Turquie : des milliers de militaires, policiers et juges arrêtés ou limogés

police turquie<<Le ménage continu» avait lancé le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag, dimanche matin. Ce lundi, 9000 fonctionnaires du ministère de l’Intérieur turc, ont été limogés après la tentative de coup d’Etat manquée selon l’agence de presse pro-gouvernementale Anadolu. Près de 4500 policiers et 614 gendarmes figurent parmi les fonctionnaires écartés.

Dans l’armée la purge continue également. 103 généraux et amiraux turcs ont été placés en garde à vue. Ils sont soupçonnés d’avoir pris part au putsch raté qui a fait 290 victimes dont 100 putschistesL’élimination du «virus factieux» promis par le président turc Recep Tayyip Erdogan a aussi donné lieu à une descente des unités de la police antiterroriste à la prestigieuse académie de l’armée de l’air d’Istanbul. A ce jour, 6000 militaires ont été placés en garde à vue.

Les arrestations concernent également la justice. 3000 mandats d’arrêt ont été délivrés à l’encontre de juges et de procureurs soupçonné d’être proches du prédicateur Fethullah Gülen, un ex-allié du président Erdogan qui l’accuse d’être l’instigateur du putsch.

Un possible retour de la peine de mort

Dimanche soir, le président avait évoqué un possible rétablissement de la peine capitale en Turquie. «En tant que gouvernement et en tant qu’Etat, nous connaissons et entendons cette demande qui est la vôtre. Nous ne pouvons pas ignorer votre demande», a répondu le chef de l’Etat à des sympathisants qui réclamaient l’exécution des putschistes.

Le Premier ministre turc Binali Yildirim a expliqué lundi qu’un éventuel rétablissement de la peine capitale nécessitait un débat au Parlement. «C’est un sujet qui doit être pensé en détail, débattu au Parlement, qui nécessite un changement de la Constitution», a déclaré le chef du gouvernement turc, ajoutant qu’«il n’est pas bon de prendre une décision avec précipitation (…) mais (que) la demande du peuple ne peut être ignorée».

Berlin a d’ores et déjà averti la Turquie sur une telle décision. «L’introduction de la peine de mort en Turquie signifierait en conséquence (pour Ankara) la fin des négociations d’adhésion à l’Union européenne» à prévenu le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert.

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La communauté internationale émet des inquiétudes

Dans un premier temps, la communauté internationales avaient salué l’échec du putsch et le maintien de Recep Tayip Erdogan au pouvoir. Ce lundi, face à la chasse au mutin que le gouvernement qualifie désormais officiellement de «terroriste», de nombreuses voix mettent en garde la Turquie

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini ont mis en garde la Turquie contre la tentation d’une répression généralisée. «Nous disons aujourd’hui que l’Etat de droit doit être protégé pour le bien de la Turquie», a affirmé la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères.

Une base aérienne de l’OTAN perquisitionnée

 

Des procureurs et des policiers ont lancé une perquisition lundi sur la base aérienne d’Incirlik (sud de la Turquie), utilisée par la coalition antijihadiste menée par les Etats-Unis.

 

Cette base, essentielle dans le dispositif de lutte contre Daech, avait été fermée une journée samedi, après la tentative de coup d’Etat avortée.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a également prévenu: «Nous devons être vigilants pour que les autorités turques ne mettent pas en place un système politique qui se détourne de la démocratie». Le coup d’Etat raté en Turquie n’est pas un «chèque en blanc» au président Erdogan pour faire des «purges», a-t-il estimé.

Washington s’inquiète également des récents événements turcs. Barack Obama avait déjà exhorté toutes les parties en Turquie à «agir dans le respect de l’Etat de droit» samedi. Face aux nouvelles vagues d’arrestations, John Kerry a appelé «le gouvernement de Turquie à maintenir le calme et la stabilité dans le pays, et à  «respecter les institutions démocratiques de la nation et l’Etat de droit».

Les parlementaires allemands ont également critiqué les récentes arrestations. «Quand des milliers de juges et de procureurs, qui n’ont manifestement rien à voir avec le putsch, sont destitués, c’est une attaque contre l’Etat de droit», a jugé Thomas Oppermann, chef des députés SPD au Bundestag.

  Leparisien.fr avec AFP

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