TOUBA MOSQUEE – 20 468 pour la liste du khalife contre 18 813 : Le bulletin blanc fait tache

TOUBA-FOULEUne curiosité borde les élections municipales de Touba. Dans les annales électorales de la cité religieuse, jamais un tel résultat n’avait été enregistré. Les chiffres sont diserts. Sur 217 447 inscrits dans la Commune de Touba Mosquée, 40 565 ont effectivement votés. Le nombre de bulletins nuls enregistrés est de 1151 alors que les bulletins blancs culminent à 18 813. Un record !

La curiosité est davantage exacerbée quand on convoque à titre comparatif, les résultats du scrutin de 2009. Lors de ces élections, seuls 550 bulletins blancs avaient été dénombrés. Ils représentaient 1% des suffrages exprimés. L’évidence est là, têtue et tenace : le bulletin blanc de Touba fait tache. A la base, le bulletin blanc, expression d’un vote blanc consiste dans le fait de ne voter pour aucun candidat. Ce type de vote est révélateur d’une volonté de se démarquer du choix proposé par l’élection.

Dans un pays démocratique, cela se conçoit aisément. Et il relève de l’évidence qu’une ville comme Touba, totalement ancrée dans les mécanismes démocratiques de désignation des détenteurs du pouvoir, ne peut méconnaître ce principe du vote blanc. Dès lors, la tentative d’explication assise sur une prétendue ignorance des populations de Touba du bulletin blanc est trop tirée par les cheveux. L’argument est risible, à la limite même irrévérencieux à l’égard de la grande cité religieuse. Il est inconcevable que plus de 18 000 personnes se méprennent toutes à la fois sur le sens et la portée d’un vote blanc. Les raisons profondes de cet engouement subit pour le vote blanc sont à chercher ailleurs. 

«Le bulletin blanc représente la liste du Khalife»
Il y a cinq ans, la liste de Touba n’a quasiment pas fait l’objet de contestation. Elle avait la même vigueur et la même légitimité que le Ndiguel (consigne du Khalife général). Mais le contexte politique pré-électoral à Touba a été émaillé de tensions vives dont les incidences n’ont pas manqué de répercussion sur la météo des municipales. L’affaire Moustapha Cissé Lô est venue corser les choses. Plusieurs voix autorisées croient savoir que «son arrogance» a sérieusement plombé la liste dite du Khalife. Ces personnes affirment que la liste regorgeait de personnes à la «légitimité douteuse». Certaines personnalités investies étaient même totalement inactives sur le plan politique. Les investitures ont été un moment crucial dans ces élections. La double présence de Abdoul Lahat Kâ, à la fois sur la liste majoritaire et la liste départementale a eu son incidence non négligeable. 
Tout ce schéma d’ensemble est établi sur un fond de rivalité virulente et de règlement de comptes avec Abdou Lahat Seck Sadaga, meilleur ennemi politique de Moustapha Cissé Lô. Un autre fait marquant a également été notable. Plusieurs députés de Touba ont été écartés de la liste. Les populations de Touba n’ont pas manqué de s’interroger sur l’absence remarquée de ces dépositaires de la confiance populaire. Le sentiment le mieux partagé à Touba était que la liste proposée in fine, n’avait rien de consensuel. Finalement, la liste dite du Khalife ne l’est que de nom. Le nombre de bulletins blancs (18 813) flirte presque avec le nombre de votants pour la liste Benno bokk yaakaar (20 468). Pis encore, des sources concordantes croient savoir qu’à la veille des élections, des personnes circulant à Touba, à bord de plusieurs cars, propageaient un curieux message : «Le bulletin blanc représente la liste du Khalife !» La question est inévitable : doit-on continuer à avoir une seule liste à Touba ? 

  • Écrit par  Arona BASSE

abasse@lequotidien.sn

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