Sénat: La mise en examen de Benalla lui permet de refuser de répondre aux questions les plus dérangeantes

Affaire Benalla au Sénat, saison 2. L’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron était de retour ce lundi 21 janvier devant la chambre haute du parlementqui enquête sur des dysfonctionnements que le gouvernement a lui-même qualifiés d'”incompréhensibles pour les Français”. La question du jour: comment Alexandre Benalla a-t-il pu utiliser des passeports diplomatiques pour rencontrer des dirigeants africains alors qu’il avait été “remercié” par l’Elysée ?

“Nous allons poser toute question par rapport à tous les sujets qui concernent la sécurité du chef de l’Etat” et la manière dont l’ancien chargé des déplacements d’Emmanuel Macron “est intervenu dans les différents domaines liés à cette sécurité”, a prévenu dimanche soir sur Europe 1 le socialiste Jean-Pierre Sueur, co-rapporteur avec Muriel Jourda des Républicains de la commission d’enquête sénatoriale.

Alexandre Benalla avait déjà été entendu le 19 septembre par cette commission créée cet été après sa mise en examen pour des violences sur des manifestants le 1er mai, alors qu’il n’était censé être “qu’observateur” aux côtés de la police. Il a de nouveau été mis en examen ce vendredi 18 janvier, cette fois pour utilisation abusive de passeports diplomatiques après son limogeage par l’Elysée fin juillet.

  • Benalla dénonce un lynchage en règle

Dans son propos liminaire, l’ancien chef de mission à la présidence de la République a dénoncé un “lynchage politique et médiatique en règle.” “Je pense de manière très modeste avoir contribué à la construction de ce personnage par des propos que j’ai pu tenir ou par mon attitude. Je conçois que j’ai pu donner une mauvaise image de moi”, a expliqué le principal intéressé qui dénonce un “cheminement politique et médiatique” pour viser le président de la République.

“Derrière la carapace, il y a un homme, sa femme, son fils. (…) je n’accepte pas le personnage qu’on a fait de moi”, a également indiqué Alexandre Benalla avant de demander de “l’indulgence” à son égard.

  • Alexandre Benalla confirme sa version sur les passeports

Toujours dans son propos liminaire, Alexandre Benalla a souhaité revenir d’emblée sur la question des passeports diplomatiques qui cristallise l’attention. “Je veux juste confirmer mes propos. Je vous réaffirme, sous serment que le 19 septembre, mes passeports étaient à l’Élysée”, a-t-il expliqué tout en dénonçant des contre-vérités et des mensonges tenus devant la commission d’enquête. Une façon de cibler, sans le dire, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda qui l’avait accusé d’avoir produit un faux document pour obtenir un passeport diplomatique?

“Je les ait restitué à la demande de l’Élysée, dans le courant du mois d’août 2018. Je ne vous ait pas menti le 19 septembre, lorsque je vous ait dit que mes passeports étaient à l’Élysée”, a-t-il ardemment expliqué à plusieurs reprises.

Confirmant que ces passeports avaient été utilisés entre le 1er et le 7 août, comme indiqué par Patrick Strzoda, Alexandre Benalla a assuré avoir restitué les passeports ainsi que les clés de son bureau et son badge d’accès à l’Elysée “dans le courant du mois d’août 2018”. “Ces passeports m’ont été rendus à nouveau […] début octobre 2018”, a-t-il dit. “On m’a fait savoir que ces passeports n’étaient pas désactivés”, a ajouté Alexandre Benalla tout en reconnaissant “un manque de discernement” de sa part. “C’était une connerie”, reconnaîtra-t-il quelques minutes plus tard.

À plusieurs reprises, l’ancien chargé de mission à l’Élysée a refusé de dire qui lui avait rendu ses passeports. Même flou sur les circonstances de la restitution de ces documents en août. Il répétera également à plusieurs reprises qu’il a récupéré les objets en question “sans mention ou un courrier les accompagnant et expliquant qu’ils ne pouvaient plus être utilisés”.

  • Alexandre Benalla refuse de détailler ses fonctions professionnelles post-Élysée

Les parlementaires ont également interrogé Alexandre Benalla sur ses liens avec le monde de la sécurité privée et son éventuelle implication dans les relations entre Vincent Crase et l’oligarque russe Iskander Makhmudov. Et l’ancien proche d’Emmanuel Macron de démentir tout lien avec ces deux hommes dans un cadre professionnel lorsqu’il était en fonctions à l’Elysée.

