances et l’expression de mon affliction personnelle.


Khalifa SALL, député, ancien maire de Dakar


ME MADICKE NIANG, ancien ministre

«Sidy est un combattant qui me donnait beaucoup de conseils. Il a toujours été un défenseur de la religion musulmane. Même seul, il a toujours su garder son sang-froid et continuer son combat. Je connais beaucoup de choses sur lui, il m’appelait souvent pour discuter avec moi. Souvent, quand Abdoulaye Wade m’appelait pour m’envoyer chez Sidy Lamine Niass, il me disait : +Viens, je t’envoie chez ton ami et frère Sidy Lamine Niass+. Tout le monde savait mes relations avec lui. Il a laissé une œuvre monumentale. Il a fait un travail que des gens qui ont vécu plus de 100 ans n’ont pas fait au Sénégal. Ce qui reste, c’est de prier pour sa famille. Il aimait beaucoup ses enfants. Sidy Lamine Niass a tout fait pour que ses enfants réussissent. Il aimait aussi le Sénégal et les foyers religieux. Depuis que la mauvaise nouvelle est tombée, on m’appelle de partout à Touba pour manifester leur compassion. Que Dieu le tout puissant déverse sa bonté sur nous et sur toute sa famille».


ABDOULAYE BATHILY, ancien ministre

«C’est tout le Sénégal qui a perdu. Depuis 30 ans, Sidy Lamine Niass a combattu pour qu’il y ait la démocratie dans ce pays. Moi je peux l’attester parce qu’il a été mon compagnon de 2000 à 2012. Et jusqu’à son dernier souffle, il n’a jamais dévié son combat pour la liberté et la démocratie. Aujourd’hui, Sidy Lamine Niass et son groupe constituent un des remparts de la démocratie sénégalaise. C’est pourquoi je voudrai à mon nom, et au nom de tous ceux qui luttent pour la démocratie, dire que c’est une grande perte pour notre pays, pour la presse africaine, pour la presse démocratique et internationale. Parce que WalFadjri a été toujours un organe de presse neutre qui ne s’est jamais penché d’un camp. Qu’il repose en paix et que son groupe de presse continue de défendre l’intérêt des Sénégalais».


BARTHELEMY DIAS, ancien député, responsable politique

 

«Je témoigne, aujourd’hui, ma reconnaissance et ma gratitude à un pilier de la démocratie, à la voix des sans voix et à un homme qui a consacré toute sa vie à l’émancipation de son peuple. Aujourd’hui, c’est une grosse perte pour le Sénégal, pour la Ummah islamique mais particulièrement la démocratie sénégalaise. Parc que Sidy Lamine Niass, de par sa posture et de ce qu’il a eu à construire, a été une grande icône pour notre démocratie et pour toutes les régimes qui se sont succédé dans ce pays. C’est toute la nation sénégalaise, toutes religions confondues et toutes les forces vives de la nation qui doivent, aujourd’hui, rendre un vibrant hommage à Sidy Lamine Niass.  Khalifa Sall a eu à se prononcer, hier, à travers sa page Facebook, pour présenter ses condoléances à la famille de Sidy Lamine Niass et au groupe WalFadjri et à la presse sénégalaise en générale. Où il se trouve présentement, il ne peut qu’être redevable à Sidy Lamine Niass. Parce que, depuis que cette injustice s’est abattue sur lui, le groupe WalFadjri s’est toujours mobilisé pour dénoncer cette injustice et éveiller les consciences des citoyens par rapport à la situation que vit actuellement Khalifa Sall».


ME EL HADJI DIOUF, Avocat, ancien ministre

«Il a été le gardien du temple, le général qui veillait sur le Sénégal.  Il avait une idée de la démocratie. Il combattait l’injustice et ses enseignements en l’islam étaient remarquables. Les enseignements de Sidy Lamine font de vrais musulmans. Il participait à la formation du musulman qui doit connaître sa religion et, surtout, il a fortement contribué à l’avènement et à la préservation de la démocratie avec courage, abnégation, détermination et avec forte conviction. Sidy Lamine a imposé sa marque de fabrique. C’était le général, le soldat qui veillait jalousement sur les troupes du Sénégal.  Sidy est parti et a laissé des leçons de courage, de dignité et de patriotisme qu’il faut apprendre et assimiler. Sidy est mort, mais il n’est pas mort. Son œuvre est là et il sera toujours là. L’homme est remarquable et irremplaçable. On avait les mêmes convictions, il était courageux et il avait de l’estime pour moi. Et c’était réciproque. Sidy n’était pas contre le pouvoir, au contraire il était l’allié de tous les pouvoirs, car il les aidait à se redresser».


Abdoulaye Bibi BALDE, ministre de la communication, des télécommunications et de l’économie numérique

 

C’est avec une grande tristesse que j’ai appris la disparition du Pdg du Groupe WalFadjri Monsieur Sidy Lamine Niass, parti sur la pointe des pieds. La perte est inestimable pour la communauté des acteurs de la presse et pour tout le SénégalSidy Lamine Niass a marqué l’histoire de la presse sénégalaise. Il a beaucoup contribué à l’encrage du pluralisme médiatique et à la consolidation de la démocratie dans notre pays. Depuis le début des années 80, il a été de tous les combats en faveur de l’évolution et du professionnalisme de la presse dans notre pays. Monsieur Sidy Lamine Niass n’était pas seulement un homme de médias et un patron de presse respecté, il était aussi un intellectuel multidimensionnel engagé et émérite avec des contributions précieuses sur les questions majeures qui interpellent la société.


 SHEIKH ALASSANE SENE, responsable politique

 

«Le Sénégal était au cœur de tes pensées, jamais dévoyées. À l’honorable Sidy Lamine Niass, déférence à la noble étoile, cette élégie t’est dédiée 

Ton grand-père Seydina Muhammad (psl) sera heureux de t’accueillir en ce mois béni qui révéla son auguste naissance. Tu es soudain parti, laissant derrière toi, un peuple orphelin, tu étais à ses côtés au péril de ta vie, cette vie que tu lui avais entièrement dédiée, sans humeur, dans toutes tes démarches. Que de turbulences ont marqué ta carrière d’homme public, au servie exclusif de Dieu, en ses créatures, grand défenseur de la liberté et de la dignité humaine. De Senghor à Macky Sall en passant par Diouf et Wade, que de bras de fer as-tu engagé pour revendiquer les droits du peuple, à chaque fois qu’ils étaient piétinés et foulés.  

Ta vie a inspiré tout un peuple, ta chair est le Sénégal. En toi étaient aussi cachés les secrets émanant d’Aboul Abbass Ahmada Tijani (ra), au-delà de ta plume si fine et de ta parole si douce, sommeillait la fibre mystique, divinement élevée, tu l’emporteras jusque dans ta tombe, ce lieu de repos pour tout éternel combattant. Fidèle dans la conscience, sage dans la science, te voilà tirer ta révérence au moment où ton peuple a le plus besoin de toi. Son rêve semble brisé, sa chair semble brûlée au second degré au moment où ton âme est élevée vers les terres sacrées, célestes, à d’autres échelles, et ton corps reçu par les grains de sable avec tous les honneurs. Ces mêmes grains, disciples incontestables de ton illustre grand-père Abba Zahra (psl)  

Ton cri de cœur restera à jamais incrusté dans nos cœurs, il sera relayé partout où les libertés seront bafouées. Le groupe Walfadjri perd un guide émérite, le marbre de sa façade pâli après ses lourdes larmes de typhon. La sourate en elle-même est rendue populaire dans nos cœurs pour l’amour que tu lui vouais. Khar Yallah et ses périphéries perdent un père,  un ambassadeur et un exceptionnel bienfaiteur de l’Islam. Ta mission est noblement remplie, elle s’est arrêtée sur terre selon l’injonction irréfragable de Dieu, estampillée par le maître des penseurs, sans relais, dans un rayon céleste qui résonna comme une sirène de Dakar à Léona Niassène, et de Fès à Médine, sous le silence parlant de la Kaaba. T’oublier ne nous sera pas pardonné, et te célébrer nous sera rétribué. Tes enseignements seront au cœur de nos prochains combats de paix, pour la justice sociale et la liberté. Les drapeaux sont en berne, et ceux de nos cœurs flottent au rythme de notre douleur, elle est immense certes, mais détachée de la peine grâce à ton héritage si colossal, celui que tu nous as légué, aux aubes où tu enchaînais les étapes si merveilleuses de la riche vie du Noble Envoyé (Psl), le signe déférent de l’hommage que nous te rendons. Repose en paix, et sois fier de ce peuple que tu as toujours défendu, sois aussi fier de tes hommes qui ont toujours cru en toi, sois fier de tes terres, qui t’ont vu naître et mourir. Eternel tu resteras toujours parmi nous, ô Seidna Cheikh.  

En mémoire, la Fondation «Salla Lahou ‘ala Muhamad (psl)» que je préside avait décerné un prix à Sidy Lamine Niass lors du concours de poésie du Prix «Bushra» qui était dédié au Prophète Muhammad (psl)»


Imam Alioune NDAO, prêcheur et islamologue

«Que Dieu l’accueille dans son paradis. Feu Sidy Lamine Niass avait une dimension universelle. Nous avons perdu un grand écrivain. Son groupe de presse avait fait un excellent traitement des informations sur mon procès. C’est pourquoi lors de ma libération, j’étais passé lui rendre visite. Par cette même occasion, loin des indiscrétions, il m’avait remis une enveloppe d’un million de franc Cfa, tout en me disant qu’on m’a causé du tort. C’est la première fois que je le dis. Il était le «baye fall» de Baye Khalifa Niass. Ses œuvres ne seront jamais oubliées. Il avait un don de Dieu. Il avait consacré toute sa vie à la défense des valeurs de la religion musulmane. Il savait prendre ses responsabilités face à toutes les situations J’écoutais, tous les matins, ses prêches via sa radio».


Son Excellence Safwat Ibraghith, Ambassadeur de la Palestine au Sénégal

«Sidy Lamine Niass fût un homme pieux attaché au message de l’Islam, penseur islamique, leader sénégalais, réformiste socio-politique, homme visionnaire et diffuseur des valeurs, humaniste et farouche défenseur des causes nobles dont la cause palestinienne. La Palestine vient de perdre un grand frère et un grand soutien à sa cause. L’Ambassade de Palestine partage cette grande douleur et adresse toutes ses consolations à l’égard de la famille du défunt et présente ses profondes condoléances à la nation sénégalaise et à toute la Ummah islamique».


ME DOUDOU NDOYE, Avocat, ancien ministre

 

«Je présente mes condoléances à tout le peuple sénégalais. J’ai connu Sidy Lamine Niass en 1976, c’était un frère pour moi. Aujourd’hui, je suis prêt à encaisser des coups et suer pour Sidy Lamine Niass. C’est maintenant que les gens sauront ce que Sidy Lamine Niass représentait pour le peuple sénégalais. Un baobab est tombé. Il m’a toujours soutenu dans des situations très difficiles. Il a été notre porte-voix pour qu’on puisse arriver là, aujourd’hui. Sidy Lamine Niass a joué pleinement son rôle et il nous appartient à nous tous et surtout aux journalistes de prendre le relai».


HABIB SY, ancien ministre

 

«Je suis animé par un sentiment de tristesse depuis, hier. Je prie Dieu le puissant pour qu’il l’enveloppe dans sa grâce divine. C’est une grande perte pour le Sénégal et pour l’Islam, le monde politique, la presse, etc. Sidy Lamine Niass était un homme multiculturel. Il baignait dans la culture sénégalaise et dans la culture islamique. C’est ce qui faisait en quelque sorte sa force, parce que si vous êtes multiculturel, vous avez une grande intelligence et une capacité d’appréhender tous les problèmes qui se posent dans le monde. Il a joué un rôle très important dans la démocratie sénégalaise. Sidy Lamine Niass a été toujours du côté des faibles pour défendre leurs intérêts. Et c’est ce qui explique souvent qu’il était incompris par le pouvoir qui croyait qu’il était contre lui, alors que ce n’est pas ça, il jouait un rôle fondamental que devaient des institutions. Ensemble, on a eu à gérer des questions sensibles surtout dans la période 2011- 2012, parce que j’étais le directeur du cabinet du président Abdoulaye Wade».


