Rokhaya Diallo et les aventuriers de la race perdue

Portrait. C’est une nébuleuse d’intellectuels, d’activistes, de personnalités médiatiques qui ont, petit à petit, fait dériver l’antiracisme en racisme et la République en bastions communautaristes. “Féministe décoloniale”, Rokhaya Diallo en fait partie.

C’est qu’il faut être noir pour gagner une Coupe du monde de football. Barack Obama l’a-t-il sous-entendu en déclarant, lors de l’hommage rendu à Nelson Mandela à l’occasion du centenaire de sa naissance : « Tous ces mecs ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois » ? Il est en tout cas sur la même ligne que le président vénézuélien, Nicolás Maduro, pour qui « l’équipe de France ressemblait à l’équipe d’Afrique. En vrai, c’est l’Afrique qui a gagné, les immigrants africains qui sont arrivés en France. […] L’Afrique a tellement été méprisée et, dans ce Mondial, la France gagne grâce aux joueurs africains ou fils d’Africains ». De nous vanter les mérites des gènes des joueurs d’origine africaine, leurs muscles ou, pourquoi pas ? leur sens du rythme, ils étaient à deux doigts. Ce n’est que partie remise, le pire étant toujours certain. Ils sont désignés par leur couleur de peau, montrés du doigt pour l’endroit d’où ils viennent. Leurs visages, leurs noms sont stigmatisés. À s’y méprendre, on croirait lire des assertions racistes.

La journaliste — activiste — Rokhaya Diallo, elle-même, a loué « l’excellence noire éclose aux yeux du monde » dans l’une de ses chroniques du Washington Post où, dans le même temps, elle fustige ceux qui mettent en lumière depuis une vingtaine d’années le fait que nombre de joueurs de l’équipe de France viennent d’Afrique. À cet effet, elle rappelle les mots de Jean-Marie Le Pen en 1996, qui suggérait que l’équipe de France change de nom. Ou d’Alain Finkielkraut qui, en 2005, avait déclaré : « Les gens disent que l’équipe nationale française est admirée par tous parce qu’elle est “black-blanc- beur”. En fait, l’équipe de France est aujourd’hui “black-black-black”, ce qui provoque des ricanements dans toute l’Europe. » Ils sont noirs, on devrait le dire plus souvent, mais aussi le dire moins souvent. Un paradoxe sur lequel Diallo a établi toute sa rhétorique. Une aporie qui n’est autre que l’antiracisme.

Pour Rokhaya Diallo, les compresses blanches des pansements sont racistes

Si ses parents sont venus du Sénégal et de Gambie, Rokhaya Diallo, elle, est bien française, née à Paris en 1978. Elle y a vécu, ainsi qu’à La Courneuve, a poursuivi des études de droit international et européen à Paris I et de marketing, dont elle a obtenu un master en 2003. À ce titre, elle a tout reçu de la République et de la France, hormis la mémoire familiale, ce qui n’est pas rien. A-t-elle été, alors, à l’avant-poste de la volonté d’intégration qui caractérise nombre de ses contemporains de la deuxième génération d’immigrés ? Les Indivisibles, association qu’elle a créée en 2007 et qui se propose de « déconstruire les préjugés racistes par l’humour », a quelque temps voulu le faire croire. Elle tire son nom d’une célèbre phrase de notre Constitution : « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale », ce qui ne l’a pas empêchée d’exprimer publiquement son hostilité envers Charlie Hebdo au moment de l’incendie des locaux de l’hebdomadaire satirique (2011).

L’humour, à qui décidément on passe tout, a encore été le prétexte d’une pétition des Indivisibles qui, en 2012, n’a laissé planer aucun doute : « Pour que Charlie Hebdo ait suffisamment d’argent pour arrêter de renflouer ses caisses en utilisant les caricatures diffamantes et islamophobes du prophète Mouhammad. » À la pointe du combat pour la laïcité… Décernant de 2009 à 2015 des “Y’a bon Awards”, une « cérémonie parodique de remise de prix aux propos racistes les plus représentatifs du racisme systémique, tenus par des personnalités publiques dans les médias », Les Indivisibles se sont vite éloignés de leur dessein premier. On peut s’amuser à compter le nombre de récompenses décernées pour islamophobie, elles ont toujours plus ou moins représenté les trois quarts des prix attribués. Qui furent, par ailleurs, les partenaires des Y’a bon Awards ? Le CCIF, les Indigènes de la République, Banlieue Plus, pour ne citer qu’eux.

