Salif Ba, auteur de Mon premier cahier de civisme et d’éducation à la vie citoyenne : «Il faut revenir à des fondamentaux éthiques de morale et respec…

Auteur du livre Mon premier cahier de civisme et d’éducation à la vie citoyenne, Salif Ba exhorte la jeunesse à l’action citoyenne. Gérant et propriétaire de l’agence Sénégal Communication, un support de publicité et de sensibilisation traitant des questions  sociales par le biais des bandes dessinées, il est revenu dans cet entretien sur la responsabilité des uns et des autres, sur la perte des valeurs culturelles, les programmes scolaires, et sa stratégie pour inciter à la lecture. L’auteur de la fameuse bande dessinée L’amb-ji de la campagne électorale de 2000 estime que pour se développer, les jeunes doivent davantage s’intéresser aux matières scientifiques.

Vous venez de mettre sur le marché Mon premier cahier de civisme et d’éducation à la vie citoyenne, est-ce que vous pouvez nous parler un peu de ce livre ?

Le livre commence par l’Hymne national. Les gens ne connaissent malheureusement que le premier couplet, mais le deuxième et le troisième, ils ne les connaissent pas. Je l’ai mis en intégralité, cela permet aux gens  de se familiariser déjà avec l’hymne. J’ai commencé d’abord par l’hymne parce que c’est cela notre première identité et après on a le drapeau. C’est toujours pour un retour au respect des instituions. Aussi dans le livre, j’ai commencé par la famille, parce que la famille c’est le seuil de base. Tout commence par là. L’individu commence à la famille, son éducation commence par là. Vous avez de la famille après  il y a tout un cheminement qui s’opère dans la vie jusqu’à l’idée Nation, où toutes les individualités se retrouvent. C’est pourquoi j’ai mis le drapeau national vers la fin qui symbolise la Nation. Et après vous avez «mon engagement citoyen» où chaque citoyen s’engage à faire ça et ça.

Il y a beaucoup de thèmes traités mais aussi beaucoup d’engagements vers la fin du livre. Pouvez-vous expliquer cela ?

En effet, après la famille vous avez le voisin, le bon voisinage. Parce que comme on le dit, quand un malheur arrive, avant que les parents n’arrivent, c’est le voisin qui est là. Le comportement que nous avons vis-à-vis de nos voisins est important. Je n’invente rien, c’est des cours qui existaient même dans les écoles. Je fais un rappel illustré de la chose pour que les gens se l’approprient davantage, pour que la jeunesse se l’approprie.

Votre livre est accompagné d’un Cd en wolof intitulé Changel (tu dois changer). Vous vous adressez à qui exactement et pourquoi cette stratégie ?

Ce qu’il faudrait savoir d’abord, c’est que ce premier manuel est sorti avec un Cd, qui est inspiré du livre. J’ai produit le Cd en exploitant le livre mais toutes les inspirations sont miennes. Je l’ai fait  pour que tout ce qui est dans le livre se retrouve dans le Cd en wolof. Le livre est en français et la cible est la jeunesse. La cible première c’est l’école en réalité.  Mais c’est tout le monde. J’ai mis à côté un Cd qu’on vend avec le livre. Ce qui permettra à la personne qui n’a pas été à l’école de l’écouter et de comprendre le message. Donc le Cd tape haut et fort le message du livre.  Pour en venir à votre question, comme vous le savez, il y a une perte des valeurs. Il y a une crise des valeurs au Sénégal. Ce n’est pas seulement au Sénégal, c’est partout dans le monde entier. Face à cette crise,  il faut qu’on revienne à des fondamentaux éthiques de morale mais aussi respecter des institutions. Ce qui m’a amené après une concertation avec différents acteurs de la vie, des enseignants, à faire ensemble un cahier sur le civisme. C’est un travail corrigé, je me suis entouré d’enseignants, de dessinateurs et puis d’un groupe de rappeurs qui a interprété les thèmes développés dans le livre.

Vous dites qu’il y a une perte des valeurs et vous dénoncez certains comportements. A qui la faute ? Qui est responsable de cette perte des valeurs ?

Je pense que la faute est partagée. En réalité, tout le monde est fautif : nos dirigeants, nous-mêmes, les parents, bref c’est un problème d’éducation. On demande un retour aux valeurs, je vais vous donner un exemple : quand vous prenez le Drapeau national qui est l’unité de la Nation,  quand on chante l’Hymne national, très souvent les gens ne s’arrêtent pas  et cela n’est pas normal. Alors qu’il faut saluer le Drapeau national.

Comment trouvez-vous les programmes enseignés dans les écoles. On parle de perte des valeurs mais on se rend compte que c’est ce qui est enseigné à l’école. Ne pensez-vous pas qu’il est temps de revoir le programme enseigné du bas âge à la terminale ?

Je suis d’accord avec vous mais l’école ce n’est pas nous qui l’avons créée. Ce sont les Français qui l’ont créée. Donc on est obligé de passer par là-bas. Mais en réalité, il serait bien qu’il y ait un retour à nos valeurs dans les programmes que nous avons choisis à notre culture.  Cette culture-là, on pourrait la retrouver  un peu grâce à l’intégration des langues nationales dans les programmes pour essayer de les valoriser. On les enseignait à l’école pour ne pas les  perdre. Surtout qu’actuellement, on est confronté à ces problèmes de nouvelles technologies qui font encore davantage qu’on est en train de perdre nos valeurs parce que nous sommes assez vulnérables. Car nous sommes des pays pauvres,  en voie de développement.

