Un regard sexiste sur l’ambition politique des femmes : de Zénobie, la Reine de Palmyre à Hilary Rodham Clinton ?

awa-bocar-lyUn regard sexiste sur l’ambition politique des femmes : de Zénobie, la Reine de Palmyre à Hilary Rodham Clinton ?

Quand une femme a de grandes ambitions politiques ou qu’elle persévère pour accéder à de hautes fonctions politiques, on dit toujours que c’est une ambitieuse. Par contre, si un homme a ces mêmes tendances, il n’est pas affublé de cette épithète.

Cette conception ne semble pas se démentir au fil des siècles. Du moins, c’est ce que j’ai découvert en préparant ma conférence sur Zénobie à présenter au Salon de la Culture du Festival du Monde Arabe de Montréal, le 06 novembre 2016. Du nom de Septima Bathzabbai, elle a vécu au IIIe siècle dans la cité de Palmyre en Syrie. Son fils, Wahballat succède à son mari, Odeinath, le “Roi des rois” de la Cité de Palmyre assassiné en 267. Régente du jeune roi, Zénobie prit peu à peu les reines du pouvoir de cette province du Palmyre intégrée à l’Empire romain depuis le règne de son mari. En trois (3) ans, grâce à divers appuis, elle fortifia son “royaume”. Ses armées remportèrent des victoires plusieurs victoires surtout sur les Perses (Sassadines). « À ce stade, Zénobie et son fils sont parfaitement intégrés dans le monde gréco-romain et sont de parfaits exemples d’élites helléniste.»[1]

Mais, selon cette même source, au courant des années 270 : « Zénobie et son fils lancent de véritables opérations miliaires pour prendre la partie orientale de l’Empire.» Dirigée par le général en chef Septimus Zabdas et le général Septimius Zabbaî, possiblement membre du clan de Zénobie, son armée assure la protection de la Syrie en bâtissant des fortifications et s’empare de la province romaine d’Arabie. L’Égypte tombe ensuite sous son coup en automne 270. Elle conquit ensuite aisément les provinces d’Asie mineure. « En 270, les troupes de Zénobie contrôlent l’Egypte, la Syrie, la Phénicie (approximativement le Liban actuel) et s’étendent même jusqu’à Ancyre (équivalent de Ankara en Turquie)»[2]

Profitant de la crise profonde que traversait Rome (16 empereurs et une quarantaine d’usurpateurs entre 235 et 268) après l’assassinat d’Alexandre Sèvère en 235, Zénobie prit se distança du pouvoir central de Rome. Elle prit le titre d’Augusta à savoir l’Impératrice et son fils, Wahballat celui d’Auguste, rivalisant presque avec le titres des souverains de l’Empire romain. À cause de ces conquêtes pour l’élargissement de son “royaume”, Zénobie est qualifiée hier comme aujourd’hui d’ambitieuse. (Annie et Maurice SARTRE)

Est-ce là une vision Genre sur l’ambition politique des hommes et des femmes? Par exemple, l’ambition de pouvoir de Napoléon 1er connu sous le nom de Napoléon Bonaparte a été  beaucoup plus importante que celle de Zénobie. Suite à ses conquêtes, «Au début de l’année 1812, le “Grand Empire” compte 134 départements, de Hambourg à Rome et Barcelone, ainsi que les Provinces illyriennes et une population de 70 millions d’habitants (dont 30 seulement sont de la France de 1793), et compte plusieurs états vassaux (le royaume d’Italie, le royaume de Naples, le royaume d’Espagne, la Confédération du Rhin avec le Duché de Varsovie, la Confédération suisse, la Principauté de Luques et Piombino, la primauté d’Erfurt, la ville libre de Dantzig et enfin Corfou, île de République des Sept-îles encore sous contrôle français). L’Empire est alors à l’apogée de son extension territoriale, bien que ses colonies outre-mer soient tombées sous le contrôle des Britanniques.»[3]

Mais, Napoléon ne se contenta pas de cet Empire déjà vaste. Il attaqua la Russie en 1812 et y subit une cuisante défaite avec une perte de près de 500 000 combattants dont beaucoup tués par la rigueur de l’hiver russe. Au bout du compte, le Royaume Uni, l’Irlande, le Royaume Prusse, les Empires Russe et d’Autriche s’allièrent contre lui. Ils firent tomber Paris le 31 mars et obligèrent Napoléon à abdiquer. Ce qu’il fit le 06 avril 1814. Mais il revint et reprit le pouvoir. Les Alliés revinrent à charge. Son armée  défaite à la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815, Napoléon fut arrêté et contraint à l’exil à l’Île Sainte Hélène où il mourut à 51 ans. Pourtant, on ne parle jamais de Napoléon, l’ambitieux. 

Notons que Zénobie connut la même fin que Napoléon Bonaparte. Elle fut arrêtée par le nouveau souverain de Rome, Aurélien qui stoppa ses tendances expansionnistes qui menaçaient l’Empire romain et la conduisit à l’exil à Tibur (actuel Tivoli). Même si on sut ni où, ni quand elle mourut, comme Cléopâtre qui serait son ancêtre, elle a marqué les esprits. Elle a été représentée dans plusieurs œuvres artistiques (peinture, sculpture, opéras, musiques) et littéraires (poésie, romans, etc.) par les artistes et les auteurs les plus célèbres au monde. Aussi, Zénobie est l’une des égéries des nationalistes syriens, qui l’appellent «Al-Zabba».

XVIIIe siècles après, les mentalités ne semblent pas avoir changé. On attribue qualificatif aujourd’hui à Hilary CLINTON, qui First Lady, Secrétaire d’État, puis Sénatrice est candidate en 2016 à la présidence de la première puissance mondiale, les États-Unis. Par ailleurs, on annonce partout que l’Amérique pourrait élire pour la première fois une femme comme présidente, oubliant qu’il y a eu même durant l’Antiquité des femmes monarques telles que les Reines Cléopâtre (Égypte), Zénobia (Palmyre, “la Venise du désert”), la Reine-Pharaon Hapsetsu (XV siècle avant J.C.), la Reine Candace (332 avant J.C.), la Reine de Saba (9 siècles avant notre ère). Ou, est-ce alors un recul de l’Humanité avec le triomphe du système patriarcal qui a favorisé la remontée du sexisme ces années ci et son point culminant durant la campagne électorale américaine de 2016 ?

La longue Marche des femmes américaines aboutira t- elle enfin ce 8 novembre 2016 à la présidence de la République cent ans après que Jeannette RANDIN fut la première femme en 1916 à siéger à la Chambre des représentants[4]? Après 44 présidents hommes (1789 – 2016), Hilary arrivera peut-être à briser le plafond de verre et à accéder à la Maison Blanche.

LY-Tall Aoua Bocar, Ph.D.

Chercheure associée à l’Institut d’Études féministes et du Genre, Université d’Ottawa, CANADA

Sociologue; Analyste, Expert en Genre, Consultante et conférencière internationale, QUÉBEC

E-mail : aouab_ly.tall@ymail.com

[1]  http://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/85-antiquite/5179-zenobie-et-le-royaume-de-palmyre.html

[2] http://www.directmatin.fr/patrimoine/2015-05-21/qui-etait-la-reine-zenobie-de-palmyre-704640

[3]  https://fr.wikipedia.org/wiki/Napol%C3%A9on_Ier

[4] http://ici.radio-canada.ca/tele/le-telejournal-22h/2016-2017/segments/reportage/10741/femme-politique-americaine-rankin-clinton-bilodeau?isAutoPlay=1.

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