OUSTAZ ALIOUNE SALL, islamologue, prêcheur 

«Sidy était un fervent croyant et un amoureux du prophète et de l’Islam. Il disait souvent que : «l’homme doit faire une introspection pour voir la différence entre son passé et son présent, afin de s’orienter vers son Seigneur». Il était non seulement un homme courageux, mais aussi un vaillant défenseur de  ses convictions et principes».


Ousmane SONKO, député

Le Sénégal vient de perdre un fils exceptionnel dont les dimensions nationale, religieuse, et démocratique de l’œuvre n’ont pas encore totalement été dévoilées au monde. Nous présentons nos sincères condoléances à la famille éplorée et au peuple Sénégalais.


Amadou Tidiane WONE, ancien ministre

 

Je suis un fidèle lecteur de WalFadjiri. Peiné et attristé.
Depuis le format magazine des premiers numéros de ce titre, j’ai suivi le développement des différents supports de ce qui est devenu un Groupe phare de la presse sénégalaise: Quotidien, radio, télévision, site internet… Au moment où le Grand Timonier de cette entreprise vient de tirer sa révérence, sa trajectoire féconde et son mérite personnel forcent le respect et invitent à la méditation.
Sidy Lamine Niass, fondateur et dirigeant du Groupe WalFadjiri, aura été de tous les batailles de ces trente dernières années, pour l’avènement d’une presse libre et indépendante dans notre pays. Au delà, il aura fait de son Groupe la voix des sans voix, le mur des lamentations des oubliés. Une  marque de fabrique est le signe distinctif de sa personnalité : il était un combattant. Toujours prompt à se mettre en première ligne pour défendre les causes qu’il jugeait justes. En descendant sur le terrain. Bravant tous les dangers, au point d’avoir plusieurs fois séjourné dans les cachots de la République, il ne se contentait pas que de dire. Il allait au front. Parmi les personnalités issues de milieux maraboutiques traditionnels, arabophones de formation, il aura le mieux imposé un leadership incontestable en formant, ou en révélant, plusieurs talents qui ont essaimé au point de constituer aujourd’hui la trame du tissu médiatique sénégalais. 

Au fond, il aura eu une vie remplie et utile Sidy! A preuve, son impact sur la vie de ses contemporains, ainsi que sur celle des dizaines de collaborateurs qui se sont formés à son école. Il aura également, sous sa plume féconde, contribué à la diffusion du Savoir à travers plusieurs publications. Tant en arabe qu’en français. Ses éditoriaux étaient toujours de haute facture.
Mais son rappel à Dieu, à 68 ans, sonne également comme un coup de semonce à la veille d’élections présidentielles importantes auxquelles il n’assistera pas. Parce qu’il était un acteur important de la vie politique sénégalaise sa mort, si brusque, est chargée d’un message pour les survivants. A l’écoute de son annonce ce matin, je me suis posé une foultitude de questions. Sur moi-même. Sur le temps qui passe et nous avale. Tour à tour. J’ai cherché à sonder la vanité des compétitions qui nous préoccupent, qui nous divisent et qui nous achèvent. Au bout d’une heure de profonde méditation, j’ai prié ardemment pour le repos de l’âme de Sidy Lamine Niass et formé le vœu que son rêve d’un Sénégal prospère et épanouissant voit le jour. Aux survivants de poursuivre le rêve…Le Groupe WalFadjiri en tête. Plaise à Dieu!
Qu’Allah ouvre Les Portes de Sa Miséricorde Infinie à Sidy Lamine Niass. Nos sincères condoléances à sa famille, à ses nombreux amis, à tous ses collaborateurs ainsi qu’à l’ensemble de la Nation. Aduna daal …







PAPE DIOP, ancien président de l’Assemblée nationale et du Sénat 

«L’annonce du décès brutal et tragique de Sidy Lamine Niass, président  du groupe WalFadjri, a créé un choc terrible et bouleversé toute la nation sénégalaise ainsi que la communauté des défenseurs des droits humains. La disparition de cette personnalité unique me donne l’occasion de livrer ici un témoignage au sujet d’un homme que j’ai personnellement connu et pour qui j’ai toujours eu un grand respect. Sidy Lamine Niass qui se fondait sur un vécu solide et une vaste culture, savait défendre ses positions, y compris les plus contestables. Son travail à la tête du groupe Walf et au service du peuple sénégalais restera comme une véritable œuvre d’humanité. Il était un homme courageux, exigeant et déterminé qui nous a ouvert les yeux sur l’arbitraire et l’ancrage de la culture d’État. Sa fougue, son enthousiasme permanent, sa puissance pour bousculer les conservatismes et balayer les scepticismes, étaient inébranlables. Il tenait haut et fort ses convictions et savait les faire partager. Véritable icône de la liberté de la presse au Sénégal et chantre de la liberté d’expression, il a transmis à toute une génération de journalistes un vrai sens de la rigueur dans le traitement de l’information. Un géant aux multiples facettes nous quitte. Sidy Lamine a marqué son temps et l’histoire du peuple sénégalais. Il fut un grand homme qui ne transigeait pas avec la vérité».


 IDRISSA SECK, ancien Premier ministre, président du Conseil départemental de Thiès

 

Sidy Lamine Niass fut un des grands pionniers de la pluralité de la liberté de la presse au Sénégal. Faisant de lui un contributeur significatif à la consolidation de la démocratie. C’est une grosse perte pour le pays, c’est une grosse perte pour la Umma islamique. Je présente mes condoléances les plus attristés à toute sa famille et à la famille de la presse au sens large. Le souvenir que j’ai de lui c’est de mes débuts aux côtés du président Abdoulaye où Sidy Lamine aussi débroussaillait le secteur de la presse privée. C’était un homme courageux, un homme de conviction qui a entamé avec des moyens limités un groupe de presse faisant de lui le contributeur au développement de la presse privée au Sénégal. Je retiens de lui également le souvenir de ses échanges avec nous de l’opposition à l’époque à côté du président Wade faisant de lui quelqu’un qui a toujours eu le souci de la consolidation de la démocratie et du combat de l’injustice.


ME OUSMANE NGOM, ancien ministre

«Nous sommes tous triste aujourd’hui parce que le Sénégal a perdu une personne pieuse et qui était prêt à donner sa vie pour défendre l’Islam. Beaucoup de gens, plus particulièrement les jeunes, ont appris des enseignements de Sidy Lamine Niass à travers ses conférences. Il a toujours défendu l’Islam. Il était très ouvert et les foyers religieux ne me démentiront pas, parce qu’il faisait aucune distinction entre les chefs religieux. Il était un médiateur et était même ouvert aux chrétiens. Sidy Lamine avait des considérations et de l’estime pour tout le monde. Il fut un combattant pour la religion musulmane. Aujourd’hui, il est tombé les armes à la main. C’était un pionnier pour la liberté de ton et la démocratie au Sénégal. Si le Sénégal est devenu une démocratie majeure, c’est grâce à Sidy Lamine Niass».


AÏDA MBODJ, Ancien ministre

C’est une grosse perte. Sidy était un homme véridique et je pense que c’est tout ce qui le lie avec les honnêtes gens. Depuis 1996, quand il m’a demandé d’aller à Bambey m’investir, il avait utilisé les mots «Gueum Sa Bopp». Il voyait en moi un avenir politique prometteur. Depuis lors, il n’a jamais été en reste en tout ce qui me concerne ; que ce soient sur les questions de parité ou autres, il m’a toujours soutenue. Il me donnait même en secret des illustrations dans le coran pour effectivement argumenter ma position vis-à-vis de la parité. C’était un homme qui n’accepte aucune compromission ; il n’est ami qu’avec les personnes honnêtes. Il ne peut pas soutenir la malhonnêteté ni la compromission.


ABDOUL MBAYE,  ancien Premier ministre

 

«Le Sénégal vient de perdre un grand monsieur. Sidy Lamine Niass l’était, comme j’eus à le souligner lors de la cérémonie de présentation de son ouvrage «Un étranger parmi les siens», par le caractère de sa personnalité aux dimensions multiples : Serigne, historien, journaliste, chef d’entreprise mais surtout intellectuel. Il était un intellectuel parce que, pour parler comme Camus, il avait choisi de ne pas se mettre au service de ceux qui font l’histoire, mais plutôt de ceux qui la subissent. Ce faisant, il redevenait d’ailleurs Serigne, rappelant les choix de vie des plus illustres d’entre eux. Sidi Lamine, sache que tu quittes ce bas monde en y laissant la plus belle des gloires : le respect de tes collègues, tes confrères et de tous tes concitoyens. Tu laisses aux tiens l’inestimable fierté de t’avoir eu pour père, frère, ami. Nous prions tous pour que le Tout Puissant puisse t’ouvrir bien grandes les portes de son Paradis. Adieu grand frère».


Me MAME ADAMA GUEYE, Avocat, ancien bâtonnier 

«Sidy Lamine Niass, ce qui frappe chez lui, c’est d’abord son caractère. Un religieux, un homme de presse, j’allais dire un pionner parce que beaucoup de gens dans la presse lui doivent leur carrière. Il a permis à beaucoup d’oser l’entreprise de presse. Un combattant de la liberté, de la démocratie, un philosophe, un homme multidimensionnel et la voix des sans voix. Je pense qu’on a tout dit de Sidy Lamine Niass. Evidemment, cela nous fait mal qu’il parte. Mais, au moment où l’on va vers une élection présidentielle, là où il nous ait encore très utile, ce qu’on essaie de deviner c’est ce que Sidy nous aurait dit face à la situation. Essayons de nous imaginer ce que Sidy nous aurait dit aujourd’hui, par rapport aux échéances à venir. Je pense que ce sera très utile par rapport aux prochaines élections».


BABACAR GAYE, PORTE-PAROLE DU PDS

«C’est avec une grande stupéfaction et une grande tristesse que j’ai appris le rappel à Dieu de Sidy Lamine Niass, le Pdg du groupe Walfadjri. C’est une grosse perte pour la Nation toute entière. Homme de foi, Sidy l’était de par sa naissance. Il est l’un des illustres fils de Mouhamad Niass, le premier Khalife de Abdoulahi Niass et de Aminata Barham dont l’ascendance remonterait au Prophète Mouhamad (PSL). Homme de foi, Sidy Lamine l’était aussi pour avoir osé lancer, dans la grisaille de la pensée unique, l’un des premiers tabloïds bimensuels WalFadjri en 1984. C’était là une d’une presse libre et engagée. Plus Tard, il créa l’un des premiers groupes de presse privée, qui demeure la première école de journalisme au Sénégal. Cette œuvre colossale ne devrait pas disparaître après sa mort. Homme de foi, Sidy Lamine l’est resté pour avoir contribué, sans discontinuité de profondes convictions, à notre indépendance politique, à la lutte pour les libertés, les droits de l’homme, la démocratie; mais surtout pour l’indépendance et l’autonomie de la presse vis à vis de tous les pouvoirs. Il part mission presque accomplie, car aucun mortel, aucune génération, n’accomplit intégralement la sienne sur ce bas monde (…)».


MBAGNICK NGOM, ANCIEN DE WALF

«Ce que je peux dire de Sidy, c’est que c’était un acteur engagé de la presse et de la démocratie. Quand il s’engageait dans quelque chose, il ne reculait jamais. C’est ce qui m’a marqué chez lui. Il était constant dans ses prises de positions. Je me rappelle, quand on fêtait les 32 ans de Walf Quotidien, on lui avait posé des conditions. On lui disait : «Président, on va célébrer les 32 ans et on va marquer cet évènement. Mais, à condition que les conditions de travail de la rédaction soient améliorées». C’était cela notre condition de départ. Il nous répondait : «Je ne sais pas comment on s’organisera mais vous allez le faire». Nous également, on s’était dit que c’était la seule occasion de l’inciter à faire des investissements pour la rédaction. Parce qu’on était à un moment où les conditions de travail à la rédaction étaient un peu difficiles. Et, on se disait que : quand Sidy Lamine veut faire quelque chose, il faut profiter de l’occasion pour l’inciter à faire des investissements. A chaque réunion de staff, quand on le lui rappelait, on lui disait qu’on n’a pas assez de machines et de matériels pour travailler et que les gens avaient des problèmes pour se déplacer. Il nous disait tout le temps : «En tout cas vous allez le faire». Et, je me rappelle à 48 heures ou 72 heures, il s’est arrangé pour équiper la rédaction en machines. Sa réponse a été : «Vous m’avez demandé des machines, les machines sont là maintenant, c’est à vous de faire le travail». Donc, c’est quelqu’un qui était constant dans ses positions et il était toujours déterminé. 

