Sénégal : Karim Wade sort de son silence pour attaquer le président Macky Sall

A woman holds a picture of Karim Wade, former minister and son of former Senegalese president Abdoulaye Wade during a meeting of the opposition on February 4, 2015 at the Place de l'Obelisque in Dakar. AFP PHOTO / SEYLLOU / AFP PHOTO / SEYLLOU

Depuis le Qatar, le fils de l’ancien chef de l’Etat Abdoulaye Wade a été investi par son parti pour la présidentielle de 2019.

C’est loin de Dakar, depuis Doha, au Qatar, où il vit depuis qu’il a été gracié en 2016 par le président sénégalais Macky Sall, que Karim Wade est sorti de son silence, mercredi 22 août, pour se lancer, sans prendre de gants, dans la campagne pour la présidentielle de 2019.

Condamné en 2015 pour « enrichissement illicite », le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade a profité d’un message adressé aux croyants à l’occasion de la fête de la Tabaski pour attaquer violemment le chef de l’Etat sénégalais, qualifié de « beau parleur ignorant et incompétent ». Dans ce qu’il qualifie d’« ultime message », il promet au pouvoir « des lendemains électoraux difficiles, susceptibles de mettre en danger la stabilité du pays ».

L’horizon électoral de Karim Wade au Sénégal s’obscurcit

Le fils de l’ex-président sénégalais n’est pas autorisé à concourir pour la présidentielle de 2019. Son parti conteste ce rejet et en appelle à une manifestation le 13 juillet.

Le retour de Karim Wade au Sénégal comme sa candidature à la présidentielle, prévue en février 2019, semblent plus que jamais compromis. Lundi 2 juillet, le fils de l’ancien chef de l’Etat Abdoulaye Wade (2000-2012) a vu sa demande d’inscription sur les listes électorales rejetée par la Direction générale des élections. L’instance justifie sa décision par l’application d’un article du Code électoral soutenant qu’un individu condamné à une peine de prison de cinq ans ou plus ne peut devenir électeur. Ce qui éliminerait de facto Karim Wade, condamné en 2015 à six ans de prison et plus de 210 millions d’euros d’amendes par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI).

Sénégal : la révision du code électoral votée dans un climat de forte contestation

La nouvelle loi vise à imposer aux candidats à l’élection présidentielle un parrainage de 0,8 % du corps électoral. Le prochain scrutin est prévu en 2019.

Des nuages de gaz lacrymogène ont envahi les rues du centre-ville de Dakar jeudi 19 avril. Les cars antiémeute de la police ont patrouillé dans l’artère commerçante Lamine-Guèye, dispersant à coups de grenade tous les groupes de plus de cinq personnes.

Au Sénégal, une manifestation réprimée, l’ancien premier ministre Idrissa Seck interpellé

Les échauffourées se sont multipliées dans plusieurs villes du pays. A Dakar, les citoyens arborant des signes de l’opposition à proximité des quartiers Sandaga et Médina étaient systématiquement arrêtés par la police.

Il a suffi à un homme de brandir le drapeau du Sénégal pour être interpellé, à un autre de clamer « Nous disons non ! » pour être empoigné. Certains jets de grenade ont directement visé des groupes de journalistes blessant au moins deux d’entre eux. Des gestes qui ont choqué les médias locaux, peu habitués à subir un tel traitement.

Un homme blessé par une grenade lacrymogène est aidé par deux personnes dans les rues de Dakar près du marché Sandaga, le 19 avril.

Alors que le Sénégal est en proie à la colère de la rue, le président, Macky Sall, est à Paris où il doit rencontrer ce vendredi après-midi Emmanuel Macron. Difficile pour l’opposition de ne pas y voir une discrète façon d’échapper à un climat démocratique de plus en plus tendu.

Aujourd’hui, peu d’obstacles se présentent à la réélection de Macky Sall. La majorité de ses opposants politiques semblent écartés de la course. Karim Wade, fils de l’ancien président, est en exil au Qatar à la suite d’une condamnation en 2015 pour enrichissement illicite. Khalifa Sall, le maire socialiste de Dakar, a été condamné, le 30 mars, à cinq ans de prison ferme pour escroquerie sur fonds publics, et Barthélémy Dias, son bras droit, a, lui, été condamné, mardi, à six mois de prison ferme pour outrage à magistrat.

