Sénégal : Karim Wade jugé à partir de jeudi

14ed5a04756ed1b46e7b17039c90e7d7Le fils de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, Karim, en détention préventive depuis quinze mois, va être jugé à partir de jeudi à Dakar pour “enrichissement illicite” du temps où il était conseiller, puis ministre de son père. “Karim est en très bonne forme” avant son procès, a déclaré à l’AFP un de ses avocats, Me El Hadj Amadou Sall, par ailleurs membre influent du Parti démocratique sénégalais (PDS), l’ancien parti au pouvoir toujours présidé par Abdoulaye Wade. Le PDS entend manifester à l’occasion de ce procès très attendu au Sénégal et qui devrait être placé sous haute protection policière.

 Le fils de l’ex-président qui a dirigé le Sénégal pendant douze ans, de 2000 à 2012, est accusé d’avoir illégalement acquis 178 millions d’euros par le biais de montages financiers complexes, une somme qui, selon l’accusation, se trouverait aujourd’hui dans des paradis fiscaux, dont Monaco et Singapour. Pour les avocats de Karim Wade, près de la moitié de cette somme correspond à un compte à Singapour dont il est d’ores et déjà prouvé qu’il n’appartient pas au fils de l’ex-président. Ils affirment que son patrimoine n’est que d’environ deux millions d’euros, une somme honnêtement gagnée pour l’essentiel quand il était trader en Europe avant de devenir conseiller, puis puissant ministre de son père.

 Ils ont été confortés dans leur conviction de l’innocence de leur client par la décision prise en juin par le parquet financier de Paris de classer sans suite une plainte de l’Etat du Sénégal contre Karim Wade pour recel de détournement de fonds publics, recel d’abus de biens sociaux et de corruption en France. Avant qu’Abdoulaye Wade ne soit largement battu au second tour de la présidentielle le 25 mars 2012 par l’actuel chef de l’Etat Macky Sall, Karim, âgé de 45 ans, cumulait les ministères de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie, ce qui lui valait alors d’être appelé “Ministre du ciel et de la terre”. Arrêté en avril 2013 à Dakar, il est resté depuis dans une cellule de la prison principale de la capitale sénégalaise en dépit de plusieurs demandes de remise en liberté de ses avocats, toutes rejetées.

 Le procès de Karim “est un procès de la honte destiné à éliminer un adversaire politique” avant la prochaine élection présidentielle théoriquement prévue en 2017, estime Me Sall. Lui et ses confrères sénégalais et français qui vont assurer sa défense parlent “de chasse aux sorcières” et de “procès politique” contre Karim: ils en veulent pour preuve son jugement par une cour spéciale, la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI). Cette cour, qui était en sommeil depuis des années, a été réactivée par le président Sall après son élection en 2012, afin de poursuive les responsables de l’ancien régime soupçonnés de malversations.

 Plusieurs organisations internationales et nationales de défense des droits de l’Homme ont regretté que “la lutte légitime contre la corruption soit menée par une juridiction ayant tous les attributs d’une juridiction d’exception violant les droits de la défense des personnes inculpées et ne garantissant pas le droit à un procès équitable”. Abdoulaye Wade, âgé de 87 ans, personnage charismatique coutumier des coups d’éclat et des déclarations fracassantes du temps de sa présidence, a effectué un retour théâtral le 26 avril à Dakar après près de deux ans d’absence, en grande partie pour y soutenir son fils, mais aussi pour reprendre en mains un PDS affaibli et miné par les divisions. Il a accusé son successeur Macky Sall d’avoir “utilisé l’idée de la traque des biens mal acquis pour combattre Karim, le faire condamner, le priver de ses droits civiques pour qu’il ne se présente pas” à la prochaine présidentielle.

Le Figaro

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