Quand il prenait une décision, il allait jusqu’au bout. Nous prions pour que Dieu l’accueille au Paradis et que Wal fadjri puisse survivre à Sidy Lamine. Parce qu’il a créé un grand groupe de presse. Un groupe de presse qui est une référence dans la sous-région voire en Afrique. Prions et investissons pour que Wal fadjri puisse survivre à Sidy Lamine Niass»

 MAME LESS CAMARA, journaliste, ancien de WalFadjri 

 

«C’est un patron de presse qui avait beaucoup d’ambitions pour la profession. Et qui payait ses ambitions au prix de sa liberté, parfois de sa fortune toujours. Parce qu’on ne dit jamais à quel point Sidy Lamine Niass avait cru à la presse privée au point que quand il finançait la radio WalFadjri, j’étais avec lui. Je plaisantais parfois, en lui disant que si ça ne marche pas, tu devras retourner à Kaolack emprunter une chambre avec ta famille. C’était un peu notre sujet de plaisanterie favori. Donc, c’est quelqu’un qui a cru et qui a pris des risques et qui avait confiance aux journalistes. Je l’ai vu véritablement confier des responsabilités énormes à des gens qu’il connaissait à peine ou à des gens qui commençaient à peine dans le métier. C’est un peu cela, Sidy Lamine qui aimait à dire que WalFadjri, c’est une famille. Donc, c’était un patron un peu familial mais qui avait ses méthodes de gestion qui avaient permis à WalfFadjri depuis 1984 de rester à flot».

Toutes les activités politiques reportées

Son drapeau en berne, la Palestine pleure son défenseur

Mercredi 5 – Jeudi 6 

  Alors que les témoignages se multiplient, revenant sur l’ampleur de la perte que le Sénégal venait de subir, les citoyens, comme un seul homme, se rendirent en masse la morgue de l’hôpital Principal de Dakar, pour  rendre hommage à Sidy Lamine NIASS.

Un malentendu fait reporter la levée du corps et l’inhumation 

CIMETIERE MUSULMAN DE  YOFF : Des centaines de personnes attendaient… 

Beaucoup de personnes étaient au cimetière de Yoff pour accompagner Sidy Lamine Niass jusqu’à sa dernière demeure. Malgré, le report de l’enterrement, elles ont promis de revenir aujourd’hui.

Quand elles ont appris tôt le matin que le Président directeur général  (Pdg) du Groupe WalFadjri sera enterré au cimetière musulman de Yoff à Dakar et  non à Kaolack, dès l’après-midi, des centaines de personnes ont pris d’assaut ce lieu d’enterrement. Alors que la levée du corps prévue à l’hôpital Principal n’a pas encore commencé, elles ont commencé à affluer juste après la prière de Tisbar. Jeunes et vieux ont des écouteurs scotchés aux oreilles pour suivre en direct ce qui se passe de l’autre côté. Sur le parking de ce cimetière, la foule grossit au fil des minutes. Grand boubou blanc trois pièces, couvrant un corps de lutteur, chéchia carré sur la tête, Alioune Gningue vient de la banlieue dakaroise,  il n’a pas attendu l’arrivée du corps. «Je ne suis pas parti directement à l’hôpital pour la levée du corps. Je suis venu parce que je veux être dans les premiers rangs pour l’inhumation. Je sais que ce sera difficile de faire le trajet entre l’hôpital et le cimetière», justifie-t-il. Et d’ajouter : «Sidy Lamine mérite d’être accompagné jusqu’à sa dernière demeure. Il a toujours été du côté du peuple, un combattant infatigable de l’injustice.» Son acolyte, boubou traditionnel modèle «Obasanjo»,  du nom de Mamoune, les yeux rougis par les larmes, a la mine abattue. Inconditionnel de Walf Fm, il cite par cœur toutes les grandes voies qui sont passées par cette radio créée dans les 1990.  Nostalgique, il  ne se prive pas de citer quelques noms : Souleymane Niang, Mamoudou Ibra Kane, Courani Diarra… Ce fidele de Walf indique que le défunt a su bâtir «une grosse entreprise pour faire ce que l’Etat n’a pas pu faire. C’est-à-dire, réduire à sa façon le taux de chômage pour permettre aux jeunes de trouver de l’emploi». Selon lui, Sidy est parti au moment où le peuple et la démocratie sénégalaise avaient encore besoin de lui. «Il était de tous les combats pour la démocratie et les libertés. Il a beaucoup contribué à la survenue des deux alternances politiques. Il a même fait ce que les politiques n’ont pas fait. Parfois, c’est lui qui donnait du courage aux hommes politiques. Tout le monde se souvient de sa manifestation du 19 mars 2011. Il était toujours du côté des faibles.  Il avait un charisme légendaire», souligne-t-il.

Un autre jeune affirme que Sidy Lamine Niass s’est battu pour l’Islam. «Tous les musulmans qui sont à Dakar doivent lui rendre un hommage. Et Yoff devrait être rempli pour lui témoigner que le peuple qu’il a servi a compris son message. Sidy  aimait énormément son pays», dit-il

Dès qu’ils ont appris la nouvelle du report de l’enterrement, ils sont rentrés tout en promettant de revenir en masse, aujourd’hui matin, pour accompagner Sidy Lamine Niass à sa dernière demeure.


Trois jours après son décès, Sidy Lamine NIASS n’avait toujours pas regagné sa dernière demeure. Ahmed Khalifa NIASS exacerbe la brouille qu’il avait créée en annonçant comment les obsèques allaient se passer alors qu’il n’était même pas au Sénégal. 

Le consensus qui a tardé à se dessiner sera été finalement trouvé jeudi. Me Cheikh NIASS et ses frères et soeurs, de guerre lasse, ont fini par répondre favorablement à la demande insistante des khalifes de Léona Niassène et de Médina Baye et acceptent que leur père soit inhumé à Léona Niassène, à Kaolack.

Vendredi 7 





Les Locaux de Walfadjri pris d’assaut dès 9 heures

 Les Sénégalais rendent un vibrant hommage à leur serviteur de Dakar à Kaolack





Impressionnant a été l’accueil réservé ce vendredi 7 décembre 2018 au défunt Pdg du groupe Wal fadjri, par les Kaolackois. Toutes les populations sont sorties en masse pour exprimer leur sympathie et attachement à ce digne fils de la région qui vient rejoindre sa dernière demeure. Venues de tous les coins de la capitale du Saloum, les populations de la ville natale du Mollah de la presse sénégalaise ont marché de Kabatoki à Léona Niassène distant de 4 km. Des cris de reconnaissance, des pleurs, accompagnés des klaxons et des vomissements des véhicules et motos animent la capitale du Saloum. En dehors de l’immense foule qui est sortie de leurs maisons pour manifester leur douleur de perdre sitôt leur défenseur, les conducteurs de motos Jakarta sont les plus en vue. Ces derniers ont donné de tout leur possible. Venus en masse l’accueillir à Kabatoki, un village distant de 3 voire 4 kilomètres de Kaolack, ces conducteurs ont manifesté vivement leur amour pour celui qu’ils appellent leur référence et défenseur. Le nombre de motos mobilisé avoisine la centaine. Ils substituent un cortège aidant la flèche à mieux maitriser la situation pour mener vers le domicile du Khalife, grand frère du défunt. «Le Président Macky Sall ne peut pas avoir cet accueil. Nous l’avons fait bien volontiers. Il a beaucoup honoré la ville de Kaolack. Je ne suis jamais sorti pour accueillir une personnalité mais la dimension de Sidy Lamine et le rôle qu’il a joué m’imposent ce devoir», confie Sada Kane, un conducteur de moto Jakarta. Perché sur sa moto, ce jeune de 25 ans informe qu’il n’oubliera à jamais le défunt Président directeur général de Walf. «Il a créé des emplois, formés des jeunes qui sont, aujourd’hui, devenus de grands messieurs», soutient-il.  Dans la circulation, Mamadou Touré entonne : «Le peuple est derrière Walf. Prenez vos engagements. Nous sommes prêts à financer le groupe. Parce qu’il abat un travail remarquable pour le bas peuple. On ne croit qu’en Sidy Lamine Niass. Il était tout pour nous. Je me suis engagé à défendre les causes des sans voix grâce de lui», explique-t-il. Supportée par un autre conducteur, Adja Astou Kane, la vingtaine dépassée, explique les raisons de son déplacement. «C’est du jamais vu. Nous sommes restés sans sommeil depuis trois jours. Sidy mérite plus que cet accueil. C’est un grand homme qui est parti. Je suis sortie parce qu’il défendait notre cause. Il est véridique et n’a jamais varié dans sa démarche. C’est un homme de parole», explique cette jeune fille moulée dans une tenue toute blanche. «J’ai le cœur meurtri. Je ne peux pas parler», poursuit Abdoulaye Diouf, dans le rang du cortège. Tenant sa direction, ce dernier verse de chaudes larmes. «Il est parti laissant derrière lui un vide. Personne ne va s’occuper de nous, les sans voix. Il portait nos combats»,pleure-t-il. «C’était un fédérateur. Il était un intellectuel de haut niveau. Le Sénégal vient de connaitre Sidy Lamine. Il était notre fierté, notre idole», ajoute Abdoulaye Thiam.  

Côté mobilisation, il était difficile voire impossible de quantifier le nombre de personnes qui a voulu accompagner Sidy Lamine Niass à sa dernière demeure. De Bongré à la Grande mosquée de Léoana Niassène en passant par la rue Kéba Mbaye de Léona Nord, l’avenue Valdiodio Ndiaye, la rue El Hadji Ibrahima Niass, la mobilisation était générale. Bref, la foule était partout présente. Jeunes, vieux, hommes, femmes et vielles dames se sont tous massés dans les rues et ruelles de Léona Niassène. L’émotion était à son comble avec la tristesse de la perte d’un être cher qui se lisait sur les visages. Certains tombaient en transe, d’autres se refugiaient derrière de grosses lunettes sombres pour cacher leurs tristesses. Il aura fallu l’intervention des forces de l’ordre, secondés par les volontaires de la croix rouge et des Agents de sécurité de proximité pour contenir la foule.

Le dernier au revoir du peuple à Sidy

L’adage qui dit «A tout seigneur tout honneur» colle bien au défunt patron de Wal fadjri. Sidy Lamine Niass ne se définissait pas comme un seigneur mais pour avoir donné et porté la voix des «sans voix», le peuple lui a rendu les honneurs de la «Nation». En effet, c’est une foule monstre qui a accueilli  le cortège funèbre devant les locaux de WalFadjri, à chaque étape du trajet menant à son lieu d’inhumation de Léona Niassène (Kaolack). Des processions de personnes se sont formées partout où sa dépouille est passée hier pour saluer son «œuvre», sa «détermination» son «sens du patriotisme envers le peuple et sa volonté d’instaurer un Etat de droit et d’être la voix des sans voix. Après l’étape WalFadjri où le cortège prit le départ pour Kaolack, des hommes, des femmes et des jeunes ont accompagné le cortège funèbre des locaux de WalFadjri jusqu’au pont de Hann à pied pour certains, d’autres au pas de course. Ils ont bravé ce chaud soleil pour dire à Sidy Lamine un dernier au-revoir. Il en sera ainsi de l’autoroute à péage jusqu’à la capitale du Saloum. Au niveau de l’autoroute à péage, les sympathisants du défunt patron de WalFadjri se sont dressés sur toutes les passerelles pour saluer une dernière fois  Sidy Lamine Niass. Il en sera de même de Diamnadio à Mbour  en passant par Ngékhokh, Gandigal où des groupuscules se sont formés pour prier et saluer la mémoire du défunt. L’ambiance sera la même jusqu’au croisement de Saly avant que le bus   transportant le personnel de WalFadjri ne soit dépassé par le cortège funèbre constitué d’une vingtaine de véhicules.