On accepte tout parce qu’on n’a pas une force réelle de résister et je pense que c’est un retour aux valeurs mais aussi à notre propre culture. Cela dit, je pense que globalement l’enseignement est bon, mais il reste encore à parfaire, il faut le dire. On a fait le constat que pour qu’un pays se développe, il faut que les gens s’orientent de plus en plus vers les filières scientifiques. Alors qu’aujourd’hui, ce sont les filières littéraires qu’on développe. Ces filières sont bonnes mais de plus en plus les gens délaissent les filières scientifiques alors que nous, dans nos pays, ce sont ces filières scientifiques qui vont nous mener au développement harmonieux.

Premièrement, il faudrait nécessairement qu’on essaie davantage, d’intégrer ces filières scientifiques, cette notion scientifique dans notre programme d’éducation. Et davantage mettre les élèves dans les meilleurs conditions tout comme les enseignants d’ailleurs parce que vous avez vu ces dernières années, des grèves à n’en plus finir. C’est  une perte de temps énorme et au finish  nous avons des taux d’échec au bac énormes. Je pense que tout ceci nécessite qu’on revoie notre système éducatif. On  parle des états généraux de l’éducation. Je pense que c’est une bonne chose, qu’on puisse s’asseoir autour d’une table, discuter, les enseignants, les parents d’élèves,  les dirigeants, les élèves. Que tout le monde puisse participer au débat afin qu’on trouve une solution pour tout le monde.

Vous semblez faire un centralisme sur l’école, sur la jeunesse et vous prônez les bandes dessinées. Pourquoi le choix des bandes dessinées ?

Je vais vous dire quelque chose. J’ai fait un constat sur ma propre fille. Elle a douze ans, je lui ai donné le manuel pour qu’elle le lise. Elle a des peines à lire les textes mais par contre avec les dessins, elle arrive à lire parce que le dessin est beaucoup plus accessible et quand c’est accessible je pense qu’on le lit plus rapidement. Ce sont les jeunes qui aiment ça, mais quand c’est un texte, ils ont la paresse. Vous savez que la jeunesse ne lit plus, ils préfèrent aller sur le net pour être sur facebook. Mais quand il s’agit des bandes dessinées, ils les lisent et je pense que le message passe mieux sur les bandes dessinées. C’est pourquoi j’ai choisi ce support pour communiquer avec eux.

Ne pensez-vous pas que ce sont les parents qui n’apprennent pas dès le bas âge, qui n’inculquent pas cette culture de la lecture aux enfants. Par exemple, vous qui prônez les bandes dessinées n’est-ce pas là une manière d’encourager  la paresse ?

Non, la bande dessinée n’amène pas la paresse, c’est une autre forme de lecture plutôt. Ce qui est dit dans le texte, c’est ce qu’on a illustré par le dessin. Ce manuel peut être bon pour un maître pour apprendre aux enfants les contenus parce qu’il y a des  thèmes qui sont développés ici et qui sont assez intéressants, qu’on retrouve dans le manuel de l’éducation. Donc ces thèmes, le professeur peut les développer en classe et même si l’enfant a la paresse de lire le texte, je crois qu’en le développant en classe, ça peut profiter à tout le monde. Je pense que la bande dessinée est une forme vraiment assez intéressante de lecture et de sensibilisation.

Vous pensez que votre livre Mon  premier cahier de civisme et d’éducation à la  vie citoyenne puisse réellement  contribuer au changement de comportement dans ce pays notamment chez les jeunes ?

Je pense en toute modestie que cela peut contribuer. Il faut que chaque famille dans ce pays puisse avoir le premier cahier de civisme et d’éducation à la citoyenneté. Parce que d’abord les thèmes que nous développons sont intéressants,  c’est utile aussi parce qu’il y a dedans des informations utiles. Un jour, il y avait quelqu’un qui voulait appeler  l’Onas et il a pris le livre où il a vu leur numéro. Un enfant de 15 à 16 ans peut facilement appeler pour prévenir,  en l’absence de ses parents, s’il voit quelque chose,  avec son téléphone portable. Ce sont les actes de citoyenneté, de civisme. Un fil qui traîne par là, on appelle la Senelec, une fuite d’eau quelque part, on appelle la Sde. Tous  ces contacts se trouvent dans le cahier.

Je pense que c’est un livre de civisme à l’intention de la jeunesse. Quand je l’ai envoyé  au président de la République, sa première réaction a été de m’envoyer une lettre de félicitations pour dire que c’est un acte citoyen de faire un cahier comme ça sur le civisme et l’éducation à la vie citoyenne parce que cela correspond à  sa vision de la citoyenneté. Quand tous les premiers lundis du mois on fait un salut du drapeau, c’est pour un retour à des valeurs et ce livre contribue aussi à ce retour aux valeurs. Et je pense que si vraiment il est intelligemment distribué, il peut profiter à tout le monde.

Vous le vendez à combien ?

Il est vendu tout simplement avec le Cd à 3 000 francs Cfa. Nous espérons que  des structures vont en acheter pour en redonner aux écoles, aux associations, aux populations.

ksonko@lequotidien.sn

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