RECTO-VERSO GUIGUI (CHANTEUSE) : «Je fais ce que je veux, car je suis moderne»

L’invitée du week-end de Recto-Verso fait partie des jeunes femmes qui n’ont pas froid aux yeux. Femme de sa génération, elle le clame à tout-va. Sans censure. Du populeux quartier de Grand-Yoff où elle toise son monde avec fierté, Ramatoulaye Clémentine Sarr nous ouvre les portes de sa maison.guigui guigui1

Ce patronyme ne vous dira rien, mais Guigui réveillera certainement nombre d’images sulfureuses. Dire que sa dégaine fait sex-symbol lui fout les boules. Sexy et pimpante, nul avatar en accueillant Rewmi-Quotidien. Et sans brides, sa confession s’en va à bâtons rompus sur sa vie de jeune talent, son projet d’album, les critiques sur son look, sa relation avec le fameux ministre et son faux pas en amour. Guigui sur le 

Racontez-nous vos premiers pas dans la musique ? 

La musique a toujours été une passion pour moi, depuis toute petite. Mais, mes parents ont voulu que je privilégie les études, d’abord. Aussi, durant toutes ces années, ai-je refoulé cette passion tout au fond de moi, par respect de la volition parentale. Ce qu’aujourd’hui, je ne regrette nullement quand je poursuis mon master 2 en communication. Leur souhait assouvi, je reçus, sans chichi, leur onction et bénédiction et me suis lancé dans la musique, le 08 mars dernier, avec mon single «Li ci mbeuguel» : un rêve réalisé sur fonds propres. Je n’ai démarché ni producteur, ni musiciens, j’ai juste contacté un de mes cousins, Paul Ndock Diouf, bien connu dans le milieu musical sénégalais. Informé de mon projet, il décida de m’accompagner, faisant fi de mon inexpérience musicale. Ma seule relation sérieuse dans ce domaine fut la chorale Saint Paul de Grand Yoff dans laquelle je chantais comme alto.

Quel est le feed-back de «Li ci mbeuguel» ? 

Que du bien, des encouragements et des félicitations. Ce single m’a valu un producteur qui a décidé de se charger de mon album. Il a aussi enrichi mon carnet d’adresses, avec pas mal de connaissances et m’a ouvert pas mal de portes. Aujourd’hui, je présente des émissions. Donc un retour plus que profitable à ma carrière. J’ai aussi eu beaucoup de fans, jeunes, adultes et enfants. Mon téléphone explose de leurs témoignages d’affection. Aussi, les échos de ce single me pousse-t-ils à persévérer.

On vous dit en studio pour votre premier album. Où en sont les choses ?

On a presque tout calé. L’album va compter entre huit et dix titres, avec les nécessaires choix à faire. Je suis encore indécise sur le nombre de titres à publier. La sortie est imminente mais je ne veux pas me risquer à avancer de date. Mais, si ce n’est pas pour cette fin d’année, il sera écouté en début d’année prochaine.

Il a un titre, ce premier album ?

Je l’ai intitulé «Jotna», parce que, personnellement, il était temps que je montre à tout le monde mon savoir-faire et mon talent. Temps aussi, que je réalise mon rêve de toute première enfance. «Jotna» également que les Sénégalais prennent leur destin en mains, travaillent et dépassent l’attentisme, tout ne pouvant être fait par l’Etat. J’estime venu le temps que chacun s’autoproclame «Etat» et mette fin aux bavardages.

Les temps sont durs pour les jeunes talents. Comment avez-vous pêché un producteur ?

Honnêtement, je n’ai pas démarché de producteur. Mais avant de rencontrer mon producteur actuel, j’ai eu pas mal de propositions qui ne m’agréaient pas du tout. Des gens voulaient signer des contrats de 5 ans avec moi. Alors que Guigui ne voudrait pas dépendre d’un producteur pour autant d’années. Me voyant indépendante, j’ai choisi de ne pas donné suite à ces propositions. Et grâce à Dieu, j’ai pu rencontrer un producteur qui émettait sur la même longueur d’onde que moi Je pense aller loin avec lui. Au Sénégal, beaucoup de ceux qui se disent producteurs ne cherchent en fait qu’à approcher les artistes, avec d’inavouables desseins. Il m’est arrivé de recevoir des gens qui arguaient en être, alors qu’ils cherchaient juste à me connaître. Je me suis rendue compte, à la lumière des clauses du contrat qu’ils proposaient, qu’ils an étaient loin. Naïve, on sera leur prisonnière pendant 5 ans. Mais, et j’en remercie mes parents dont la fermeté m’a valu quelques notion en droit des affaires, mon instruction me sauve de ces travers.