Samedi 8 

PRESENTATION DE CONDOLEANCES : La République chez Sidy Lamine Niass





HUIT MILLE HUITIÈME NUMERO : Clap de fin pour Sidy !

Innâ Lilâhi Wa Innâ Ileyhi Râdjihouna. «De Dieu nous venons. Vers Lui, nous retournons».  Ces paroles ont résonné dans mes oreilles venant de la bouche de Sidy Lamine Niass, Pdg du groupe Wal Fadjri, une dernière fois, lors du décès de notre regretté Ndéné Bitèye. C’était à l’hôpital de Fann, un 31 août 2018. Et voilà que la grande faucheuse s’est introduite, encore une fois dans la maison pour cette fois-ci, sans crier gare, prendre le chef de famille. Que dis-je ? Elle a frappé à la tête de cette prestigieuse «école» de journalisme. Oui, Sidy Lamine s’est éteint ce mardi 4 décembre 2019. Que de chemin parcouru, de dangers surmontés pour mettre en place un journal qui est passé de mensuel, hebdo à quotidien au cours de ses pérégrinations, de la Médina au Front de terre en passant par Raffenel et  Sacré-Cœur.

Je suis entré dans le groupe Walf  en cours de route, au mois de mars l’année 2007. Mon dossier de demande était déposé au journal Le Quotidien par l’entreprise du photographe-reporter Pape Mbengue dit Fallou. Mais c’est à Walf Fadjri qu’elle atterrit, là où la recherche d’un deuxième correcteur était expressément désirée par le premier correcteur,  Pierre Tixera. Et ce fut le début d’une expérience très exaltante de rencontres de journalistes très renommés (Johnson Mbengue, Amadou Diouf), de personnalités politiques comme culturelles et d’éminents intellectuels (comme feu le professeur Amady Aly Dieng par ses Notes de lecture).

Quelques mois plus tard, en causant avec Adja Bitèye, je faisais remarquer que Sidy Lamine ne me (re)-connaissait pas parmi les employés. Ce qu’elle rejeta aussitôt, en me garantissant que «Prési» connaissait tout le monde ici. «Ne te méprends pas» me dit-elle, il te connait très bien. Nous étions à Sacré-Cœur. Un an est passé maintenant. Et nous allions quitter pour rejoindre la grande bâtisse de Front de Terre. Ce fut un 3 mai 2008.

Comme beaucoup de personnes, j’étais un temps fâché contre Sidy Lamine de par sa position affichée contre Sharifou qui faisait entrer d’autres personnes dans la religion musulmane. Alors travailler dans son groupe me semblait bizarre au début. Dans cet espace professionnel et humainement enrichissant avec des collègues comme Sana Coly, Jeanne Jossé, Adjia Bitèye, Anta Ly et Pierre tous de l’atelier technique et bien d’autres, ce fut très exaltant.

Cette année sera ma première rencontre avec Sidy Lamine «Prési». C’était l’avènement du 5000ème numéro de WalfQuotidien. Il était ce jour très enthousiaste. On pouvait apercevoir ses yeux qui pétillaient de joie et de fierté. Cette allégresse décuplait avec la présence de l’humoriste de la maison, l’incomparable Sa Ndiogou qui se mit à l’imiter séance tenante. Mais aussi par sa «Jeanne d’Arc», Fatou Bousso, qu’il chercha des yeux pour un discours pour marquer l’événement. L’arrivée à ce 5000ème numéro après beaucoup de péripéties, avait galvanisé la rédaction et les projections de «Prési» pour le dix millième numéro étaient dans l’air et les souhaits de chacun dans la rédaction.

Mais la grande faucheuse a arrêté ce rêve au huit mille huitième numéro (8008e). Dix ans de compagnonnage et Clap de fin pour «Prési» qui n’atteindra pas cet objectif lui-même mais sera réalisé par ses «héritiers» journalistes de Wal Fadjri.

Que son âme repose en paix sous la sainte terre de Léona Niassène.

Daouda DIOP

Correcteur, Walf Quotidien


QUINZE ANS DE COLLABORATION : Ma part de Sidy…

Chacun des employés de Walf a sa part de Sidy, peut-être plus remplie que la nôtre, qu’il peut écrire sur des pages entières. Moi, je n’ai pas résisté à cette envie qui me démange de conter la mienne.

Sidy Lamine, mon destin a croisé le sien en mai 2003. Frais émoulu de l’Université, passionné comme il n’est pas permis de l’être pour le journalisme, j’entreprends, sans illusion aucune, de «tâter» le terrain du côté de Sacré-Cœur, sur les conseils d’un ami. Par l’entregent de Abou Abel Thiam, ancien de la boîte, parti monnayer ses talents à Jeune Afrique, je fus introduit par ce dernier auprès d’Abdourahmane Camara dit Camou (Directeur de publication) et Jean Meissa Diop (Rédacteur en chef). La rédaction de Walf venait d’être dégarnie par le départ massif d’anciens collaborateurs partis créer le journal Le Quotidien. Comme on reconnait le maçon au pied du mur, les «chefs», comme nous de la plèbe, on les appelait, me demandèrent de produire quelque chose qui pourrait les convaincre de ce que j’ai dans le crâne. La copie remise, ils s’enferment à double tour dans un bureau. Comme un candidat au bac attendant les délibérations, je suis anxieux à l’idée de perdre cette chance de ma vie. Me voilà assis dans le couloir à observer les allées et venues de mes futurs collègues. Avec leurs «dégagements», Johnson Mbengue (actuel chargé de communication à l’Apix) et Cheikh Mbacké Guissé (Dirpub de Libération) sont les plus visibles. Je sus, plus tard, que c’étaient aussi les plus turbulents. Fumeurs invétérés, ils sortent, de temps à autre, griller une clope. Le «jury» délibère et me déclare admis à occuper un poste de pigiste. Me voilà intégré dans la grande famille de Walf.

Le lendemain, en venant au travail, je croise, pour la première fois de ma vie, cet homme que je n’ai vu qu’à travers la lucarne mais que je n’ai aucune peine à reconnaître. Parce qu’il ne m’avait pas vu passer, le vigile me rattrape et me somme de décliner mon identité et l’objet de ma visite. Je l’informe que je viens de démarrer à Walf Quotidien. Il n’est pas convaincu. De la voix posée qu’on lui connaît, le Pdg de Walf lui demande d’appeler Jean Meissa sur son interphone pour s’assurer du fait que je suis une nouvelle recrue dans la maison. Affirmatif ! J’obtiens définitivement mon laisser-passer. Je plonge dans le boulot, fier d’exercer ce dont j’ai toujours rêvé. Puis, d’illustre inconnu, je gravis les échelons : pigiste, puis reporter avec, à la clef, un contrat à durée indéterminée (Cdi), chef de desk et enfin, rédacteur en chef. Le tout, après le Bon Dieu, par la grâce d’un homme : Sidy Lamine.

«Ibrahima, toi, tu es juriste…», aimait-il répéter. L’apprenti-juriste que j’étais s’en trouvait flatté. Mais, plus qu’une flagornerie, il s’agissait de fouetter notre ardeur au travail. Avec la complicité de nos supérieurs, Sidy nous a aidés à gravir toutes les marches de la profession. Il nous a mis le pied à l’étrier, nous en demandant toujours davantage, convaincu qu’il était que nous avions un potentiel à éclore. Il aimait les bonnes initiatives et ne lésinait pas sur les moyens pour les matérialiser. Quand, vers 2009, nous lui fîmes part de notre volonté de faire un spécial 5000ème numéro, son enthousiasme, il ne pouvait le contenir. «Dites-moi le budget et le rôle que je pourrai jouer dans la réalisation de ce numéro», dit-il simplement. Et il en fut ainsi. Notre projet de budget, il le finança jusqu’au dernier centime sans murmures ni reproches.

La vie, c’est aussi des hauts et des bas. Et qui aime bien châtie bien, dit l’adage. Sidy savait bien user de la carotte pour récompenser les talentueux mais, également, du bâton pour sanctionner. Nous-mêmes, mon adjoint, Mbagnick Ngom, et moi, eûmes notre tour chez le coiffeur. Lui, affecté à Thiès et moi, à Louga. Ce qui m’aura marqué, c’est que, pendant que je «purgeais» ma peine, Sidy me proposa, à ma grande surprise, un pèlerinage à la Mecque. Ce dont Cheikh Mbacké Fall alias «Fall Aragon» -il me pardonnera cette indélicatesse- chargé du personnel, peut témoigner. Mais, le destin n’en a pas voulu. Teigneux comme il est, Sidy revint à la charge les années suivantes. Sans succès, pour des contraintes indépendantes de sa volonté. Ce dont je suis sûr, c’est que Sidy a voulu, coûte que coûte, que j’accomplisse le cinquième pilier de l’Islam. Et il m’a expliqué pourquoi. Comme il fit aussi appel à nous pour une mission en Algérie.

La dernière fois que je l’ai vu, c’était dans son bureau, en réunion de coordination, avec les autres responsables. Il s’agissait de réfléchir sur les dispositions pratiques pour la couverture du Maouloud. Quand on était entre nous, on se payait sa tête en disant que «Sidy aime trop les réunions». Mais, cette fois, contrairement au Magal, il a faussé nos prédictions en ne convoquant qu’une seule rencontre sur l’événement. Il n’y a eu, en effet, pas de débriefing comme il aimait à en faire pour évaluer. Mais, dans mes intuitions les plus pessimistes, je ne savais pas que cette entrevue allait être la dernière avec Sidy. Le mardi 4 décembre, confortablement installé devant mon café, je reçois un appel de Charles Gaïky Diène. «Tu es au courant de la nouvelle ?», me demande-t-il. Et moi de lui répliquer : «Quelle nouvelle ?». Lui : «Le décès de Sidy.» Je n’en fus que bouche-bée. Mon premier réflexe a été de joindre Camou. Impossible parce qu’il est toujours en communication. Incrédule, je veux faire tout à la fois : regarder la télé, écouter la radio et lire les sites internet. Un coup de fil de Seyni Diop me convainc de cette évidence que je voulais chasser. Sidy Lamine est parti. Sur la pointe des pieds.

Ibrahima ANNE, rédacteur en chef WalfQuotidien


 SIDY LAMINE NIASS  : Un homme à la foi inébranlable en la jeunesse…

Audacieux dans sa confiance en la jeunesse, Sidy Lamine Niass a contribué, avec son œil mystique perçant, à libérer le potentiel qui sommeille chez beaucoup de jeunes journalistes. Homme de conviction et tenace dans ses choix réfléchis, il n’a pas hésité à faire fi de beaucoup de considérations pour mettre le pied à l’étrier à bien des talents.

Le serviteur de Dieu et du peuple est parti. Homme multidimensionnel, Sidy Lamine Niass l’était à tout point de vue. Patron, père, guide religieux, diplomate, écrivain, entrepreneur…, le «mollah de Derklé» fascinait son monde. Disponible, ouvert d’esprit, révolutionnaire, juste, généreux dans la discrétion, joviale, serviable, intransigeant et exigeant, «Prési», comme on l’appelait affectueusement, avait les qualités des grands hommes. Lesquelles qualités lui ont permis de cheminer avec des centaines de collaborateurs pendant près de 40 ans où des générations de journalistes de renom ont écrit les belles pages du groupe de presse qu’il a fondé, Wal Fadjri, devenu un laboratoire de talents journalistiques.

