Turquie : malgré les pressions de l'UE, Erdogan envisage le retour de la peine de mort

ERDOGANLe président turc Recep Tayyip Erdogan a réitéré qu’il n’écartait pas le rétablissement de la peine de mort dans son pays après le coup d’Etat manqué à la veille du week-end, dans un entretien diffusé ce lundi sur la chaine américaine CNN.

Interrogé sur l’éventualité d’un rétablissement de la peine de mort pour les auteurs présumés du coup de force, Recep Tayyip Erdogan a déclaré : «Il y a un délit évident de traîtrise». «Mais évidemment, il faudra une décision parlementaire pour que cela prenne effet sous forme d’une mesure constitutionnelle», a-t-il ajouté. «Les dirigeants devront donc se réunir et en discuter. S’ils acceptent d’en débattre, en tant que président, j’approuverai toute décision qui sera prise au Parlement», a-t-il dit.

Ankara avait aboli la peine de mort en 2004 dans le cadre de sa candidature à l’Union européenne.

Une Union européenne qui a réitéré hier ses pressions pour empêcher le rétablissement de la peine capitale. Angela Merkel a ainsi téléphoné ce lundi au président turc pour lui signifier qu’une telle mesure n’était «en aucun cas compatible avec une adhésion à l’UE».

 Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, a aussi averti la Turquie : «Aucun pays ne peut adhérer à l’UE s’il introduit la peine de mort».

Interdit par le Conseil de l’Europe

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a affirmé que les Européens «feront tout pour que la peine de mort ne soit pas rétablie». «La Turquie a pris des engagements, elle est signataire de la Convention européenne des droits de l’Homme, elle est membre du Conseil de l’Europe», a rappelé Jean-Marc Ayrault à Bruxelles.

«Aucun Etat membre» du Conseil de l’Europe «ne peut exercer la peine de mort», a d’ailleurs souligné le secrétaire général de cette organisation,Thorbjørn Jagland.

Le pouvoir turc a intensifié ce lundi les purges après le putsch raté commis dans la nuit de vendredi à samedi. Plus de 7500 personnes, y compris de hauts gradés de l’armée, ont été placées en détention et près de 9000 policiers, gendarmes et fonctionnaires ont été limogés.

Gülen n’a pas peur d’être extradé

L’opposant au régime du président turc Recep Tayyip Erdogan, Fethullah Gülen, a assuré lundi depuis sa propriété de Saylorsburg en Pennsylvanie, dans le nord-est des Etats-Unis où il est installé depuis 1999,n’avoir «pas d’inquiétude» quant à son éventuelle extradition, réclamée par les autorités turques qui le considèrent responsable du coup d’Etat manqué de vendredi. Fethullah Gülen a rappelé que le gouvernement avait déjà tenté, en vain, d’obtenir son extradition après l’éclatement du scandale de corruption qui avait secoué la Turquie en 2013 et entraîné la démission de trois ministres.

Les Etats-Unis «sont un Etat de droit», a expliqué l’ancien imam de 75 ans, visiblement très fatigué, lui qui souffre de complications cardio-vasculaires et de diabète. «Le droit est au-dessus de tout ici. Je ne crois pas que ce gouvernement va prêter attention à quelque chose qui n’est pas fondé en droit», a-t-il martelé. Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a indiqué lundi qu’une extradition de Fethullah Gülen n’était pas envisageable en l’absence de preuves et qu’il appartenait aux autorités turques d’en fournir.

 

  Leparisien.fr avec AFP

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