RDC : Est-ce à l’étranger que tout se jouera?

Partira ou ne partira pas? C’est la question que de nombreux Congolais et observateurs de la scène politique RDCienne se posent à propos de Joseph Kabila. Dans le camp du pouvoir, on jure par tous les dieux que le chef de l’État congolais va respecter la Constitution.

Même si en sous-main on manœuvre pour lui trouver la meilleure des parades qui lui permettraient de s’éterniser à la tête du pays. Certaines mauvaises langues à Kinshasa affirment même que la Constitution a été « mirindisée » — c’est-à-dire interprétée grossièrement dans le but de permettre à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat—, mais l’opération semble avoir échoué. Du moins pour le moment.

Entre-temps, ça «complote» pas mal en Occident et dans la sous-région, où la crise sociopolitique congolaise inquiète au plus haut point. Les réunions s’enchaînent au nom de la République à démocratiser du Congo sans les Congolais. Les quelques diplomates contactés sont peu bavards, se contentant de répéter que « la communauté internationale tient à ce qu’il y ait une passation de pouvoir pacifique, ordonnée et dans les délais prévus en RDC ».

Du côté de la SADC, on tient le même langage. Mais tout porte à croire qu’on se prépare à tous les scénarios. « Personne ne se fait d’illusion sur les intentions de M. Kabila. Il faut donc se préparer à toutes les éventualités », confie un haut responsable de l’opposition angolaise ayant vécu au Congo. Du côté de Paul Kagame, l’allié en chef de Joseph Kabila, ça bouge aussi. On raconte que Luanda aurait convaincu Kigali de lâcher l’homme de Kingakati en échange de… Et ce n’est pas tout. Selon une source digne de foi, l’Angola aurait aussi manœuvré en coulisse pour court-circuiter l’accord « secret » que Kabila aurait conclu avec Félix Tshisekedi pour en faire son premier ministre. C’est Kabila lui-même qui aurait confié le « petit secret » aux chefs d’État réunis au sommet extraordinaire de la SADC qui s’était tenu à Luanda en avril dernier. D’aucuns se rappelleront cette étonnante déclaration de Moise Katumbi au journal Le Soir : « Lorsque Kabila raconte aux autres chefs d’État qu’en septembre Félix pourrait le rejoindre, c’est tout à fait faux ». En réalité, il y avait une part de vérité dans l’histoire. Mais depuis, Félix a dû reculer. La pression était trop forte pour s’autoriser un flirt avec le pouvoir, qui n’a pas hésité de son côté à retarder l’organisation des obsèques d’Étienne Tshisekedi tel que prévu dans le fameux accord.

Désormais, Tshisekedi fils et Soriano fils ne jurent que par une transition sans Kabila. Et les élections ? Tout le monde en parle, mais personne n’y croit vraiment. De Bruxelles à Paris en passant par certains pays africains, les Dupondt congolais de l’opposition évoquent la déesse transition avec une insistance suspecte. « Ils n’ont jamais voulu les élections », lâche un Kingakatien furax. Depuis quelque temps, l’atmosphère dans ce « paradis » perdu situé à 80 kilomètres de Kinshasa est lourde. « Le boss est très nerveux ces derniers temps », chuchote un homme du sérail. Ce qui n’est pas du tout nouveau. Il y a quelques mois, un autre proche collaborateur du raïs confiait : « La situation est très tendue, le chef crie sur tout le monde… »

En tout cas, pour Félix Tshisekedi et son partenaire in crime Moise Katumbi, l’heure est à la mobilisation pour une transition dekabilisée. Ce qu’ils n’ont pas obtenu par les conciliabules avec le pouvoir, ils comptent désormais l’obtenir en faisant les yeux doux aux faiseurs de rois congolais. «C’est à l’étranger que tout va se jouer», confie un Katumbiste confiant comme Jacques, le petit frère du Christ. Pour lui, ce que fait son chef n’est pas de la prostitution politique, mais plutôt du lobbying.

Et le souverain primaire congolais ?

Il devra attendre. D’autant plus que l’idée d’une transition dekabilisée commence à faire son petit chemin, au grand plaisir des Dupondt congolais de l’opposition qui se voient déjà califes à la place du calife kingakatien. Mais attention! La partie ne jouera pas qu’à deux. C’est ainsi qu’apparut dans le décor, contre toute attente, celui qui regarde sans regarder, sourit sans sourire, et surtout calcule sans calculer : le président de l’UNC Vital Kamerhe. Gracieuseté d’un pays de la sous-région. La guerre de succession ou d’accession au trône qui se dessine risque d’être «sanglante ». Ce n’est pas Martin Fayulu qui dira le contraire…

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