Pour ma part, je me considère comme l’un des jeunes les plus chanceux avec Sidy. Car, en l’espace de dix années de présence dans ce groupe de presse mythique, le Président Sidy Lamine Niass m’a fait gravir tous les échelons. Accepté comme stagiaire du Cesti en 2007, dans le cadre de la première formation du Fonds d’aide à la presse, l’homme a fait de ma modeste personne un des plus jeunes directeurs à Wal fadjri en 2017. Un parcours au Front de Terre que j’étais loin d’imaginer, malgré la solide formation pratique reçue d’éminents journalistes qui ont été les premiers à me donner une chance et à me faire confiance.

Aujourd’hui, je suis très triste parce que la mort foudroyante a frappé un homme qui représentait beaucoup pour moi. Car, j’appréciais le «Mollah de Sacré-Cœur» avant de revêtir le manteau de journaliste. Notre première rencontre date de la fin des années 90. Elève au lycée Abdoulaye Sadji de Rufisque, j’écoutais avec beaucoup d’attention le discours de cet intellectuel audacieux qui apportait un autre «son de cloche», expression qu’il affectionnait tant. Chaque année, lorsqu’il venait au collège privé Mansour Sy d’à côté partager généreusement ses connaissances durant le ramadan, j’étais toujours aux premières loges pour l’écouter religieusement, tellement le jeune assoiffé d’idées que j’étais se délectait de la culture et de l’ouverture d’esprit de l’homme à une époque où le monde musulman continuait de s’indigner de la parution de l’ouvrage polémique de l’écrivain britannique d’origine indienne Salmane Rushdie, avec les fatwa qui s’en suivirent. Depuis lors, ce phare ne m’a plus quitté et continue d’éclairer mon esprit sur les écrits de bien d’autres comme Ibn Rushd de Cordoue (Averroès), et tant d’autres écrivains lors de nos échanges. Ou même lorsqu’il me décortiquait avec passion les codes du monde arabe.

Et cette complicité intellectuelle avec l’homme s’est poursuivie jusque dans ses derniers instants sur terre. Car, très à l’écoute, il n’hésitait jamais à me demander ce que je pensais d’une telle ou telle actualité avant de me donner son point de vue, bien argumenté. Cela, pendant plusieurs minutes au téléphone.

Mais ce qui frappe plus le journaliste que je suis chez ce patron avec qui je n’ai cheminé que 3 ans en tant que haut responsable à Wal Fadjri, c’est qu’il n’interfère jamais dans le travail qu’il nous a confié. Jamais il ne m’a demandé d’écrire du mal sur quelqu’un ou de chanter les louanges d’un tel autre. «C’est vous le journaliste, faites votre travail», aimait-il à nous répéter comme un leitmotiv. N’empêche, tous les jours, il passait en revue notre compte rendu et nous rappelait à l’ordre à chaque fois qu’il sentait que nous étions en train de dévier ou de, maladroitement, faire la propagande d’un tel chef de l’opposition. «Professionnalisme et équilibre» était tout ce qu’il nous commandait dans la ligne, «La voix des sans voix», qu’il avait tracé. Sinon, me confiait-il au téléphone, lors de notre dernière conversation, moins de 48 heures avant sa disparition «cela va ressembler à un journal d’opinion qui roule pour quelqu’un. On va nous accuser de travailler pour faire revenir Wade ou d’appuyer la position d’un Sonko par exemple. J’insiste sur l’information, pas la propagande, et l’objectivité. C’est pour cela que les ambassades nous font beaucoup confiance. Je voulais vraiment insister sur ça. (…). Je suis entre le marteau et l’enclume sur certaines questions. Mais tout ce qui m’intéresse, c’est le travail bien fait. Que ce soit propre, professionnel et sur les rails». Une ultime recommandationqui prouve son rôle de sentinelle de la démocratie et qui a gêné les différents gouvernements. Mais, cela lui a aussi valu une crédibilité considérable au sein du Peuple qui lui a rendu un vibrant hommage sur tout le trajet Dakar-Kaolack où sa dépouille a été acheminée.

Lorsqu’un après-midi de mars 2016, je garais mon véhicule devant lui à l’entrée de WalFadjri, après m’avoir chaleureusement salué, Sidy me dit : «Seyni, montes à mon bureau, j’y ai laissé quelque chose pour toi !». Il était exceptionnellement devant le portail du groupe ce jour-là parce qu’il devait aller donner une de ses «filles», une collègue, en mariage à la Médina. Eberlué, je le regardais avec de gros yeux qui trahissaient mon étonnement, puisqu’il passe toujours par mes supérieurs pour nous interpeller. «Non, c’est juste une mission que je te confie !», me rassurait-il. Dans le document que me remettait sa dévouée assistante, Mme Faye, il me nomme Coordonnateur de WalfQuotidien. Un gros challenge pour le jeune journaliste qui avait encore à parfaire beaucoup de choses dans le métier. On était en mars 2016. Trois mois après ma prise de fonction, je connus un gros malheur par la volonté divine : un terrible accident de la circulation où je suis sorti miraculeusement et qui a changé le cours de ma vie. Mais, même diminué, Sidy ne m’a pas lâché. A mon chevet, il a soutenu ma famille à l’hôpital de Pikine où j’étais interné. «J’ai prié pour toi sur ton lit d’hôpital alors que tu étais inconscient», me rappelait-il, lorsque je suis revenu le remercier de ce que mon regretté grand frère m’a rapporté sur son assistance. Ça, je ne l’oublierai jamais «Prési», tout comme peu, après ma nomination, pour me rassurer, vous avez juré la main sur le Saint Coran, avec ce regard mystique perçant, pour me dire que le combat de contre-pouvoir que vous menez n’est pas pour une cause mercantile. C’était comme prêcher un converti.

Tenace et sans doute convaincu par ce qu’il a vu chez ce jeune dont il ne connaissait rien en dehors des articles qu’il produisait en Economie et qui lui valaient parfois des complaintes, Sidy me nomma Directeur de publication adjoint, aux côtés de son compagnon de toujours, Abdourahmane Camara. Une confiance que nous tentons quotidiennement de mériter en essayant de rendre Walf Quotidien vivant, propre et libre comme il l’a toujours voulu.

Rassurez-vous Prési dans votre repos éternel, nous nous battrons pour être dignes de vous.

Seyni DIOP


Président, vous nous avez pourtant bien prévenus

Président, depuis hier, vendredi 7 décembre 2018, vous avez regagné votre dernière demeure, à Léona Niassène. A Kaolack, votre ville natale, vous allez désormais y séjourner, et pour toujours, à côté de vos parents et aïeuls. C’est de là-bas, sur votre tombe, que des milliers de fidèles ou simples sympathisants, viendront recueillir vos prières. Parce que ce n’est plus de la radio ou de la télévision que nous allons bénéficier de vos conseils ou de vos prêches. Vous qui privilégiez souvent la concertation pour recueillir les avis des uns et des autres, avant de prendre toute décision, vous nous êtes à présent isolé. Pour toujours.

Président, hier, avant de regagner votre Kaolack natal, vous avez effectué un dernier tour dans vos locaux de Walfadjri. C’est vrai que vous étiez là couché inerte à la devanture, parce que vous n’êtes plus du commun des mortels que nous sommes. Mais, dans l’esprit président, vous avez senti et suivi cette foule immense qui pleurait sur son sort. Ces milliers d’auditeurs, téléspectateurs, fidèles ou simples sympathisants qui ont envahi Walfadjri dès les premières heures de ce vendredi, ont pleuré et continuent toujours à pleurer, parce que vous avez laissé un vide envahissant autour d’eux. L’atmosphère fut très lourde de voir des hommes et femmes pleurer, crier en sanglots comme de petits enfants qui viennent de perdre leur parent. Oui, j’entends encore cette dame, en pleurs, dire en wolof : «Mon père est parti».

Mais les morts n’étant pas mort, comme l’a si bien dit Birago Diop, c’est de là-bas, dans l’au-delà, que vous allez désormais continuer à diriger notre combat. Ce combat contre l’injustice, l’impunité… Ce combat contre ces politiciens véreux qui ne pensent toujours qu’à berner le bas Peuple pour leur ascension personnelle. Pour faire face à cette injustice, vous vous êtes érigé en un contre-pouvoir. Et vous avez toujours rabâché à qui veut l’entendre que vous «n’êtes pas contre le pouvoir, mais un contre-pouvoir». La précision est de taille. Et cette conviction a bien aidé à faire entendre et à prendre en compte, par les décideurs, la voix des sans voix. Cette mission président, vous l’avez bien accomplie et réussie par la ligne éditoriale de Walfadjri. Merci.

Fervent avocat des sans voix, vous avez bien marqué votre époque par vos œuvres. Président, heureusement que vous avez écrit. Vous avez notamment légué huit (8) ouvrages qui vous immortalisent : «Un étranger parmi les siens, Un arabisant entre presse et pouvoir…. J’imagine déjà des chercheurs et de futurs doctorants se servir de vos œuvres pour d’éventuelles thèses. J’imagine aussi de futurs journalistes faire des recherches sur le fondateur du groupe Walfadjri que vous êtes.

Mais président, on vient de se réveiller de notre long sommeil. Long sommeil, oui, parce qu’il y a deux ans, dans un entretien accordé à WalfQuotidien, vous nous avez bien prévenus que ce compagnonnage pouvait arrêter d’un moment à l’autre. «Nous avons résisté durant 34 ans.  Nous allons essayer encore de continuer à résister. Mais, pour dire vrai, ça peut s’arrêter à n’importe quel moment.  C’est comme quelqu’un qui vit dans un environnement où les balles viennent de partout et surtout viennent de ceux qui ont toutes les munitions. Tout le monde voit cette grande artillerie qui vise directement le groupe Walfadjri».

Mais en profane, on n’a pas su décrypter ce message plein de sens. Ce qui arriva, ce mardi 4 décembre. Mission accomplie président. Que ton âme repose en paix.

Mamanding Nicolas SONKO, chef du Desk sport de WalfQuotidien


L’HOMMAGE DE ZEINA A SON PERE

Paix et salut sur toi l’avant-gardiste 

Dans cette morgue de l’hôpital Principal, j’ai d’abord eu peur de rentrer, non par crainte des cadavres, j’en ai vu à ne plus savoir les compter. Seulement, j’avais peur de voir la couleur de ton âme. Puis cette porte s’est poussée, je t’ai aperçu et j’ai senti la peur d’avancer me quitter pour toujours. Ce visage radieux, ces lèvres pulpeuses, ces cils chérifiens sur ces yeux globuleux qu’on se targuait tous d’avoir hérité, doucement fermés comme lors d’une sieste d’après-midi d’été… Il n’y avait plus de doute, les tourments n’étaient que dans notre monde. Toi tu dormais paisiblement.

J’ai voulu te souffler à l’oreille : «Réveille-toi, tu as éteint les phares de mon monde en partant. Dehors, il fait si gris, certains visages se transforment déjà, regard noir et langue fumante, pourtant eux sont bien vivants. Le tien reste intact, imperturbable. Leurs silhouettes se trémoussent sur la même mélodie que celle des anges qui t’accompagnent dans un paradis en fête, mais le rythme est différent. Papa, pourquoi le leur ici-bas est-il si endiablé ? La valse autour de nous semble être à mille temps.»

Puis je caresse cette joue, plus remplie que d’habitude, ainsi que ce front éclatant. Et mon rythme cardiaque ralentit, je m’apaise, tu me parles enfin… Car je n’ai pas oublié cette prose, cette prière que tu m’as adressée le jour de l’anniversaire de ton idole, le Prophète (Psl). Ces phrases qui m’ont clouée au sol alors que j’ignorais qu’il s’agissait d’un au-revoir. C’était donc un au revoir… La différence entre les hommes est creusée par les prières que leur adressent leurs parents, nous disais-tu. Papa ! Mame Khalifa Niass (Rta) a dressé des parasols lumineux sur tout le chemin de ta vie, nous protégerons ce flambeau de la plus digne et de la plus religieuse des manières. Je m’envole donc l’esprit et le cœur légers comme la boite noire de ton existence.

Ô vous humains, ne fermez pas vos portes, ou alors tant pis claquez-les, l’écho résonnera tout de même bientôt dans vos oreilles, celui des prières exaucées de ce tendre père pour sa descendance.