«Ceux qui veulent me faire des propositions indécentes n’osent pas en parler ouvertement à cause de mon caractère.»

La musique est un milieu très saturé. Comment comptez-vous y tirer votre épingle du jeu ?

Non, je ne trouve pas que le milieu de la musique est saturé. Comme on dit, c’est comme la mer, chacun a le droit d’y puiser, sans la faire tarir. C’est aussi comme en entreprise, la concurrence n’empêche pas que de nouvelles naissent tous les jours. Pareil pour la musique. Et mon style me différencie des autres. Musical, d’abord, avec ma voix et ensuite, il y a mon physique. En ce 21e siècle, pour être chanteuse, il ne suffit pas d’avoir une belle voix, il faut être stylé. Pas belle, mais stylée. Elles font foison, les chanteuses pas très belles mais dont le style dégage quelque chose d’entrainant. La musique, avant tout, c’est l’association de ce qu’on entend et de ce qu’on voit. Ça demande de la cohérence.

Etes-vous sûre que le «pop mbalax» va durer ?

Je ne dirais pas durer, ce qui dit que cela peut s’arrêter dans le temps. Je préfère ancrer. Parce que le «Pop mbalax» va conquérir les annales de la musique sénégalaise. C’est moi Guigui qui le dit et cela se fera.

Votre secret pour vous soustraire des tentations du show-biz ?

Les tentations ne manquent pas, mais existent partout, dans le business, le théâtre et j’en passe. Même dans le gouvernement. Mais, il faut avoir un sacré caractère, en plus d’une solide éducation, les deux seuls principes qu’on ne cède pas à la tentation. Honnêtement, je n’ai pas encore vécu des situations de gravité majeure. Et j’ai un caractère qui fait que même les personnes qui nourrissent l’intention de me faire des propositions indécentes n’osent pas m’en parler ouvertement.

«Pour être chanteuse, il faut, en plus d’une belle voix, être stylé»

Des moments difficiles dans vos débuts musicaux ?

Le plus difficile était d’avoir l’accord de mes parents. Ce que j’ai maintenant, par la grâce de Dieu. Il ne me reste plus qu’à leur prouver que c’était mon rêve que je devais réaliser et pérenniser.

Etes-vous l’auteur de vos textes ? 

J’écris moi-même mes textes, que ce soit le single «Li ci mbeuguel» et les autres titres de l’album.

Dans «Li ci mbeuguel», vous recommandez d’aimer ceux qui aiment. Un conseil que vous suivez ?

«Li ci mbeuguel» englobe tout. Je ne parle pas que des relations de couple, mais des relations humaines en général. Si quelqu’un t’aime et t’apprécie, on se doit de le lui rendre. Etre présent pour la personne quand elle a besoin de nous et aller à son secours. Je l’ai chanté, parce que je n’ai que des hommes comme amis. Et chaque fois, ils faisaient la cour à d’autres femmes, alors même qu’ils étaient mariés. Questionnés sur le pourquoi de ces infidélités, ils rétorquaient que leurs femmes ne prenaient pas soin d’eux, qu’elles ne les aimaient plus et avaient l’impression qu’elles les avaient délaissés. Aussi, voudrai-je éveiller les femmes, leur dire de prendre soin de leur homme, pour ne pas que leurs relations dégénèrent, vice-versa pour les hommes. Dans la chanson, je dis : «aime celui qui t’aime, donne lui ce qu’il veut, avant que l’amour ne s’envole». Donc, il faut s’aimer.

Cœur libre ou déjà pris ?

Mon cœur est déjà pris par l’homme de ma vie.

Par le fameux ministre qui veut vous épouser ? 

Je ne veux pas parler de cette histoire. Mais quand même, c’est une histoire vraie. Je n’en dirai pas plus.

Look extravagant et tapant. Etes-vous, comme on le dit, un «sex-symbol» ? 