Des barricades dressées aux abords du marché Sandaga ont rapidement été démontées par les forces de l’ordre. Retournant pierres et pavés, des dizaines de manifestants ont allumé des incendies de pneus et de poubelles dans les rues fermées à la circulation. Répondant à un appel à protester de l’opposition, ils ont exigé que le pouvoir retire une révision constitutionnelle jugée « antidémocratique ».

Une loi adoptée à l’unanimité

A 500 mètres de ce spectacle chaotique, protégés par un périmètre de sécurité, les députés de l’Assemblée nationale ont adopté à l’unanimité, en début de soirée, une loi imposant aux candidats des futures présidentielles – la prochaine est fixée au 24 février 2019 – un parrainage de 0,8 % du corps électoral.

Pour se porter candidat, il faudra environ 52 000 signatures dans au moins la moitié des quatorze régions du pays. Face au refus de la majorité de poursuivre les débats avant le vote, l’opposition a quitté l’Assemblée nationale, permettant à la loi d’être acceptée par les 120 députés de la majorité sur 165 parlementaires que compte l’hémicycle.

Selon le pouvoir, ce texte permettra de faire « progresser la démocratie » en barrant aux candidats fantaisistes la course à la présidentielle. Une telle mesure permettra de réduire les frais liés à l’organisation du scrutin, comme les dépenses de campagne, tout en améliorant pour les citoyens la lisibilité des listes électorales. « Aucune démocratie n’organise une élection présidentielle sans filtrage. Quand on gouverne, on cherche à éviter ce qui bloque le système », a déclaré le ministre de la justice, Ismaïla Madjor Fall à la sortie de l’hémicycle.

Des manifestants brûlent des poubelles à Dakar pour exprimer leur désaccord envers la politique gouvernementale, le 19 avril 2018

Le gouvernement sénégalais craignait de voir une inflation de candidats aux élections dans un pays qui recensait, en 2016, 258 partis enregistrés. Un nombre important bien que relatif si l’on considère l’Afrique du Sud et ses 325 partis ou la République démocratique du Congo et ses 477 formations politiques. A titre de comparaison, en France, la Commission nationale des comptes de campagne en recensait, en 2015, 451 dont 338 actives.

Les autorités sénégalaises espèrent éviter la répétition de « l’erreur des législatives de juillet 2017 », où les citoyens avaient dû choisir entre quarante-sept listes. Selon le ministre de la justice, chacune avait coûté 382 millions de francs CFA (582 000 euros) au contribuable.

Objectif d’écrémage avoué

Dans les rangs de l’opposition, les députés sont nombreux à voir dans cette loi une tentative anticonstitutionnelle dont l’objectif d’écrémage avoué nuira à la diversité du paysage politique sénégalais.

D’autres y relèvent un dessein plus pernicieux : l’élimination des adversaires politiques du président Macky Sall. Selon Madické Niang, président du groupe parlementaire Liberté et démocratie, « cette loi remet en cause des principes intangibles qui aujourd’hui fondent l’exercice d’une démocratie mûre. On ne peut pas mettre sur un même pied d’égalité les partis politiques et les indépendants ».

Mercredi, un collectif de vingt-quatre associations de la société civile ainsi que l’association des imams et prédicateurs du Sénégal et l’archevêque de Dakar avaient appelé le président à préférer une solution consensuelle à ce projet de loi controversé.

Des policiers sénégalais tirent des grenades lacrymogènes sur des manifestants dans les rues de Dakar, le 19 avril.

Pourtant, au Sénégal, le système de parrainage n’est pas une nouveauté. Depuis 1963, la loi exigeait des candidats à une présidentielle d’être parrainé par un parti politique ou par dix députés. Ce nombre avait ensuite été réduit à cinq avant que la disposition ne soit retirée du code électoral. En 1991, une nouvelle loi obligeait les candidats indépendants à obtenir 10 000 signatures. Des dispositions que vient remplacer la loi votée aujourd’hui dans un climat de contestation émaillé de heurts violents.

Peu d’obstacles à la réélection de Macky Sall

A l’Assemblée d’abord, où la séance a dû être suspendue à la suite d’ une bagarre entre parlementaires. Puis dans la rue, où plusieurs opposants politiques ont été arrêtés par la police pour avoir contrevenu à l’interdiction de manifester.

Parmi eux, les anciens premiers ministres Idrissa Seck, aujourd’hui président du parti Rewmi, et Abdoul Mbaye, ancien premier ministre de Macky Sall entre 2012 et 2013, désormais président de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail. D’autres leaders de l’opposition ont subi le même sort. Ainsi, Malick Gakou, chef du Grand Parti ; Thierno Bocoum, président d’AGIR (Alliance générationnelle pour les intérêts de la République) ; Oumar Sarr, coordonnateur du Parti démocratique sénégalais ; et l’activiste Kilifeu, du mouvement citoyen Y en a marre, ont été arrêtés dans la matinée.