Ta fille, ton médecin attitré 

Zeïnabou NIASS SY


Sidy, tu diras à…

Ça y est ! Tu as traversé le fleuve de l’éternité, sans même te retourner. Sans un murmure. Sans même dire un au revoir expressif, avec au bout cette promesse de partir rejoindre, à jamais, ses ancêtres. Ce qui aurait permis à tes proches de te faire une dernière accolade. La traversée se fait dans un silence glacial. A pas sûr. Avec toute la charge de l’inconnu qui donne à la mort son caractère énigmatique.

Avais-tu vraiment le choix, Sidy ? Pouvais-tu transgresser les règles du jeu, là où la Meilleure des créatures (Psl) n’a opposé aucune objection à l’appel de la Miséricorde.  Le décret au sceau indélébile tombe comme un couperet. Sans donner à «l’élu» le temps, ni même l’idée de préparer le voyage sans retour. Il écrit qu’il en serait ainsi jusqu’au jour où la natte de la terre et le voile des cieux seront définitivement pliés.

Sidy, tu es désormais dans l’étreinte fatale de la Vérité, et peux, à présent, regarder le monde des mortels avec amusement. Un monde où l’illusion d’être éternel accompagne, au quotidien, nos faits et gestes, avec en prime la vanité de ceux qui sont au sommet de la pyramide de Maslow. Ce monde que tu avais voulu transformer en te battant pour la restauration des valeurs de la République, notamment le respect des droits de la liberté de presse et d’expression.

Idéaliste, tu y avais cru jusqu’au bout, parfois avec un brin de naïveté qui tournait en dérision les hommes et les femmes pour qui ce bas monde est le but et non le moyen d’accéder à un autre. Un monde meilleur où la permanence et  l’éternité se substituent à la contingence et à l’improvisation. Ici rien ne se fait dans l’urgence. Pas de tension budgétaire… Je vois ton sourire au coin des lèvres. Tout ici est plutôt grâce divine.

Tu étais de tous les combats, convaincu qu’un Sénégal de justice et de paix était de l’ordre du possible. Tu avais toujours refusé que tes convictions, que tu portais en bandoulière, se liquéfient sous le feu ardent de l’argent sale, détourné, volé aux paysans, aux ouvriers, aux travailleurs, aux ménagères, aux étudiants…Accroché à cet idéal de vie, tu n’avais nullement besoin de cour pour chanter tes louanges, usurper une généalogie, à l’image de ces vaniteux arrivistes qui ont toujours vécu, tels des sangsues, aux dépens du pouvoir. Tu n’étais pas un misérable…mais quelqu’un de généreux qui aimait se priver pour donner aux autres.

Tu étais partisan d’un journalisme-militant, au service de l’intérêt général, faisant de l’éveil des consciences, son credo.  Un journaliste engagé qui avait défendu les valeurs de la République et n’hésitait pas à se mettre en face de ceux qui voulaient les chahuter. Ce type de journalisme Sidy, n’arrange pas certains tenants du pouvoir. Tu en savais quelque chose. Ils ont menacé, agité le sabre du fisc, coupé le robinet de la publicité…pour te contraindre au silence. Malgré tout, tu avais résisté. Mais ils voulaient, surtout, t’avoir à l’usure,  car ta politique éditoriale, celle de la voix des sans voix, éclipsait les travaux d’hercule  de celui qui veut entrer dans l’histoire.

Certes, les professionnels, amoureux du journalisme du juste milieu, ne sauraient cautionner toute démarche clivant, celle qui montre uniquement ce qui va ou ce qui ne va pas. Ces deux extrêmes sont parfois constatés dans la manière de traiter certaines informations. Heureusement que le pluralisme médiatique règle en partie cette question. Mais le cœur vraiment de notre métier, c’est la défense de l’intérêt général et cette dimension, tu l’avais intégrée dans ton approche.

Tu étais un homme multidimensionnel, avec différentes casquettes : arabisant, guide religieux, journaliste, écrivain, politique, intellectuel. Tu adorais les choses de l’esprit et cette nourriture spirituelle te permettait de mieux digérer ce que le monde contemporain et moderne avait de plus complexe. Tu aimais citer les grands penseurs tels que Socrate, Platon, Karl Marx etc pour confirmer ou infirmer une thèse.

Sidy, tu diras à Ahmadou Bamba, El Hadj Oumar Foutiyou Tall, El Hadj Malick Sy, El Hadj Ibrahima Niass dit Baye, Seydina Limamoulaye, Mame Cheikh Bou Kounta…de prier pour le Sénégal, car ce qui se profile à l’horizon n’est guère rassurant. Le pétrole et le gaz ont mis de l’eau à la bouche des politiciens véreux.

Tu diras à Socrate, Platon, Karl Marx, Cheikh Anta Diop… que ce monde qu’ils ont pensé n’a pas fini de créer des surprises avec sa part d’impensé.

Sidy, tu as laissé un lourd héritage à ton pays. Nous ne désespérons pas que d’autres Sénégalais continueront le combat. Le flambeau ne touchera pas le sol.

Mission accomplie. Adieu combattant !

Bacary Domingo MANE

Journaliste


MERCI AU «MOLLAH» DE SACRE-CŒUR

L’aurore éternelle de Sidy Lamine Niass

Et maintenant, couché dans l’Eternité, debout dans nos souvenirs, Sidy Lamine Niass finit de nous convaincre, une fois de plus, de l’immortalité du fait historique. La terre sainte de Léona Niassène retrouve, dans ses entrailles, le fils voyageur qui ne l’a jamais quittée. Léona Niassène retrouve cet enfant d’un idéal de justice toujours porté, jamais renié. La plume et la voix vainquent le mystère de la mort pour les vivants.
Ce vendredi, une image touchante sur l’Autoroute à péage. Des centaines de Sénégalais anonymes pour qui Sidy lamine Niass est loin d’être anonyme. L’inconnu est dans leur quotidien par la magie du statut de porte-voix. Le visage reconnu s’est, chaque jour, invité dans leur demeure.
Notre «Mollah de Sacré-Cœur» a tiré sa révérence. J’entends des voix familières porter le témoignage des vivants lorsque l’oubli veut faire de la mort un désastre. Le souvenir est une victoire : L’Aurore de Sidy Lamine Niass est éternelle dans l’histoire de la presse sénégalaise. Dans l’Histoire tout simplement.
Sidy Lamine Niass est une boussole dans notre grand cheminement collectif. Qu’il ait séduit ou agacé, il a fini par s’imposer dans le patrimoine national. La liberté d’expression lui doit une capacité à faire commercer les idées. Il n’a pas eu peur du choc des opinions. Il n’a point redouté le vacarme post-déclaration. Voilà ce que l’Histoire pourrait retenir de ce combattant résolu.
Je pense également aux aînés. Pionniers dans le pluralisme médiatique, ils ont accompagné mes premiers pas à l’hivernage 1995 pour un premier stage. La touche très sociale de Walf m’intéressait fortement. Le journal m’a fait rêver par la manière dont il a couvert le procès sur l’assassinat de Me Babacar Sèye. Walf passait quotidien après avoir été un magazine.
Sidy Lamine Niass a eu la main heureuse. Dans son compagnonnage avec les journalistes, il a su s’appuyer sur des signatures prestigieuses. J’ai choisi d’être stagiaire à WalfQuotidien parce que j’avais en modèle Jean-Meïssa Diop, Tidiane Kassé, Ousseynou Guèye et Abdourahmane Camara. Mon premier article a été publié par Jean Meïssa Diop. Cela reste ! J’ai côtoyé des âmes généreuses professionnellement comme Seydou Sall, Seynabou Mbodj, Mamadou Bakary Traoré, Ibrahima Sakho, Demba Silèye Dia, Mamadou Biaye, mon binôme dans la chronique du week-end, Abou Abel Thiam, Madiambal Diagne et mon camarade de promotion Mamadou Alpha Diallo.
Plus tard, est arrivée la radio avec Mame Less Camara. Abdou Sow dans la séquence professionnelle précédente, ce monsieur a une culture exquise. Il a la fibre formatrice. Il m’a accordé la même attention dont il entourait ses jeunes recrues d’alors : Mamoudou Ibra Kane, Yoro Dia, Alassane Samba Diop, Aliou Ndiaye, etc. Une famille avec les séances de thé et le fameux «bol de Sidy».
Plus tard, j’ai quitté. Je n’ai jamais quitté Walf du cœur. J’ai toujours une part de Walf en moi. Merci à Sidy de nous avoir donné un espace d’expression. Merci à mes aînés de nous avoir couvés, nous, jeunes fraîchement sortis du Cesti.
Que Dieu accueille Sidy Lamine Niass en Son Paradis.
Habib Demba FALL

Ancien Directeur des rédactions du Soleil

Ancien de Walf


«Sidy Lamine Niass aura écrit l’une de plus belles pages de l’histoire du Sénégal»

«Suite au rappel à Dieu de Monsieur Sidy Lamine Niass, Pdg du groupe Wal fadjri, le FDL a décidé de renvoyer la caravane qui était prévue ce samedi 8 décembre 2018 à une date ultérieure.
Le FDL salue la mémoire de l’illustre disparu et reconnaît en lui un fervent défenseur de la liberté d’expression, de la justice sociale et de la démocratie.
Sidy Lamine Niass aura, de par son engagement et sa détermination sans commune mesure, écrit l’une de plus belles pages de l’histoire du Sénégal dans la conquête des acquis démocratiques. Sa contribution aux différentes alternances démocratiques qui se sont opérées à la tête de l’Etat du Sénégal n’est plus à démontrer.
Homme de principe et fervent défenseur de la cause des faibles et des sans-voix, il n’a cessé, sa vie durant, de se battre pour le triomphe de ses idéaux sociaux, politiques et religieux.
Se reconnaissant dans ces mêmes combats, car partageant avec lui le même attachement aux principes de démocratie, de liberté et de justice, le FDL a décidé d’observer le deuil en solidarité avec sa famille, la presse et la nation sénégalaise.
Souhaitant que ses successeurs et héritiers lui survivent avec autant, sinon plus, de succès, dans la lutte pour un Etat de droit et la sauvegarde des libertés, le FDL prie pour le repos de son âme !»

 Front pour la Défense Du Littoral De Guédiawaye


Sidy Lamine Niass ou la «voix de l’aube…»

«Au commencement était le verbe…»

Ainsi commence le prologue de l’évangile selon Saint Jean qui comporte dix-huit versets…

Le Président Sidy Lamine Niass était «une voix de l’aube», une voix qui annonce et qui interprète, une «voix de l’exégèse…»

Il avait, selon ses pairs dont je ne suis pas, une grande maîtrise du Saint Coran, des textes sacrés.

Son dialogue avec l’Abbé Jacques Seck l’a bien montré. L’Abbé Jacques Seck parlera bientôt ou peut-être a-t-il déjà parlé ?

Je l’écoutais tôt le matin – aux aurores –  sur les ondes de la radio qu’il avait créée, expliquer de sa voix si singulière aux hommes et aux femmes qui prêtaient l’oreille si matinalement qu’un seul chemin existait sur notre terre : le chemin de la Vérité, le chemin du Créateur Unique…

Nous avons été tous saisis d’une grande émotion, un certain jour, lorsque spontanément des hommes et des femmes ont accouru au lieu d’où il parlait si fort, pour soutenir sa voix et son audace car toujours et pour nous «citoyens de l’aube», il avait choisi, parfois au péril de sa vie, d’être du côté de la seule Vérité qui vaille…

Comment interpréter, à notre tour, ce départ vers la «grande maison» construite sans briques ni poutres, du Président Sidy Lamine Niass, celui qui a su ouvrir mille perspectives à la presse sénégalaise et africaine au prix de mille sacrifices (nous ne les compterons pas)

Tous les hommages lui seront rendus et mille voix seront mêlées, mille mots seront dits pour lui donner sa place au «sanctuaire des mots dits et écrits…»

Je n’anticiperai sur aucune décision mais je sais que nos attentes ne seront pas déçues.