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Elle a apporté son soutien au camp d’été décolonial interdit aux Blancs

Diallo, cette « féministe intersectionnelle et décoloniale », comme elle se définit elle-même, ne perd pas une occasion médiatique pour diffuser la bonne parole. Cela fait une dizaine d’années qu’elle participe à un combat culturel qu’ont écumé, avec elle, toutes les figures de l’antiracisme contemporain qui ont contribué à la diffusion de l’idée de “racisme d’État”. Lilian Thuram, le champion du monde de football version 1998, auteur de Mes étoiles noires, pense son combat nécessaire. Le 21 janvier 2010, il a signé à ses côtés une tribune dans le Monde : « Une République multiculturelle et postraciale ? » Ils étaient accompagnés de Pascal Blanchard, l’historien spécialiste du “fait colonial”, de François Durpaire, son confrère sur le multiculturalisme, et de Marc Cheb Sun, fondateur de Respect Mag (magazine « urbain, social et métissé »). Des idées qu’elle fait aussi vivre sur le terrain, en apportant son soutien au fameux “camp d’été décolonial” qui a fait couler beaucoup d’encre en 2016 et 2017. Porté par les militantes antiracistes Sihame Assbague et Fania Noël, ce camp imaginé sur le modèle des réunions féministes interdites aux hommes justifie l’exclusion des personnes blanches par le racisme dont les autres seraient par essence victimes… La race, toujours la race, celle dont on n’ose pas affirmer l’existence mais dont on souligne pourtant l’importance à longueur de journée. Quand elle existe, c’est celle des “racisés”.

Elle répète à l’envi que les races n’existent pas, sauf pour les opprimés…

Rokhaya Diallo est de toutes les signatures, de toutes les publications sur la question noire. Elle s’insurge contre le jugement des jeunes de Villiers-le-Bel en 2010. Entre-temps, elle colonise (sans jeu de mots) radio et télé avec aisance, s’écharpe avec Éric Zemmour et s’en prend à Alain Finkielkraut. Chroniqueuse sur la Matinale de Canal Plus de 2009 à 2013, elle a également officié sur LCP, avant son arrivée chez Cyril Hanouna. Elle devient ainsi chroniqueuse pour Touche pas à mon poste ! sur C8 en septembre 2017, même si sa participation s’est depuis raréfiée. Côté radio, on la retrouve sur le Mouv’, où elle anime Fresh Cultures, et sur RTL, où elle tient une chronique. Au mois de mai dernier, elle est même allée jusqu’à dénoncer l’usage des “sparadraps blancs” car ils discrimineraient ceux qui n’ont pas la peau blanche. Mais ce n’était pas métaphorique, elle parlait bien de compresses. Personnalité clivante, Rokhaya Diallo a été rapidement évincée du Conseil national du numérique, à la demande de Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du Numérique. Ce dernier aurait reçu des centaines de messages s’indignant de cette nomination. Racisme d’État ?

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La racialisation systématique de toute interaction sociale est bien commode.Dans sa dernière chronique du Washington Post, elle ose encore évoquer « l’élite blanche ». Le 13 juillet déjà, sur ce même support, commentant l’effacement tout récent du mot “race” de la Constitution de la République française, elle répétait à l’envi que les races n’existent pas, sauf quand elles désignent des opprimés sur le plan social. Et de nous démontrer, par les chiffres, que les Noirs de France sont malheureux parce qu’ils sont noirs. En Guadeloupe, arguait-elle, « 57 % des hommes jeunes sont au chômage ». Elle s’appuyait également sur les données de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances : « Le taux de chômage des jeunes de banlieues, où une large part de la population n’est pas blanche, est deux fois et demie au-dessus de la moyenne nationale. » Enfin, elle insistait bien sur le fait que « 60 % des détenus français étaient musulmans alors que les musulmans ne représentent qu’environ 10 % de la population ». C’est ainsi, c’est parce que l’on est noir ou musulman que l’on est au chômage ou que l’on va en prison. Mais, alors, la victoire de l’équipe de France n’a pas de couleur…

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