Au siège du Parti démocratique sénégalais (PDS), qui a convoqué mardi une conférence de presse pour défendre son candidat, l’heure est à la dénonciation d’une décision que chacun considère comme téléguidée par la présidence. S’appuyant sur un arrêt de la CREI, les responsables du parti soutiennent que Karim Wade jouit encore de tous ses droits civiques.

L’ancien « ministre du ciel et de la terre », comme le surnommaient ironiquement les Sénégalais lorsque, sous son père, il occupait la fonction de ministre des infrastructures, du transport aérien, de la coopération internationale et de l’aménagement du territoire, a repris brutalement la parole le 16 juin dans son message de Korité, à l’occasion de la fin du ramadan. Un texte long de trois pages aux allures de tract électoral dans lequel il s’attaque au président, rebondissant sur l’actualité, comme les retards de paiement des bourses étudiantes ayant conduit à la mort du jeune Fallou Sène ou une possible crise alimentaire au nord.

La CREI, qui avait ordonné la saisie de tous les biens de Karim Wade, s’est heurtée à la justice française quant aux deux appartements situés dans le 16e arrondissement de Paris et le compte bancaire qu’il détient en France. Le tribunal de grande instance de Paris avait refusé, le 26 septembre 2016 la demande de l’Etat sénégalais et la cour d’appel avait confirmé ce jugement le 14 mars 2018.

Mais cela ne change rien au cas de Karim Wade au Sénégal : le 25 mai, un huissier de justice s’est présenté au domicile dakarois d’Abdoulaye Wade, qui est également le dernier connu de son fils, afin d’y déposer un recours du procureur de la CREI. Ce commandement de payer la colossale amende est un rappel on ne peut plus clair. Si le présidentiable du PDS remet les pieds sur le territoire sénégalais sans s’être acquitté de cette dette, il ira droit en prison.

Une arlésienne

« Macky Sall a érigé le mensonge, la manipulation et le complot en mode de gouvernance », dénonce-t-il alors, invitant ses sympathisants à se tenir « prêts à [l]’accueillir très prochainement ». Ambition qu’il avait déjà concrétisée deux mois plus tôt en s’inscrivant le 16 avril sur les listes électorales depuis l’ambassade au Sénégal au Koweït. Elle a été déboutée lundi. Annoncé régulièrement par les cadres du PDS, le retour de Karim Wade est une arlésienne qui bute sur ses devoirs judiciaires. Car s’il a été gracié par le président Sall, il n’a pas été amnistié et doit toujours s’acquitter auprès de l’Etat sénégalais des 210 millions d’euros qu’il a été condamné à lui verser.

Peu loquace

« Il a été désigné par un congrès et est le seul candidat légitime du PDS. Nous n’avons pas d’autre plan », clame Madické Niang, actuel numéro deux du parti. « Si Karim Wade n’est pas candidat, Macky Sall ne le sera pas non plus. Ils nous ont déclaré la guerre, ils l’auront ! », surenchérit Me Amadou Sall, l’un des avocats de Karim Wade. Mais sur son plan d’action, le parti, qui a appelé à manifester le 13 juillet, reste vague. Il s’accroche à la possibilité de déposer un recours dans les quinze jours. « Nous allons recourir à tout ce qui est possible pour que l’élection ne se tienne pas sans notre candidat », lance Doudou Wade, l’un des cadres du PDS.

A sept mois de la présidentielle, virtuellement sans candidat, le parti est désormais dans un dilemme : persévérer avec la candidature du fils quitte à ne pas participer à l’élection présidentielle, ou préserver ses chances en changeant de candidat au risque de se mettre à dos « Gorgui », « le vieux », surnom d’Abdoulaye Wade. Dans cette atmosphère, la discrétion de Karim Wade n’aide pas. Ce dernier s’est montré peu loquace depuis la grâce présidentielle qui lui a permis de recouvrer la liberté à la moitié de sa peine et de s’envoler pour le Qatar, le 24 juin 2016. L’opposant a rompu ce silence pour la première fois, le 11 janvier 2018, à la mort du calife général des mourides, pour affirmer avoir été empêché de se rendre au chevet de ce dignitaire d’une très puissante confrérie religieuse car « expulsé » injustement de son pays et conduit à un « exil forcé » dans la péninsule Arabique.