Il devait nous dédicacer mes amis et moi, dans les prochains jours, son dernier ouvrage : le rendez-vous est reporté et nous savons où nous pourrons le retrouver pour la «dernière dédicace», la «dédicace céleste…»

Sidy Lamine Niass a été et restera «la voix de l’aube…»

                                                                  Jean Michel SECK

Lecteur et auditeur fidèle de WALF


Hommage au Mollah de la presse sénégalaise

Sidy Lamine Niass ! Vous avez tiré votre révérence en ce mardi 04 décembre 2018. Jeune reporter au quotidien «Le Matin», mon itinéraire vous a croisé, pour la première fois en 2002, dans les locaux de l’Inspection du travail. En compagnie de  Souleymane Niang, vous aviez en face de vous Mamoudou Ibra Kane, Bougane Gueye Dani, Alassane Samba Diop et Antoine Diouf.

Dix ans après, je vous croise dans les couloirs du Groupe Walf, en compagnie de mon oncle invité de Pape Cheikh Sylla, à l’occasion de la commémoration de l’Anniversaire du naufrage du bateau Le Joola. Vous vous êtes arrêtés pour le saluer, en l’appelant par son nom «Nasr-dine comment allez-vous ?».  Avant de nous conduire chez le journaliste qui était au studio, vous avez rapidement expliqué à mon oncle que vos enfants disent qu’il te ressemble beaucoup. «Chez moi aussi, c’est ce qu’on me dit» dira Nassardine aussi.

Sidy Lamine Niass, certes vous êtes partis pour le repos éternel, mais de là où vous êtes sachez que les Sénégalais ne vous oublieront jamais.

De Senghor à Diouf, de Wade à Macky, vous avez toujours su garder votre ligne éditoriale. Vous avez fait de votre groupe de presse la voix des sans-voix.

Etant dans l’opposition, les politiques vous voient comme alliés et ceux qui sont au pouvoir vous regardent comme étant un adversaire à la solde de l’opposition.

Merci pour cette constance.

La presse par excellence est un contre-pouvoir. Et vous l’aviez bien compris et bien exercé. Ce qui faisait du Groupe Walfadjri un régulateur.

Merci pour cette contribution à la liberté d’expression.

A la famille, au Groupe Walfadjri et à l’ensemble du peuple sénégalais, nous vous présentons nos sincères condoléances.

Que le pardon et la grâce d’Allah soient vos compagnons!

Talibouye AIDARA

Journaliste


Au revoir Sidy !

Le rappel à Dieu de Sidy Lamine Niass vient opportunément rappeler à la nation sénégalaise, à la Communauté des Croyants et aux protagonistes de la scène politique et intellectuelle du Sénégal, de l’Afrique et du monde, que la grandeur de l’Homme réside moins dans le lustre et les ors du pouvoir que dans la témérité lucide mise au service des causes justes et légitimes des peuples.

Les véritables leaders sont, en vérité, ceux qui, avec humilité et intelligence, s’attèlent à la prise en charge des tâches épuisantes de la construction sociale et spirituelle sinon idéologique au sens large.

La postérité se rappellera de ce génie exceptionnel dont le talent de tribun mis au service des pauvres, des sans voix et des déshérités et par-dessus tout de l’Islam fédérateur et ouvert aux pulsions du monde pour le progrès social dans la prospérité, continuera d’irradier l’espace médiatique à travers ses écrits, ses commentaires et ses prêches. L’idéal de Sidy Lamine Niass était de contribuer à parfaire la conscience sociale de ses compatriotes en les mettant en prise avec les débats les plus élevés de notre temps.

La famille médiatique d’El Hadj Sidy Lamine Niass est un testament qui a valeur de symbole. Il a eu un impact incontestable sur les accomplissements professionnels de plusieurs générations de journalistes, et sans doute mieux que n’ont su le faire les écoles de journalisme. En tant que médiateur des causes qui ont fait faire un bond considérable au Sénégal dans la géopolitique mondiale avec plusieurs chefs d’Etat et plus particulièrement dans le positionnement de l’islam confrérique au service de la paix et de la prospérité universelles. Il a pourtant fréquenté les maquis intellectuels les plus éprouvants du nationalisme panafricain et panarabe sans jamais se départir du sens de la mesure et du respect de soi, respect qui a su transcender le patriotisme politique de circonstance et le message réducteur de tous ceux, aux affaires ou en dehors, qui se croient investi du pouvoir de détruire la vie au nom de l’accumulation de pouvoirs et de biens qui ne leur appartiendront jamais en propre.
Les jeunesses africaines devraient réfléchir à l’actualité du message de Sidy Lamine Niass que l’on pourrait se risquer à résumer dans ce tryptique fondamental : amour de la patrie, crainte du péché, goût de la création et de l’innovation mis au service de l’Africain affranchi de la servitude, de toutes les servitudes. J’y ajouterais la constance dans l’engagement, en ne perdant pas de vue que l’important réside non dans l’engagement mais dans le sens, la direction qu’on lui imprime.

Au revoir, Sidy. A Dieu. Repose en paix et sois assuré que tous ceux avec qui tu as partagé si généreusement ton studio-école prieront pour le repos de ton âme et continueront la poursuite de ton combat pour la conquête des libertés.

Jacques Habib SY


Sidy Lamine Niass : la miséricorde sous le visage du lion

Il est des êtres dont la douceur et la bonté sont telles qu’ils seraient certainement des proies faciles si le bon Dieu ne leur avait pas gratifiés de la force et du courage du lion. La mission noble et généreuse qu’ils portent serait anéantie sans la force du lion par laquelle ils s’expriment pour la défendre et la protéger. Les prophètes et les saints ont toujours vécu et agi de cette façon : aimer l’humanité sans faiblesse, défendre le bien et le vrai sans fléchir. Rester dans la bienséance et la bienfaisance quelle que soit l’âpreté du combat qu’on doit mener pour défendre sa cause, son idéal. Comment pourrait-on défendre la vérité sans passion ?

Son passion pour le peuple et pour l’Islam était tellement forte qu’il était toujours prompt à le défendre au péril de ses amitiés et de ses intérêts. Il savait parfaitement que dans un pays comme le nôtre la générosité candide est synonyme de perte : il faut savoir dire non. Sidy était un homme profondément bon, mais son amour n’a jamais été un handicap pour défendre avec véhémence sa conception des choses, la vérité ou du moins ce qu’il concevait comme telle. Il faut toujours faire des compromis, mais se garder de tomber dans la compromission consistant à sacrifier la vérité et les principes sur l’autel des intérêts personnels contingents.

Les météores s’immiscent parfois dans l’atmosphère terrestre, se consument et disparaissent de façon subite : la conscience commune les appelle «étoiles filantes» par ignorance. Les météores ne sont pas de ce monde, ils ne sauraient y demeurer longtemps. Sidy était comme un météore : dans l’univers des chefs religieux il était une exception. Car il a mis de côté ce statut pour travailler comme n’importe quel citoyen. Laborieux, malgré son érudition dans le domaine des sciences coraniques, il a contribué à investir massivement dans son domaine. La plus grande réussite de Sidy Lamine est la fécondité de son œuvre dans le monde de la presse : c’est l’arabisant dont le groupe de presse a formé les plus grands noms du monde médiatique actuel.

Dans un pays où l’impérialisme de la langue française étouffe tous les génies forgés dans une autre langue, il a réussi (lui l’arabisant à l’aise dans la langue française) à s’imposer comme un intellectuel accompli, sans complexe. Dans un monde médiatique infecté par la corruption, l’affairisme et le concubinage avec le pouvoir politique, il a réussi à s’imposer comme un des rares groupes de presse libres au Sénégal. C’était presque impossible d’être toujours d’accord avec Sidy Lamine Niass, mais on ne pouvait pas ne pas respecter ses positions, car il incarnait avant tout la tolérance, aussi bien dans le domaine de la religion que dans celui de la politique.

Sidy Lamine Niass, c’est avant tout une vie de symboles et sa disparition est terriblement intrigante : son rôle diplomatique n’est pas connu de tous, mais le Sénégal a perdu un régulateur dans l’ombre. Son départ brusque à quelques encablures de l’élection présidentielle doit nous inciter à la prudence et à la responsabilité. Il nous a laissé un message : battez-vous pour vos opinions, mais n’oubliez jamais que le Sénégal transcende vos postures partisanes.

Alassane K. KITANE

Professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès

Président du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal


Sidy Lamine Niass : le serment de Walfadjri (l’Aurore)

Il est parti le matin après le fadjri (l’Aurore), surtout après que la «nuit se soit écoulée». Ainsi, Sidy Lamine a respecté son serment jusqu’au bout. Toute sa vie a été un combat pour que la nuit de l’ignorance et de l’intolérance s’écoule, afin que se lève enfin l’aurore de la liberté et de la connaissance. Le Sénégal doit beaucoup à Sidy Lamine Niass, qui va avoir une place de choix sur les langues de la postérité. Il a accompli son serment. Dans les années 70, armé de sa seule volonté, il est parti en croisade pour la liberté de presse. Aujourd’hui, elle est devenue une réalité. Dans les années 90, la radio Walf Fm où nous avons fait nos premières armes avec Mamoudou Ibra Kane, Alassane Samba Diop, sous l’aile de Grand Less, a permis à notre pays de passer de la «démocratie des lettrés» à une démocratie globale, avec à la clé, la première alternance politique. Walf a été une grande école qui a produit tant de grands journalistes, grâce à la générosité intellectuelle de Sidi et surtout cette grande liberté qui a permis à des talents d’éclore, car le «Mollah» comme on l’appelait, était aussi un détecteur de talents.

Sidy Lamine était un intellectuel mais pas seulement un «penseur». Par son courage physique et sa témérité, il a ouvert plusieurs brèches et fait tomber plusieurs murs dans notre longue marche vers plus de liberté et de démocratie. Dans les années 90, Sidi Lamine a été comme un témoin de Jehovah en disant aux Sénégalais, «Réveillez-vous», face à l’imposture de ce qu’était alors l’affaire Sheikhou Sharifou. C’est ainsi qu’il me demanda d’aller sur les traces de «l’enfant prodige», qui se révéla être une imposture religieuse et une véritable escroquerie. Je partis sur les traces de Sharifou en Côte d’Ivoire, en Ethiopie et Dar es Salam et Zanzibar en Tanzanie, pour enquêter et au finish, déconstruire une arnaque. L’enquête marqua la «fin de la nuit», titre du livre de Sidy Lamine sur la question.

Sidy Lamine était un intellectuel éclectique. Combien de fois ai-je passé des heures dans son bureau, à revisiter avec lui la pensée islamique, l’antiquité grecque, les romains, les penseurs allemands qu’il adorait, sans oublier les contemporains comme Francis Fukuyama et «sa fin de l’histoire», et Samuel Huntington et son «Choc des civilisations». Il m’a toujours fait l’honneur de me faire lire ses manuscrits, dont le plus important pour lui était sans conteste les écrits de son père. Quand l’Etat du Sénégal, pour des raisons démagogiques, a interdit le livre de la Tunisienne Hela Ouardi, «Les derniers jours du Prophète (Psl)» Sidy Lamine Niass, par son courage intellectuel et sa légitimité religieuse, a sauvé l’honneur des intellectuels et du pays en montrant à la télé qu’il fallait lire le livre et en montrer les failles et démasquer les commanditaires. Par ce geste, il a montré qu’on ne peut pas combattre la plume par l’épée ou par les interdits. A l’époque, je lui avais dit qu’il s’était comporté comme Spinoza dénonçant l’intolérance et les ultimi barbari (les derniers barbares en date) à Amsterdam. Cette posture de courage intellectuel et surtout d’ouverture à l’autre, était sa conception de l’Islam symbolisé par le dialogue fécond qu’il a entretenu à la radio avec Abbé Jacques Seck à la fin des années 90. Sidy n’a pas seulement été un «Arabisant entre presse et pouvoir» mais un intellectuel au sens plein du terme, qui toujours été un pont entre les mondes de Hegel et de Ibn Arabi, entre la pensée de Huntington et de Ibn Taqmiya, entre la Perse et l’Arabie, entre les rives du fleuve Sénégal, entre Al Ahzar et la Sorbonne.