Les gens doivent comprendre que l’artiste diffère de la personne. Il faut qu’ils fassent la part des Guigui, celle sur scène est différente de celle de la vie quotidienne. Certes sur scène, je suis extravagante et je l’assume, en tant qu’artiste. Mais pas jusqu’à être, comme on me l’a une fois dit, un «sex-symbol». Je ne le suis pas, je suis juste une chanteuse qui a le droit de faire les choses différemment. Quand, je suis chez moi, dans la rue ou au bureau, je ne suis pas la Guigui qu’on voit sur scène, qui se déhanche, porte des trucs sexy.

«Si les gens me critiquent autant, c’est que j’ai marqué les esprits.»

Pourquoi n’avoir pas incarné un look plutôt africain, en rapport avec votre culture ?

Il me faut avoir une certaine ouverture et ne pas être hypocrite. Nous africains, avons notre culture et cela, je le respecte. Mais, les européens ont la leur. Aussi, quand on parle de développement, cela ne doit-il pas seulement se limiter à l’économie, cela doit se voir sur les personnes, comme Alpha Blondy l’a dit : «tout change, tout évolue, seuls les imbéciles ne changent pas.» Alors, pourquoi me figer à la culture africaine, porter des grands boubous et laisser mes cheveux crépus. Moi Guigui, je suis moderne, fais ce que je veux, porte ce que je veux. Je suis artiste, j’ai le droit d’extérioriser mon art. Alors je le fais à ma manière. Au 14e siècle, les européens portaient des jupes et les femmes des robes bouffantes. Actuellement, les voit-on dans les mêmes accoutrements pour aller au bureau ou pour monter sur scène ? Aussi, vouloir rester dans nos grands boubous et autres pantalons bouffants et arborer les tresses de grand-mère. Le monde évolue et propose les cheveux naturels. J’en porte comme je pose cils et ongles. Ainsi, va le monde, il faut que jeunesse se fasse. Vivre le temps tant qu’il est temps.

Ce look vous a valu d’être taxée de franc-maçon.

C’est dommage d’en arriver à reconduire ses incongruités moyenâgeuses. Mais, cela se comprend, c’est la première fois qu’il voit une artiste sénégalaise avec ce look. D’ailleurs, pas mal de gens me prenaient pour une nigériane. Alors que je suis une sérère pur sang qui n’a jamais foulé le sol des Etats-Unis. Je suis une artiste avant-gardiste. C’est la première fois que les gens voient une fille se raser la tête et mettre des strass. Aussi, certains ont dit que les strass avaient la forme d’un œil maçonnique. Alors que je n’avais même fait attention à tout cela. J’ai arboré cette coiffure par pur style, une idée de ma petite sœur, coiffeuse et ignorante de ce qu’est un œil maçonnique. C’est en entendant les rumeurs qu’elle est venue me demander ce que cet œil représentait pour faire tant de bruit. Ma seule réponse est que je suis chrétienne pratiquante. Je ne crois pas à ces trucs.

Ces critiques vous font-elles mal ? 

Je les prends positivement. Et s’il y a en autant, c’est que Guigui a marqué les esprits. Franchement, cela ne me fait pas mal. Je vis ma vie au quotidien et rien n’a changé aussi mentalement. Ceux qui me connaissent savent que tout ce qui se dit dans la presse n’est pas moi et que je suis restée la même. Ccces critiques prouvent que je fais des choses différentes, comme personne n’a jamais osé les faire. A mes détracteurs, je dis qu’ils n’ont encore rien vu, ce n’est que le début. Ils n’ont plus besoin de regarder les chaines américaines, parce que Guigui va leur en mettre plein les yeux. Artiste, je me dois de faire les choses différemment. Aussi, suis-je prête à tout affronter. Ma devise est que la répétition n’a pas de sens, il faut innover.

Le plus beau cadeau de la part d’un homme ?

Son amitié. Je ne dirai pas son amour, mais l’amitié, parce que l’amour finit après. J’avais un grand ami avec qui je partageais tout. Mais, par la suite, on a voulu s’essayer à l’amour et ça n’a pas marché. Jusqu’à présent, cette histoire me fait mal. Parce que, si je savais, on allait se limiter à l’amitié.

Propos recueillis par
Christine MENDY
Photos : Amadou DÈME

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