Sénégalaise décapitée en France : L’histoire glaçante d’une mère qui a soutenu son fils jusqu’au matricide

police-franceVendredi 9 Septembre 2016. Nous sommes à la Place Charras, un petit espace fleuri de Courbevoie, à 5 minutes de marche de l’Arche de la Défense, le quartier d’affaire parisien. C’est ici, dans un bâtiment beige devant lequel se trouve l’arrêt de bus « Place Charras » que se situe l’appartement d’où, ce lundi 6 septembre, le jeune Jean-Claude D… a fait face à la police, la tête de sa mère entre les mains, les restes éparpillés dans l’appartement comme s’il s’adonnait à un rituel maléfique. Une terrifiante découverte, un meurtre abominable. ENQUETE sur un matricide extraordinaire que rien ne présageait…

«Une horreur indicible, indigne d’un être normal » disent en chœur fonctionnaires de police et témoins de la scène. Comme les policiers, les voisins, amis et parents de la famille sont, quatre jours après les faits, sous le choc de la violence. Et à défaut de trouver une explication cartésienne à l’inconcevable, on a préféré parler de démence du fils devenu meurtrier. De l’acte des Djins maléfiques qui accompagnent les rituels idolâtres de ses ancêtres sérères. De l’aliénation d’un fils unique à qui tout semblait réussir. Mais, derrière le vernis, se trouve la carcasse d’un enfant que la vie n’a jamais épargné.

Lorsque les policiers, alertés par les voisins, passaient le seuil de l’appartement familial des D…, le meurtre atroce de Pauline A… –53 ans- avait déjà été exécuté. Et cet acte barbare venait de mettre un point final à la longue et courageuse bataille de la mère pour offrir un meilleur avenir à son fils unique né il y a 25 ans de son union avec un Sénégalais. Ironie du sort, le couple va se séparer très tôt et le petit Jean-Claude se retrouvera seuls avec sa mère. En l’absence du père rentré définitivement au Sénégal, c’est son oncle, Yvans, qui essaiera de combler ce vide incommensurable. Elève brillant, Jean Claude D… avait toutes les chances de faire une belle carrière.

Une très bonne scolarité sanctionnée par de brillantes études de commerce. «Au début il voulait devenir avocat, mais il a fini par abandonner le Droit pour le Commerce» se rappelle un ami du meurtrier. «Et il était à fond dans ses études. Avec le diplôme obtenu on envisageait d’entrer dans la vie active, serein pour notre avenir.» Mais l’élan, de ce garçon taciturne qui a souffert de l’absence de la figure paternaliste, a été brisé net par un accident de la vie. «On était en 2014. Et avec ses amis, Jean Claude fêtait le départ, pour le Canada, d’un ami de la promotion de l’Ecole de Commerce», se souvient un copain de promo du meurtrier. On était en septembre, le 6 exactement.

Un pot d’adieu qui a mal tourné

« Ce soir là, des jeunes arabes étaient venus les chambrer alors qu’ils se trouvaient dans un appartement. Comme on ne voulait pas nous laisser faire, nous sommes descendus ensemble faire face aux intrus.» Se souvient ce camarade de promo. Quand les fêtards descendaient les escaliers pour relever le défi de l’offense, les intrus montaient au front. Et lorsque les deux groupes se sont retrouvés, sur un pallier de l’immeuble, la bataille a éclaté.

Dérangés par les bruits de la baston générale, les voisins ont appelé la police. Et, en partant de l’immeuble, les policiers emmèneront tout le monde au poste de police. «Comme ils se sont accusés mutuellement de violences volontaires, on les a tous embarqués et leur avons collés les délits de violences en réunion.» Se remémore un fonctionnaire ayant participé aux interpellations.

Déféré devant le parquet, le jeune diplômé a été laissé libre avec une convocation pour se présenter devant le tribunal correctionnel de Nanterre. Inquiète des conséquences que cela pourrait avoir sur la vie de son fils, Pauline a entrepris une demande d’aide auprès de sa famille. «Quelqu’un lui a recommandé Me Cheikh Tidiane Dabo, un avocat sénégalais du barreau de Strasbourg. Mais, comme il était trop pris et éloigné, ce dernier l’a mis en rapport avec Me Abdoulaye Tine, un autre avocat Sénégalais du barreau de Paris», se souvient une voisine sénégalaise de la maman.