Jeune journaliste à Walf Fm, Sidy Lamine a été mon patron pendant deux ans, mais est resté un ami et un frère pour toujours. J’ai été très touché quand il a m’a envoyé son fils à la fin de ses études à Paris, pour me demander de le conseiller sur son parcours professionnel. Même honneur quand il a appelé de Paris pour me dire que son fils venait de réussir au barreau. J’ai quitté Walf, mais les liens fraternels avec Sidy ont été permanents. Il me faisait part des difficultés de Walf et j’ai toujours été admiratif face à sa détermination à ne jamais baisser les bras, qu’il expliquait par le verset «En réalité Dieu est avec les endurants». Je n’oublierai jamais ses mots à la prière mortuaire de mon père.

Sidy est parti, ses idées et ses écrits restent ; son œuvre immense, ses combats continuent. «La vie qui ressemble à un songe est éphémère mais la gloire est éternelle». La gloire de Sidy restera éternellement dans nos cœurs et dans l’histoire du Sénégal. Adieu cher Ami, cher Frère. Que Dieu t’enveloppe de sa miséricorde.

Yoro DIA

Journaliste


Merci Président !

Jamais écrire ne m’a paru aussi difficile. Quatre jours sans que je puisse terminer un paragraphe. A chaque fois que je me retrouvais seul chez moi, décidé à écrire ce texte, c’est sous le drap que je finissais. Les larmes, ruisselant tout le long de mon corps, le rendaient aussi amorphe qu’un matelas. Les doigts, engourdis au contact du clavier, abdiquaient face à des touches qu’ils malmenaient quotidiennement. Mes lèvres refusant de laisser sortir ce que ma langue essaie d’articuler, je me suis, jusque-là, acharné à éviter caméras et dictaphones, pour ne pas avoir à commencer un hommage que je ne terminerais pas. Jamais parler de toi ne m’a paru si pénible. Ma peine est grande. Ma perte incommensurable. Tu m’as pris au dépourvu Président. Tu as coupé ma voix et érodé mon inspiration. Mais, rien, même l’Aurore qui se confond au Crépuscule, ne peut m’empêcher de répéter partout les derniers mots que tu as entendus de moi, dimanche passé, moins de 48 heures avant ta disparition : «MERCI PRESIDENT».

Avant de leur dire pourquoi je te remerciais, laisse-moi, Président, les informer que tu n’as rien laissé au hasard. Toi qui aimais que tout soit bien ordonné, tu as tout bien arrangé. Les symboles et les signes, auxquels tu attachais une grande importance, en témoignent. En effet, toi, qui es né le huitième mois (août), toi, qui as perdu ton père à 8 ans, tu es parti à 68 ans, en 2018 à 8 heures et quelques emplissant Dakar de papillons blancs annonçant ta montée céleste. Le journal que tu as créé de tes propres mains en était à son 8008eme numéro. Les ouvrages que tu as fini d’écrire sont au nombre de huit. Tu es parti un quatre, il a fallu quatre jours pour qu’ils daignent se séparer de ta dépouille. Comme tu me l’aurais certainement demandé, j’ai fait un recoupement avec le Livre Saint et ce que le Verset 8 de la Sourate 8 dit est éloquent : «afin qu’Il fasse triompher la vérité et anéantir le faux, en dépit de la répulsion qu’en avaient les criminels». Tu es certes parti aussi inopinément que prématurément mais après que Le Tout-Puissant t’a balisé le chemin menant aux Huit portes du Paradis. Tu auras à choisir. Car, là-bas est ta véritable demeure.

Ce n’est pas de toi dont il faut se préoccuper. Ta vie sur terre a été plus que bien remplie, ta place auprès des saints assurée. C’est nous que tu laisses seuls qui nous retrouvons dans l’embarras. Tu n’étais même pas inhumé que ma plume se ramollit. Comment arpenter, sans toi, ce si long désert ? Tu es le A sans lequel WALFADJRI est imprononçable. Plus que celui ouvrant l’Alphabet, ou l’Aurore annonçant ce que sera la journée, tu es le A  de l’Ame sans laquelle il ne peut y avoir d’Animation.

Ma peine est grande. Ma perte incommensurable. Ma relation avec Sidy Lamine Niass va au-delà de mon livre qu’il a préfacé.  Ma défense qu’il a prise lors de mon arrestation, menaçant de marcher sur le palais de la République si je n’étais pas libéré, n’est que la partie visible de ce qui me lie à cet homme qui était à la fois père, ami, maître, patron,….

Avant de fréquenter Sidy Lamine Niass, du point de vue de la religion, j’étais plus proche de mes ancêtres qui accompagnaient Bour Sine que de mon père qui ne manquait jamais une prière. Au contact de Sidy Lamine Niass, je n’osais plus me coucher sans avoir accompli les cinq prières quotidiennes. Et jamais, il ne me l’a demandé. Sans que je comprenne pourquoi, il avait une confiance totale en moi. Il tenait toujours à ce que ce soit moi qui traduis tous ses textes en français. «Toi, tu me comprends», se limitait-il à m’expliquer. Il arrivait, durant des mois, que je passe plus de temps dans son bureau que dans le mien. Et quand je m’y trouvais, aussi invraisemblable que cela puisse paraître à ceux qui ne le connaissent pas, c’est Sidy Lamine qui préparait le café et m’en servait à chaque fois qu’il sentait que j’en avais besoin. Les samedis, quand il nous fallait enchainer toute la journée, il venait avec un repas. Et tu auras beau insister, mais c’est lui qui va débarrasser la table et nettoyer les plats. Travailleur infatigable, intellectuel insatiable, Sidy Lamine Niass, qui accordait à la production intellectuelle une importance hors du commun, aimait partager son savoir, échanger, débattre. Chaque vendredi, il faisait une chronique religieuse sur la vie et l’œuvre des Prophètes que nous travaillions lui et moi dans son bureau. Quand il a fallu aller à La Mecque pour les besoins du pèlerinage, Sidy Lamine me demanda de me référer à des enregistrements qu’il m’avait remis pour continuer les chroniques qu’il ne voulait voir s’arrêter. Seulement, je ne pouvais pas me permettre de publier un texte signé Sidy Lamine Niass qu’il n’avait pas lu. Le vendredi suivant, c’est très tôt qu’il m’appelle au téléphone. «Birame (c’est comme cela qu’il m’appelait), je n’ai pas vu la chronique», me dit-il après les salamalecs. «Oui, j’ai tenté de te joindre. Je te l’ai envoyée par mail et j’attendais ton feu-vert pour la publier», répondis-je. «N’est-ce pas toi qui l’as fait ?», reprend-il. «Oui, du début à la fin». «Alors tu n’as pas besoin de mon feu-vert, publie ça. Et pour les suivantes ne me les envoie pas, publie les directement». Ainsi, je prenais ses enregistrements que je transcrivais en français sous forme de texte que je signais ensuite par Sidy Lamine Niass tout en étant conscient qu’un seul mot équivoque pouvait secouer tout le Sénégal. Il en était de même à chaque fois qu’il entamer l’écriture d’un ouvrage. Dès qu’il finissait un texte en arabe il faisait appel à moi. C’est en traduisant ces écrits que j’ai immergé dans la religion musulmane. A force d’écrire les histoires des Prophètes, je me suis entiché et attaché du dernier d’entre eux (Psl), dont je connais maintenant presque toute l’histoire. Grâce à Sidy Lamine. Source de savoir intarissable qu’il est, je ne saurais quantifier ou qualifier tout ce que j’ai appris à ses côtés, notamment sur la société sénégalaise qu’il connait comme la paume d’une de ses mains. Notre proximité et notre complicité étaient connues de tous les travailleurs de Walfadjri. Je ne compte pas le nombre de collègues qui m’ont dit «sa wadji démna ni rek» (ton ami est parti comme ça).

C’est cette proximité avec lui qui m’a permis de savoir qu’être grand, n’a jamais empêché à Sidy Lamine Niass de reconnaître la grandeur d’un autre homme et de lui accorder le respect et la considération qui sied à son rang. Quand, au courant du mois de février dernier, des individus se sont amusés à sortir une vidéo dans laquelle ils attaquent et insultent Cheikh Ahmadou Bamba, c’est lui qui a été le premier à s’en offusquer publiquement. Je me rappelle du jour où vers 22 heures il m’a appelé pour demander si j’avais vu ou entendu parler de ladite vidéo. Je répondis par la négative et il me dit qu’il venait à Walfadjri. Le temps que j’aille chercher un café en face des locaux du groupe, Sidy Lamine était déjà là, haletant. «On ne peut pas laisser passer de tels propos. Personne n’a le droit de parler de Serigne Touba comme ça. Je vais faire une déclaration», expliquait-il, reprenant à peine le souffle qu’il avait perdu en montant les escaliers. Des exemples comme cela sont tellement nombreux.

C’est aussi cette proximité avec lui qui me permet d’attester que, contrairement à ce que beaucoup pensent ou affirment, Sidy Lamine est loin de dicter aux journalistes ce qu’il faut écrire ou dire. Il s’est toujours attaché à mettre ses employés à l’aise. Il découvrait le contenu du journal WalfQuotidien en même temps que les autres lecteurs. Au mois d’avril dernier, je l’ai appelé pour lui dire que je voulais faire un «poisson d’avril» concernant sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Après avoir obtenu son onction qu’il avait donnée avec beaucoup de réserves, je publiais le texte qui a été par la suite amplement relayé. Agents de renseignements généraux, proches et sympathisants, tout le monde voulait savoir si réellement Sidy Lamine allait se présenter. Je sentis que la pression commençait à s’accentuer sur lui, je lui ai alors proposé de faire un autre texte de précision. «Ce n’est pas la peine. Tu ne peux pas te démentir comme cela. Ils sauront d’eux-mêmes, s’ils n’étaient pas encore au courant, que le pouvoir ne m’intéresse pas», m’avait-il répondu.

Inutile de revenir sur la piété de l’homme. D’autres bien plus placés que moi en parleront à suffisance. Ils sont tous témoins qu’il jeûnait deux jours sur sept toutes les semaines du mois et de l’année, qu’il a fait 38 fois le pèlerinage à La Mecque où il célébrait, tous les deux ans, le Mawlid. Mais je ne pourrais ne pas revenir sur notre dernière conversation. Ceux qui ont l’habitude de lire ma chronique ont constaté dimanche dernier un retard inhabituel. A 17 heures passés de quelques minutes, Sidy Lamine m’a appelé. Et pendant près d’une heure et demie, nous avons discuté de l’actualité politique et de bien d’autres sujets. Je l’ai interpelé sur une question qui m’a été inspirée par ma mère. Comme lui, quelques jours plus tôt, j’avais eu un accident qui m’a immobilisé pendant près de dix jours.  «J’ai parlé à ma mère de ton accident et elle trouve que tout ce qui arrive ces derniers jours n’est pas le fruit du hasard». Sa réponse a été nette et sans ambages : «Birame, l’homme peut être perfide. Il peut certes retarder ou rendre plus difficile, mais il ne peut empêcher». 

Nous avons été sans doute proches de toi, ce qui rend notre chagrin plus patent, mais c’est le Sénégal tout entier qui perd un serviteur, une sentinelle. Témoin oculaire de tes derniers combats, j’étais toujours fasciné par toute cette énergie que tu pouvais déployer dans un combat qui n’était a priori pas le tien. «Pourquoi aider le plus fort qui a déjà tous les moyens d’asservissement ?». Cette question t’a accompagné jusqu’à ton dernier soupir.

Merci de m’avoir permis de te dire ce que des millions de Sénégalais souhaiteraient aujourd’hui te murmurer à l’oreille. Merci pour les nombreux combats. Merci pour les nombreux sacrifices.  Dort bien père, ami, maître, patron ! Que ton sommeil soit apaisé à tout jamais. Et sois assuré, que l’aventure se poursuive à WALFADJRI ou pas, ma plume que tu as toujours flattée ne servira une cause autre que celle que tu as consacré toute ta vie.

Mame Birame WATHIE


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