Réduction annoncée des vols de la South african airways : Jean-Paul Dias tire la sonnette d’alarme

South african airways
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Peu d’organes de presse ont eu à évoquer encore moins à analyser la décision de South african airways de réduire le nombre de ses vols hebdomadaires sur ou via Dakar de 21 à 4, ce qui, en définitive, s’apparente à une fermeture qui ne dit pas son nom malgré toutes les contorsions orales de certains responsables de cette compagnie aérienne.

Or, sur la plateforme aéroportuaire de Dakar, outre ses 21 vols par semaine  selon 3 vols/jour, South african c’est plus d’un demi milliard de F Cfa par mois payé à diverses administrations et entreprises locales : les Ads (taxes d’exploitation aéroport) ; Shs (société d’assistance qui s’occupe d’enregistrer le fret, les passagers et les bagages) ; Senca (nettoyage et chargement avions) ; l’hôtel King Fahd Palace (hébergement quotidien de quelque 43 membres d’équipage) ; Abs (bus de transport des équipages vers l’hôtel avec 6 rotations par jour aller/retour) ; Eas (sécurité et contrôle des documents : passeports et visas) ; Dakar Catering (restauration à bord) ; l’Asecna (contrôle aérien) ; sa propre Agence de voyage (22 employés), etc. sans compter les commissions à diverses autres agences de voyage de la place, l’impact financier sur les milliers d’emplois directs et indirects etc. sans parler de tous les loyers, impôts, taxes et autres redevances laissés à Dakar. Nous n’oublierons pas, enfin, le milliard de F Cfa réglé mensuellement à Smcady (kérosène).

Aucune autre compagnie aérienne ne contribue autant à la vigueur de notre économie aéronautique, en lui faisant gagner, annuellement, plus de 20 milliards de F Cfa soit quelque 40 millions de dollars us. Comment peut-on se désintéresser des états d’âme d’un tel client ?Voilà que ces gens décident, de fait, de fermer en plein le silence radio général : la classe politique ne s’en préoccupe guère.

L’Assemblée nationale n’interpelle même pas le gouvernement, lequel reste aphone. La plupart  des médias ne se focalisent, comme à leur habitude, que sur le sensationnel et sur les  invectives plutôt que sur un tel drame annoncé (chômage ; pertes pour notre économie ; rétrogradation du prestige du Sénégal etc.).

De quoi s’agit-il réellement ? Dans le passage de 21 vols/semaine à 4 vols, l’on insiste peu sur le fait que tous les vols vers et en provenance des Etats Unis (New York et surtout Washington) sont supprimés. Resteraient 4 vols maintenus sur l’axe Johannesburg-Dakar qui passeraient par Libreville.

Or, si Johannesburg-Libreville s’avère rentable en raison de l’habitude des ressortissants d’Afrique centrale à fréquenter l’Afrique du Sud où ils se soignent notamment, le tronçon Libreville –Dakar et retour ne résistera pas au critère de rentabilité à cause des exigences de visas de la part du Gabon et de ce que d’autres compagnies relient largement l’Afrique de l’Ouest au Gabon.

De sorte qu’à terme, il faudra s’attendre à la fermeture de  Libreville-Dakar par South african.Pour se rendre aux Usa, South african envisage de passer par Accra ou Abidjan. Rien n’est encore irréversible : ni la décision elle-même ni le choix de la capitale de transit. A notre connaissance, au contraire d’Accra, l’aéroport d’Abidjan ne dispose pas de l’agrément américain pour un départ de vols vers les Etats-Unis.

Il compte sur South african pour y parvenir. C’est clair que si celle-ci s’y met, activement- bien sûr avec l’appui du gouvernement sud africain- Abidjan l’obtiendra. Alors, même Delta airlines (héritière de la Pan Am) qui vient à Dakar déménagera à Abidjan.

