SYSTEME DE PARRAINAGE : De la pagaille à la surenchère

Avec plus de 80 candidats déclarés, la prochaine présidentielle est partie pour s’inscrire dans les annales de l’histoire politique du Sénégal. Seulement, si cette ruée vers le palais de la République justifie l’introduction du système de parrainage, le régime de Macky Sall, qui a grandement participé à la mise en place de ce bataillon de candidats, va devoir faire face à une surenchère des recalés à l’issue de la collecte des signatures.
Les détracteurs du système de parrainage se sont finalement résolus à se lancer dans la collecte des au moins 52 000 signatures. Avec une liste de quatre-vingt-sept candidatures déclarées à la prochaine présidentielle, dénigrer ledit système était devenu suranné. Il fallait bien une pagaille bien entretenue en amont avec les législatives et en aval avec la présente campagne, pour justifier cette réforme introduite, contre vents et marées, par le président Sall. « 81 candidats, il est évident que cela n’est pas possible. Et ce que nous avons vu aujourd’hui confirme la nécessité d’instaurer le parrainage », a observé Aminata Touré. Même son de cloche pour les autres tenants du pouvoir qui, pour certains, n’hésitent pas à louer la « vision » de Macky Sall qui, selon eux, a vu les choses venir.
Seulement, pour de nombreux observateurs, Macky Sall est un visionnaire du dimanche qui manœuvre pour mieux passer entre les mailles du filet. En effet, ceux-ci, le régime n’est pas étranger à cette floraison de candidatures. « Allez chercher. Mais dans le jeu politique, il y a de ces stratégies extrêmement louches. Je donne ma langue au chat. Je n’en suis pas sûr, mais est-ce que même certains de ces candidats ne sont pas parrainés par le pouvoir central peut-être pour fausser le jeu ? Ce qui est certain c’est que ça fera désordre. Même si ce désordre avait servi de prétexte pour légitimer le parrainage qui éviterait le désordre, nous en sommes aujourd’hui à 87 candidats à la candidature », a analysé Abdou Khadre Sanokho, docteur en sociologie diplômé en sciences politiques. Une observation qui tient toute son importance au regard de la foule de candidats déclarés qui sont allés récupérer les fiches de parrainage sans avoir indiqué leurs véritables motivations. Mouhamed Tété Diedhiou, Saliou Fall, Amadou Seck, Ousmane Niébé Ndoye, Omar Waly Zoumarou, Ibrahima Silla, Mouhamadou Moctar Dourang, Cheikh Bassirou Sarr, Déthié Ndiaye, El hadji Mansour Mboup, Ibrahima Thiam, Gamou Boye, Yassine Fall… La liste des aventuriers est loin d’être exhaustive. Des candidats déclarés qui, pour certains, sont inconnus dans leur propre quartier et dont la déclaration de candidature n’obéit qu’à la volonté de conforter le régime du président Sall qui s’est déjà illustré dans ce sens.

En effet, avec 47 listes aux dernières élections législatives, le régime de Macky Sall avait trouvé suffisamment d’arguments pour expliquer l’introduction du très controversé système de parrainage. Pourtant, à l’issue du scrutin, beaucoup de candidat malheureux ont montré qu’ils n’étaient là que pour servir de décor. « Après une défaite, Serigne Mbacké Ndiaye, qui n’a pas été élu député alors qu’il avait une liste, dit : ‘je suis content mes amis ont gagné‘, mais ça c’est ridicule. Dans quel pays sommes-nous ? Vous allez à des élections, vous perdez et vous exprimez votre satisfaction. Mais pourquoi vous n’étiez pas sur leur liste ? », avait martelé Me El Hadji Diouf, après les élections législatives. Pour le leader du Parti des travailleurs et du peuple (PTP), qui cite également l’exemple de la liste de Farba Senghor, c’est Macky SALL qui a tout fait pour qu’il y ait 47 listes aux législatives pour mieux imposer le parrainage à la présidentielle.
En favorisant les candidats fantaisistes, Macky Sall justifie le parrainage mais ouvre en même temps une autre brèche : la montée des enchères. En effet, sur les 87 candidats déclarés, moins de trente parviendront à récolter les au moins 52 000 signatures. Et pour ces recalés, qui ont été incités à aller récupérer les fiches de parrainage, le rapprochement avec le camp du pouvoir pourrait se faire à la mesure des signatures recueillies.

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