SENEGAL-ASSISES-ZIGUINCHOR: Un ressortissant français sauvé par sa démence

Cour d'assises Tribunal JusticeZiguinchor (APS) – La Cour d’assises de Ziguinchor (sud) a acquitté pour démence le Français Sébastien Pin, accusé d’avoir tenté de mettre fin à la vie de son géniteur.

Dans son verdict prononcé mercredi, la Cour a fait valoir que l’état mental de l’accusé, en détention provisoire depuis le 12 décembre 2012, nécessite une prise en charge psychiatrique. 

.En détention provisoire depuis le 12 décembre 2012, Sébastien Pin est accusé de tentative de meurtre sur son géniteur Maurice Anthrelone Pin.

Les faits pour lesquels il était poursuivi se sont déroulés dans la nuit du 7 au 8 décembre 2012 à Kafountine, dans le département de Bignona (sud). 

Des militaires basés dans cette localité avaient à cette date accueilli un ressortissant français grièvement blessé, avant de l’évacuer au poste de santé de Diouloulou, 

Maurice Anthrelone Pin venait tout juste d’arriver au Cap-Skirring en compagnie de son épouse et de leurs amis pour répondre à l’invitation de leur fils, Sébastien Pin.

Après une semaine de vacances au Cap-Skirring, il était allé avec son fils visiter la maison que celui-ci avait construite à Kafountine. C’est là que les faits incriminés se sont produits, l’accusé s’étant faufilé vers les coups de 4 h du matin, dans la chambre où dormait son père, avant de lui asséner un coup de marteau sur la tête.

La victime a également reçu de son fils plusieurs coups de couteau et a tenté de se protéger avec ses mains puis à l’aide d’une chaise, avant de courir dehors chercher des secours. 

“Tu as tué une gamine et tu m’en as fait porter le chapeau”, criait Sébastien Pin à l’endroit de son père qui a réussi tout de même à lui échapper.

L’accusé a reconnu les faits devant les enquêteurs, mais a contesté la thèse selon laquelle il avait fait venir ses parents en vacances au Cap-Skirring pour attenter à leur vie. Il a dit qu’il les avait fait venir dans le but d’avoir avec eux une ”discussion franche” sur un sujet qui lui tenait à cœur.

S’agissant de l’état psychiatrique de l’accusé, un rapport d’expertise établi par le docteur Adama Koundoul avait conclu à une absence de démence de Sébastien Pin au moment des faits. 

Le psychiatre a précisé que l’accusé souffrait d’une pathologie affective perturbant son rapport à la réalité mais qui tout de même ne faussait pas son jugement.

Un autre rapport du docteur Abou Sy a mentionnait qu’il souffrait d’un trouble de la personnalité. Cette expertise relevait que Sébastien Pin se trouvait dans un état où son discernement était aboli au moment des faits.

A la barre, ce plombier de formation a renseigné qu’il avait des “rapports assez bons” avec son père. Il a cependant signalé à la Cour qu’il souffrait de crises de convulsions pendant son enfance.

“Au moment des faits, j’étais dans un état second. J’ai ramassé un marteau et un couteau et je me suis introduit dans la chambre de mon père. C’est comme s’il y avait deux voix qui me parlaient. J’ai essayé de me convaincre de sortir”, a-t-il raconté.

Il a dit avoir éprouvé après les faits un ”immense regret” vis-à-vis de son père et fait savoir savoir qu’il ne trouve “pas assez de mots pour exprimer son sentiment”.

L’avocat général Djibril Bâ a évoqué les difficultés rencontrées par le ministère public dans cette affaire, d’autant les deux rapports psychiatriques ont abouti à des conclusions diamétralement opposées.

Aussi, le magistrat s’est-il basé sur l’article 50 du Code de procédure pénale pour demander à la Cour d’acquitter Sébastien Pin qui était selon sujet à “une altération de l’esprit” au moment des faits.

La défense assurée par Me Kaoussou Bodian s’est engouffrée dans cette brèche ouverte par le représentant du ministère public en demandant à son tour l’acquittement de son client. 

L’avocat de Sébastien Pin a plaidé pour la disqualification des faits de parricide en coups et blessures involontaires. Il a en outre demandé le placement de son client dans un centre psychiatrique “pour le sauver” des crises de convulsions dont il souffre depuis son enfance.

La Cour d’assises a finalement décidé d’acquitter Sébastien Pin pour cause démence, tout en insistant que son état mental nécessité une prise en charge psychiatrique.

ASB/BK

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