Un livre expose les relations entre Sarkozy et la Libye de Kadhafi

ENQUETE Deux journalistes de Mediapart retracent six ans d’enquête sur le financement présumé de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007 par la Libye…Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi en décembre 2007. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Nicolas Sarkozy conteste formellement le fait que sa campagne présidentielle de 2007 ait été financée par le colonel libyen Mouammar Kadhafi. Pourtant, dans un ouvrage baptisé Avec les compliments du guide, les journalistes de Mediapart Fabrice Arfi et Karl Laske, dévoilent six années d’enquête étayée par des documents judiciaires et des entretiens avec différents protagonistes de l’affaire.

Les deux journalistes donnent ainsi à voir un tableau dont les différents morceaux avaient été révélés au fil des semaines notamment sur le site de Mediapart alors que le possible financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par la Libye fait toujours l’objet d’une enquête judiciaire.

Un tableau qui prend forme

Les deux journalistes exposent les pièces du puzzle les unes après les autres. En premier lieu l’audition devant la Cour pénale internationale d’Abdallah Senoussi, l’ex-chef du renseignement militaire libyen, qui a déclaré avoir supervisé le transfert de cinq millions d’euros. Dans les carnets de l’ex-premier ministre Choukri Ghanem, dont le corps a été retrouvé dans le Danube en 2012, figurent les sommes d’argent à répartir. Une note des services secrets libyens fait elle, état d’une promesse de 50 millions d’euros, faite à Nicolas Sarkozy. Authentifiée par la justice, cette note ne dit pas si la somme a bel et bien été versée.

 Takieddine affirme avoir remis cinq millions d’euros à Sarkozy et Guéant

VIDEO. Campagne présidentielle de 2007: Takieddine affirme avoir remis cinq millions d’euros à Sarkozy et Guéant

POLITIQUE Ces valises contenaient, d’après-lui, chacune entre 1,5 million et deux millions d’euros en liasses de billets de 200 et de 500 euros. Claude Guéant va porter plainte et Sarkozy dément…

Il en rajoute une couche. L’homme d’affaires Ziad Takieddine, qui avait déjà accusé Nicolas Sarkozy d’avoir perçu des fonds libyens lors de la campagne présidentielle de 2007, a affirmé à Mediapart avoir remis à l’ex-président et à son camp cinq millions d’euros en espèces provenant du régime Kadhafi.

Entre novembre 2006 et début 2007, «j’ai transporté (…) un total de 5 millions d’euros» dans des valises lors de trois voyages, a assuré l’homme d’affaires franco-libanais dans un entretien filmé le 12 novembre et diffusé mardi par Mediapart.

Ces valises, qui d’après lui contenaient chacune entre 1,5 million et deux millions d’euros en liasses de billets de 200 et de 500 euros, ont été pour les deux premières déposées directement dans le bureau de Claude Guéant, alors directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, assure Ziad Takieddine.  «Je n’ai jamais reçu d’espèces du gouvernement libyen, non plus de quiconque d’autre du reste. Je n’en ai pas davantage vu passer. Le prétendre est mensonger et diffamatoire», a répondu Claude Guéant auprès de Mediapart. Selon BFM TV, Claude Guéant a annoncé son intention de porter plainte après les affirmations de Ziad Takieddine. «Nicolas Sarkozy oppose un démenti formel à ces nouvelles allégations», a de son côté déclaré, selon l’agence Reuters, Me Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy. «Des poursuites judiciaires seront donc engagées en réponse à cette manipulation grossière».

Pour le troisième voyage, Ziad Takieddine dernier affirme avoir effectué la remise, toujours place Beauvau, mais «directement en haut» dans un appartement où se trouvait Nicolas Sarkozy avec qui il dit avoir évoqué le dossier des infirmières bulgares alors emprisonnées en Libye.

Les valises remises à Tripoli?

Les valises d’argent lui auraient été remises à Tripoli par l’ancien chef des services secrets libyens, Abdallah Senoussi. Interrogé dans une prison libyenne, en septembre 2012, dans le cadre de poursuites de la Cour pénale internationale, Abdallah Senoussi a affirmé avoir «personnellement supervisé» le transfert de cinq millions d’euros à la campagne en «2006-2007».

Ce n’est pas la première fois que Ziad Takieddine lance des accusations sur un éventuel financement libyen, mais il n’avait jamais indiqué, lors de ces auditions devant les enquêteurs, avoir lui-même transporté de l’argent.

Entendu le 9 mai 2012 par le juge Renaud Van Ruymbeke dans le volet financier de l’affaire Karachi, un dossier dans lequel il est mis en examen, il avait estimé que «les informations révélées par la presse au sujet du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007» étaient «tout à fait crédibles», selon des éléments dont l’AFP a eu connaissance.

Un versement de 50 millions d’euros?

Mediapart avait publié, entre les deux tours de la présidentielle de 2012, une note accréditant un versement d’environ 50 millions d’euros, signée de l’ex-chef des renseignements Moussa Koussa. Un faux grossier, accuse Nicolas Sarkozy, dont la plainte s’est soldée par un non-lieu.

 Un carnet recense le financement libyen de Sarkozy en 2007

Après trois ans d’investigations, les juges d’instruction du pôle financier de Paris disposent notamment de plusieurs témoignages d’ex-hauts responsables du régime libyen qui accréditent la thèse d’un financement occulte, mais aucune preuve ne vient confirmer ces accusations.

Les journalistes démontrent également que la France a chargé de ses relations diplomatiques et économiques le Libanais Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri. Le premier doit être jugé dans le volet financier de l’affaire Karachi. Il est mis en examen dans le dossier libyen après avoir affirmé qu’il a lui-même convoyé cinq millions d’euros destinés à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Le second, par peur d’être arrêté, serait actuellement en Algérie, selon les auteurs du livre.

Les auteurs indiquent aussi que l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Boris Boillon, a été contrôlé gare du Nord, en 2013, avec 350.000 euros et 40.000 dollars. Par ailleurs, ils rappellent que Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Elysée, à du mal à expliquer le demi-million d’euros qu’il aurait perçu par l’intermédiaire de circuits panaméens.

20minutes.fr

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