Trois questions à Sory Kaba, administrateur du Faise : « Macky Sall a besoin de moins de pesanteurs politiques »

Kaba, administrateur du Faise
Kaba, administrateur du Faise
Kaba, administrateur du Faise

Elu avec 65% des suffrages, le président Macky Sall cristallise les espoirs des Sénégalais surtout qu’il est arrivé dans un contexte où les signaux au plan économiques sont au rouge. Chose qui explique qu’il soit très attendu sur le redressement économique qui ne peut se faire sans la gestion « vertueuse » du bien public.

Dans cette interview, Sory Kaba, Administrateur général du Fonds d’appui à l’investissement des Sénégalais de l’extérieur (FAISE), compare la mission de Macky Sall avec celle de ses prédécesseurs. Prenant la pleine mesure des urgences, ce cadre républicain au service des Sénégalais de l’extérieur lance un cri du cœur pour inviter les responsables politiques à s’accorder autour de l’essentiel au nom de servir la république qui doit être placée au-dessus des contingences partisanes.

Direct Info : Comparé à ses prédécesseurs, n’avez-vous pas  comme l’impression que Macky Sall est un président très attendu sur les questions urgentes d’ordre social et économique ?

Sory KABA : Macky Sall et ses prédécesseurs, ils ont de commun d’avoir été présidents de la République du Sénégal, de profils et parcours différents. Chacun ayant marqué à sa manière le peuple. Senghor a réussi à offrir une visibilité au Sénégal dans la sphère internationale, avec une tare, un manquement lié au déficit de démocratie intégrale car nous vivions à l’époque des quatre courants : socialisme, marxisme léniniste, conservateur et libéralisme. Le président Abdou Diouf a réussi à approfondir la démocratie sénégalaise à travers sa fameuse déclaration : « diaka diangui, koumouna nod nodal.» D’où la démocratie intégrale ou le multipartisme intégral.

Et dans ce sillage, on a vécu avec lui la pratique des gouvernements de majorité élargie. Ce qui nous posait une instabilité démocratique à chaque fois que le Parti démocratique sénégalais (PDS) quittait le gouvernement à la veille des élections. Pendant cette même période, au plan économique, nous avons vécu et subi les politiques d’ajustement structurel qui ont eu comme conséquences un secteur informel qui est devenu le réceptacle naturel de la jeunesse sénégalaise. Abdoulaye Wade a eu la chance, avec les mesures d’austérité que le peuple a subies, d’hériter d’un Etat debout avec des finances publiques assainies. Mais malheureusement, 12 ans plus tard l’émergence de notre économie tant rêvée est tombée à l’eau.

La gestion vertueuse du pays qui est à l’origine de la traque des biens supposés mal acquis n’est-elle pas, selon vous, un obstacle à l’envol économique dont on fait part actuellement?

On ne peut pas développer aujourd’hui notre pays sans la restauration des valeurs liées au civisme, au culte du travail, à la bonne gouvernance, à la justice sociale, etc.. Et c’est sur ces fondements que les chantiers de redressement du pays sont assis. Ces redressements nous ont valu aujourd’hui un reprofilage de la dette du Sénégal. Le déficit public de l’Etat est passé de 8,5% en 2012 à 5,8% aujourd’hui. Cela veut dire que la dette intérieure du Sénégal représentait 300 milliards multipliés par 8,5%.

Et malgré cette situation, le monde rural a reçu en 2012, 42 milliards pour l’achat d’intrants et de semences, 24 milliards pour les vivres de soudure pour éviter la famine dans le monde rural, 3,2 milliards pour le cheptel.

Toujours dans la voie du redressement, une rationalisation des ressources publiques a entrainé la suppression de 54 directions, agences et structures assimilées.

Sur la question de l’emploi, un fort lien est trouvé entre l’agriculture avec le programme national d’investissement agricole et la spécialisation professionnelle des jeunes. C’est à ce niveau que l’engagement électoral de créer 350 mille emplois sera respecté.  Il s’y ajoute que le Sénégal, par manque de vision, n’a jamais dans le passé financé son développement. Aujourd’hui, le FONGIP, le FONSIS et la BNDE sont des mécanismes de financement du développement qui permettront au secteur privé de répondre à la forte demande d’emplois des jeunes car c’est le secteur privé qui doit répondre à la forte demande d’emploi.

Dès lors que l’Etat a réuni les conditions pour lui. C’est l’occasion de féliciter le Président de la République et son gouvernement du renoncement de 29 milliards de ses recettes représentant l’impôt sur les revenus redistribués aux fonctionnaires.

Il y a aussi que la polémique récente entretenue par les différents responsables de l’APR est de nature à plomber l’efficacité du chef de l’Etat en matière de mise en œuvre du programme « yonu Yokuté ».

L’opinion est, de notre condition d’existence politique, qu’il va falloir convaincre de la claire vision et des ambitions nobles que le Président de la République a pour le pays. Un parti au pouvoir doit défendre les hommes qui sont au pouvoir et non les affaiblir. Aujourd’hui l’APR est son propre adversaire politique car l’opposition n’existe pas réellement au Sénégal. Il faut que les responsables de l’APR arrêtent leur guerre de positionnement.

Le pays a besoin d’un Président de la République avec moins de pesanteurs politiques comme les urgences en appellent. Le citoyen sénégalais est devenu plus exigent, ce qui est la marque d’une forme de démocratie délibérative. Le peuple a envie de participer directement à la gestion de la chose publique et non être représenté. Il urge, pour les différents responsables de l’APR, de comprendre ce changement de paradigme.

Réalisé par 
Bakary NDIAYE 

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