Syrie : «Les grandes batailles sont terminées»

Ce n’est pas encore l’après-guerre en Syrie. 60 000 combattants de toutes les factions de la rébellion et du jihadisme – souvent antagonistes – dont 30 000 d’Hayat Tahrir al-Sham, la nouvelle mouvance d’al-Qaïda au Levant, restent cernés dans la poche d’Idleb par l’armée syrienne et ses alliés. Mais samedi, à Istanbul, la Turquie et la Russie, soutiens clés de chaque partie, ainsi que la France et l’Allemagne ont «insisté sur l’importance d’un cessez-le-feu durable tout en soulignant la nécessité de poursuivre la lutte contre le terrorisme»… Pour un rappel à tous qu’il n’y aurait d’issue réaliste qu’une solution négociée pour cette «zone de désescalade» de 2,5 millions de civils, pour moitié transférés des anciens bastions rebelles.

Ce n’est pas encore l’après-guerre, donc, en Syrie… Mais à Damas, Lattaquié ou Sweida, cela y ressemble déjà. Inflexible besoin de voir la vie reprendre le dessus après l’hécatombe : dans la capitale comme en pays alaouite, au nord, ou druze, au sud, les restaurants pleins et les vitrines éclatantes de Made in China racontent un quotidien qui redémarre, ainsi qu’une soif de plaisirs rétablis dans leurs droits nocturnes.

Daech également acculé à l’est, «les grandes batailles sont terminées», assure ainsi à Damas un proche du pouvoir. Principe de réalité : le régime et ses alliés tiennent l’essentiel de la Syrie économiquement utile. Les pragmatiques parlent avec eux en coulisses et samedi, l’inédite réunion quadripartite Erdogan, Poutine, Macron, Merkel a rouvert la porte au projet de Comité censé élaborer une nouvelle Constitution en vue d’élections libres, tout en en soulignant, côté russe, l’unité et la souveraineté du pays. Une façon d’indiquer courtoisement à Damas et Téhéran, vent debout contre, qu’il y avait sans doute là une voie, assortie d’une garantie de Moscou se réservant «le droit d’aider le gouvernement syrien à éliminer toute menace terroriste à Idleb en cas d’attaques menées par les radicaux».

Quant à la question des droits de l’Homme ? En pleine affaire Khashoggi et face à la tragédie humanitaire au Yémen, «mieux vaut Bachar al-Assad que la charia et la «démocratie» saoudienne», résument, cinglants, la Syrienne ou le Syrien de la rue, désormais. Ce qui, de leur part, ne revient pas forcément à défendre ou absoudre le président et son régime mais à se revendiquer d’abord «Syriens» donc «laïques» avant d’être sunnite, chiite, alaouite, ismaëlite, druze ou chrétien et à refuser tout découpage confessionnel de la région qui serait imposé de l’extérieur. Une perspective de «libanisation» contre laquelle, pour eux, «Bachar» rime avec «rempart». De fait, avant de conclure que «la paix menace», la prudence s’impose encore, en Syrie.

Mikado du désastre

Entre 300 000 et 350 000 morts depuis bientôt huit ans, 6 millions de déplacés et 4,5 millions de réfugiés à l’étranger pour un devis de reconstruction chiffré à 400 milliards de dollars qui aiguise bien des appétits… «Il faudra du temps, et l’oubli n’est pas le pardon», prévient ce père ayant perdu un fils au combat.

Et quand on compte le nombre de fronts, outre Idleb… Revendications kurdes, au nord-est -sur lesquelles Damas est prête à négocier mais pas Ankara- assortie de l’occupation américaine des gisements pétroliers que les Syriens entendent bien récupérer, sans oublier la blessure du Golan, grenier à eau du sud, face à Israël, désormais objectivement allié de l’Arabie saoudite, elle-même fâchée avec le Qatar… mais venue elle aussi en Syrie jouer sa guerre par procuration contre l’Iran et l’axe dit «chiite» descendant jusqu’à Beyrouth… chacun voulant tirer son épingle du jeu, le mikado du désastre syrien a encore du potentiel d’effondrement.

Chaos que Gilles Kepel décode aujourd’hui à l’échelle du Moyen-Orient en éclairant les choix décisifs à venir (lire ci-dessous). Et le contexte dans lequel nous avons accompagné durant une semaine à Damas, Lattaquié et Sweida des médecins français et franco-syriens qui, d’abord préoccupés par le sort des populations civiles, demandent la levée d’un embargo ne faisant qu’empirer la situation des plus fragiles, les femmes toujours les premières. (lire page 3).

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