Un garçon brillant à qui tout souriait

«Et lors de la première rencontre entre l’avocat, la mère et le fils, déclare cette voisine à Kewoulo, un déclic a été perçu chez Jean-Claude D… qui croit avoir décelé, en l’avocat, la figure paternaliste qui lui manquait.» D’ailleurs, dans un courriel adressé à l’avocat, Pauline écrivait ceci: «mon fils a été impressionné par vous, par votre prestation et par tout ce que vous faites, mais encore plus par votre parcours. Je pense que je ne l’ai jamais vu avoir autant d’admiration pour quelqu’un. Je suis tellement heureuse et reconnaissante à DIEU, qu’il ait croisé votre chemin.»

Défendu par l’avocat, Jean-Claude est sorti du tribunal avec une sanction légère: 2 mois de prison, avec sursis. «Mais, pour lui, c’était injuste, c’était inacceptable que la justice puisse le condamner alors qu’il n’était que victime», se souvient l’avocat. Dans son entendement, être condamné même à du sursis reviendrait à faire de lui un délinquant. Et cette tache sur son casier judiciaire, il n’en veut pas. «C’est là qu’ont réellement commencé ses problèmes psychiques. A force de refuser d’accepter ce fait bénin, il a sombré.» Se souvient un ami de la famille.

Traumatisé par son casier judiciaire

Ce sursis au dessus de sa tête a complètement pourri la vie du jeune homme au point que sa mère sente le besoin de retourner voir l’avocat. «Elle voulait coûte que coûte obtenir un casier vierge pour son fils», se remémore l’avocat abattu par la nouvelle que nous venions de lui annoncer. Entre deux soupirs, Me Abdoulaye Tine déclare: «Je suis effondré. Je n’en reviens pas. Pourtant, quand j’ai entendue cette nouvelle, j’ai automatiquement pensé à eux. Parce que des Sénégalais à Courbevoie, il n’y en a pas beaucoup. Mais, il ne m’est jamais venu à l’idée que ce soit eux. Tellement cette femme s’est battue pour son fils, une brave mère qui a tout fait pour la réussite de son fils qui, du reste, était très brillant.»

Avec l’une des rares voisines sénégalaises, Pauline avait partagé sa peine et déclaré savoir que «Jean Claude peut faire la demande du casier judiciaire au tribunal. Mais ce que nous ne savons pas, c’est ce qui sera mis sur le casier qu’on va lui délivrer.»

Cette peur du contenu du casier est devenue subitement oppressante lorsque, en janvier 2016, après plusieurs entretiens d’embauche, la candidature de Jean-Claude a retenu l’attention des recruteurs d’une boite parisienne. Au sortir de ces entretiens, il devait signer son premier contrat, le 11 janvier 2016. «Mais, comme une litanie, les employeurs lui ont exigé de présenter, parmi les documents, un casier judiciaire.» Se rappelle un proche de la famille.

Une mère seule, préoccupée par le sort de son fils unique

Sensible à la douleur de son fils -qui était obnubilé par le contenu de ce maudit casier judiciaire- Pauline a décidé de reprendre contact avec Me Abdoulaye Tine. Dans une correspondance que Kewoulo.com s’est procurée, elle écrivait: «mon fils est assez inquiet et il a souhaité que nous ayons vos conseils. Serait-il possible de nous contacter pour nous éclairer par rapport à ce casier judiciaire?» Une fois de plus, l’avocat a répondu présent à l’appel de détresse de cette mère dont le dévouement à son fils mérite tout le respect du monde.

Et à force d’arguments juridiques, Me Abdoulaye Tine a fini par obtenir l’effacement du casier judiciaire. Mais, le mal était déjà fait. Entre temps, Jean Claude a sombré dans la démence. Il était devenu plus casanier et taiseux. C’est démence qui l’a conduit a planté plus de deux coups de couteaux à sa mère. Comme si cela ne suffisait pas, il l’a éviscéré et dispersé ses restes dans tous les coins de l’appartement avant de faire face aux policiers qui n’ont réussi à le mobiliser qu’après lui avoir administré 5 décharges de pistolet à impulsion électrique. Neutralisé, Jean Claude D…, âgé de 25 ans, été conduit à l’hôpital Louis Mourier de Colombes, où il avait été pris en charge avant de subir un examen psychiatrique et des analyses toxicologiques.

Comme un testament adressé à cette humanité qui l’a laissé seule avec son enfant et qui s’apprête, aujourd’hui, à juger le meurtrier comme un démon, Pauline disait: «ce n’est pas un mauvais garçon, mais il a, au fond de lui, des blessures… Je serai toujours près de lui pour surmonter toutes les épreuves et ma famille aussi. Nous l’aiderons, comme nous l’avons toujours fait. Merci pour toute cette attention pour mon fils. Que DIEU vous bénisse.»

Babacar Touré
Avec Kewoulo

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