“Vous devez respecter l’obligation de soumettre à la commission de déontologie de la fonction publique, les nouvelles fonctions que vous occupez”, explique Philippe Bas à Alexandre Benalla qui refuse de préciser les fonctions qu’il a occupé après son départ de l’Élysée. Le premier de la longue liste de refus qui va s’en suivre.

“Effectivement c’est très important, Patrick Strzoda m’en a fait la demande deux jours avant sa dernière audition devant vous. (…) Je n’ai pas saisi la commission. Mon avocate est en train de s’en occuper. (…) Je n’ai pas été orienté vers cette commission de déontologie. J’aurais dû relire mon contrat de travail, je ne l’ai pas fait. J’avais d’autres priorité comme retrouver un appartement”, explique l’ex-chargé de mission. “Ce serait intéressant de savoir combien de personne l’ont fait à leur départ de l’Elysée depuis plusieurs mandats”, ajoute-t-il.

  • “On a déballé des cartons, on est tombé sur le Teorem”

Place au Teorem. Les sénateurs ont interrogé Alexandre Benalla sur le téléphone sécurisé qu’il avait à l’Elysée. “Ce téléphone ne m’a jamais été redemandé. Je n’avais pas connaissance qu’il étaient encore en ma possession. Je ne sais pas qui a dit ça, mais cela ne m’a jamais été réclamé le 4 octobre, l’Elysée l’a découvert quand mon avocate les a appelés”.

“C’est un outil qui a coûté très cher à l’État et qui est très peu utilisé malheureusement. J’en avais une utilité. Je l’ai retrouvé par des recherches de manière à pouvoir le rendre. Je n’ai jamais été sollicité par quiconque pour restituer ce téléphone”, a précisé l’ex-chargé de mission à plusieurs reprises.

  • Philippe Bas s’agace

Sur de nombreux sujets, Alexandre Benalla a refusé de répondre aux questions des sénateurs, en vertu de la séparation des pouvoir, la justice ayant ouvert une information judiciaire sur l’usage abusif de ses passeports diplomatiques.

S’est même ouvert un bras de fer -feutré- entre l’ex-chargé de mission et Philippe Bas, l’enquêteur en chef du Sénat. “Vous vous abritez derrière la justice quand cela vous arrange”, a cinglé l’enquêteur en chef de la chambre haute en prenant pour exemple le propos liminaire d’Alexandre Benalla sur les faits du 1er mai alors que ce dernier a refusé à plusieurs reprises de répondre à des questions sur l’obtention et l’utilisation de ses passeports.

“La personne qui refuse de déposer devant une commission d’enquête est passible de deux ans d’emprisonnement et 7500 euros d’amende”, a même rappelé le sénateur, comme un avertissement face aux refus répétés d’Alexandre Benalla.

  • “J’ai avisé des personnes de l’ensemble de mes déplacements à l’étranger”

L’ex-chargé de mission a toutefois précisé qu’il avait averti plusieurs personnes haut placéés de ses voyages à l’étranger. “J’ai avisé des personnes de l’ensemble de mes déplacements à l’étranger. J’ai expliqué ce que je faisais”, a expliqué Alexandre Benalla, par “courtoisie.” Invité à préciser s’il avait avisé le président de la République de ses déplacements, le principal intéressé n’a pas souhaité en dire plus.

“Je ne commenterai pas. Mais j’ai prévenu des membres de la présidence de la République; je ne souhaite pas évoquer leur fonction ni leur nom”, a-t-il avancé

“Je ne détiens aucun secret. Aucun secret sur qui que ce soit. Je ne fais aucun chantage. On essaie d’expliquer un certain nombre de dysfonctionnements de la part de l’État. Un certain nombre de fautes et d’erreurs de ma part”, a également ajouté l’ex-chargé de mission.

  • Benalla confirme qu’il a bien fait modifier sa lettre de licenciement

“Je n’ai pas imposé mes vues, j’ai juste exercé un droit”, explique Alexandre Benalla en confirmant qu’il avait bien fait modifier la première mouture de sa lettre de licenciement.

Cette version, transmise par le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron Patrick Strzoda, indiquait, selon le chargé de mission le plus célèbre de la Ve République que personne à la présidence n’était au courant de sa présence dans le cortège du 1er mai. “Ce n’était pas la vérité”, a-t-il avancé, mettant une nouvelle fois en doute la parole du directeur de cabinet du président de la République.

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