Karim Wade a été investi par sa formation politique, le Parti démocratique sénégalais (PDS), pour la présidentielle de 2019. Une candidature virtuelle pour le moment. Outre son éloignement géographique, il ne remplit pas, à ce jour, les conditions pour se présenter. Une modification du Code électoral, en juin, oblige désormais les candidats à être préalablement inscrits sur les listes électorales. Or le ministère de l’intérieur a estimé que Karim Wade ne pouvait être inscrit suite à sa condamnation à six ans de prison ferme en 2015.

« Chaos économique, social et politique »

L’horizon électoral de Karim Wade au Sénégal s’obscurcit

Karim Wade a été investi par sa formation politique, le Parti démocratique sénégalais (PDS), pour la présidentielle de 2019. Une candidature virtuelle pour le moment. Outre son éloignement géographique, il ne remplit pas, à ce jour, les conditions pour se présenter. Une modification du Code électoral, en juin, oblige désormais les candidats à être préalablement inscrits sur les listes électorales. Or le ministère de l’intérieur a estimé que Karim Wade ne pouvait être inscrit suite à sa condamnation à six ans de prison ferme en 2015.

Dans sa lettre ouverte publiée sur Facebook, Karim Wade dénonce « le clan des juges aux ordres [du président] » et promet de rassembler « tous ceux qui refusent une justice aux ordres et les politiques budgétaires de l’incompétent Macky Sall, qui, tout en étant incapable de répondre aux besoins de base de son peuple (l’eau, l’électricité, la santé et l’éducation), trouve le moyen de creuser la dette et les déficits, conduisant ainsi inexorablement le Sénégal vers un chaos économique, un chaos social et un chaos politique ».

La popularité actuelle de Karim Wade, ministre honni par nombre de Sénégalais durant la présidence de son père (2000-2012), est difficilement mesurable, mais le PDS demeure une redoutable machine de guerre politique présente dans tout le pays. Le président sénégalais n’a d’ailleurs pas tardé à réagir aux attaques lancées de Doha. « Partir à l’étranger en dénonçant le président de la République, en ternissant l’image du pays, en pensant que cela va nous mettre hors de la voie empruntée, c’est une erreur », a déclaré Macky Sall en marge de la prière rituelle de la Tabaski, à laquelle il participait à la mosquée de l’Institut islamique de Dakar.

Menaces sur le pluralisme politique au Sénégal

Analyse. Divisée, affaiblie, l’opposition a du mal à se remettre de la mise hors jeu de ses deux principaux chefs de file, explique le correspondant du « Monde » à Dakar, Matteo Maillard.

Analyse. A neuf mois de la présidentielle sénégalaise, le libéral Macky Sall n’a jamais été aussi sûr d’être réélu. Six ans de règne lui auront suffi pour morceler une opposition qui l’accuse de démanteler l’une des démocraties les plus fortes d’Afrique de l’Ouest à coups d’arrestations de dirigeants politiques et de mesures anticonstitutionnelles. Des critiques auxquelles il oppose une confiance tranquille, promettant « une victoire dès le premier tour » au scrutin du 24 février 2019.

Son assurance frôle parfois l’arrogance, comme ce soir du jeudi 19 avril, où il a profité d’une visite de courtoisie en France auprès de son homologue Emmanuel Macron pour battre campagne et se féliciter devant ses soutiens de l’adoption d’une loi très contestée par l’Assemblée nationale. Le texte, qui introduit un système de parrainage, vise à freiner l’inflation de candidatures dans un pays qui recensait, en 2016, 272 formations politiques. La mesure, perçue comme discriminatoire par les petits partis et les candidats indépendants, a été adoptée à l’unanimité dans un hémicycle boycotté par l’opposition.

Tandis que M. Sall se félicitait de son bilan depuis Paris, à Dakar, les rues s’embrasaient dans la contestation. Manifestants, mobilisés contre une mesure jugée « antidémocratique », et policiers échangeaient pierres contre gaz lacrymogène. Alors que les principaux leaders de l’opposition réclamaient un « droit de marche » afin d’exprimer leur mécontentement, au moins quatre d’entre eux ont été arrêtés, dont Idrissa Seck, ancien premier ministre de 2002 à 2004 sous la présidence d’Abdoulaye Wade – M. Sall l’avait alors remplacé. Aujourd’hui président du parti Rewmi, il prépare la prochaine présidentielle, bien que candidat malheureux aux deux précédents scrutins.

lemonde.fr

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