Pis : l’abandon du direct sur Washington, siège du Parlement et du  gouvernement américains, de l’Usaid, du Fmi et de la Banque Mondiale etc. Actuellement, toute l’Afrique de l’Ouest emprunte ce direct dakarois.

En cas de suppression de cet axe, le Sénégal verrait son prestige en prendre un coup irrémédiable et la position géographique de sa capitale perdre toute signification. Nous n’aurons, alors, que nos yeux pour pleurer. A Dakar, la communauté américaine est en émoi tout autant que certaines Ong qui tirent leurs ressources des Usa, sans oublier les travailleurs des diverses entreprises sus-mentionnées ainsi que leurs familles.

Les pouvoirs publics, eux, étonnent par leur mutisme et leur immobilisme.L’évocation de la défaillance d’Air Sénégal, qui aurait rendu Dakar sans intérêt pour South african n’est qu’un prétexte, car les vols South african pour les Etats-Unis arrivent à Dakar avec un fort taux de remplissage. Donc, le nombre de continuations vers la sous-région ou même le reste de l’Afrique à partir de Dakar est dérisoire. Au demeurant, notre aéroport est un hub bien desservi de ce point de vue.

Toutefois, si s’avère exacte l’information sur l’exigence des autorités (lesquelles ?) à recevoir de South african 65 milliards afin de relancer la compagnie nationale au lieu d’accepter un don ou prêt de 4 puis 2 autres avions un an plus tard pour ce  redécollage d’Air Sénégal, alors il y aura matière à enquête et à clarification.Selon nos informations, il n’est pas trop tard pour réagir, car comme indiqué plus haut, rien n’est encore définitif et même si c’était le cas, le top management de South african peut toujours être amené par le Sénégal à reconsidérer sa décision.

En effet, la date du 19 mars initialement retenue pour la fin des opérations a été reportée au 30 avril 2015. Les diverses entreprises concernées n’ont pas encore servi à leurs employés des lettres de licenciement, mais de simples correspondances pour évoquer l’éventualité. La lecture, entre les lignes, de l’interview (Obs du 23/2/15 p.23) de M. Sylvain Bosc, directeur général commercial de South african, indique bien que la porte reste entr’ouverte. 

Au-dessus de lui figurent le directeur général (Ceo) proprement dit, le Comité exécutif et le Conseil d’administration, lesquels n’ont rien validé au jour d’aujourd’hui.Voilà pourquoi nous conseillons vivement que, sans délai et toutes affaires cessantes, Monsieur le président de la République en personne- ou alors le Premier ministre- prenne la tête d’une délégation composée de ministres, directeurs et chefs de service concernés pour se rendre en Afrique du Sud afin de discuter sérieusement avec les dirigeants seniors voire les organes délibérants de South african airways, de même qu’avec le chef de l’Etat et le gouvernement sud africains, car l’aspect politique des choses ne saurait être occulté.

Toute autre attitude : attentiste, calculatrice, bureaucratique, hésitante, débouchera sur la déchéance multiforme de notre plateforme aéroportuaire et alors, le nouvel aéroport Blaise Diagne et les frais de construction d’une autoroute devant le desservir deviendraient sans objet.

Il n’y a pas de temps à perdre, car chacun doit garder à l’esprit que les actifs des compagnies aériennes sont, pour l’essentiel, mobiles donc ajuster leur réseau n’est pas lourd à entreprendre. Au moment où, de Casamance, le chef de l’Etat a commandé la suppression des taxes et autres charges obérant le coût de la destination Sénégal afin de contribuer à booster notre tourisme, il serait contreproductif de demeurer sans initiative face à cette affaire.

Au cas où le statu quo se révélerait difficile à sauvegarder, le maintien des vols sur Washington constitue le minimum à conserver, de même qu’au moins 5 rotations/semaine sur New York afin de compléter les deux (hebdomadaires) de Delta pour arriver à un vol/jour au total.Personne ne dira qu’il ne savait pas.

Jean-Paul DIAS

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