Venezuela : Pénurie de médicaments et cadavres en pleine rue…

venezuala-penurie de médicaments et cadavresIl y a sept mois, il lui fallait faire cinq heures de file d’attente au supermarché du coin pour acheter du riz ou de la farine de maïs. Helena, 32 ans, a fui le Venezuela, pour échapper à la misère économique et à l’insécurité grandissante dans le pays. Elle y est retournée en juin pour voir sa famille, et a pu constater que la situation s’est terriblement aggravée. Elle raconte ce qu’elle a vu.

À force, on s’y habituerait presque.

À 7 heures du matin, je me réveille avec les coups de feu. Devant le miroir, je me prépare, et j’entends toujours des tirs. Je quitte la maison, me rends au travail à pieds. Je suis terrorisée, c’est devenu mon état permanent.

À 19 heures, je fais le chemin inverse. Tirs, cris, panique. Je croise des cadavres dans la rue, des gens qui ont été touchés à la tête ou dans le cœur. Puis je réalise que non, je ne peux pas m’y habituer, c’est au-dessus de mes forces.

J’ai fui le Venezuela il y a sept mois pour rejoindre le Chili, laissant 32 ans de vie derrière mois. Je suis née à Baruta, dans l’État de Miranda, au nord du Venezuela, ai grandi à Merida, dans les Andes (à l’ouest), et cela faisait six ans que j’avais rejoint Caracas pour mon travail.

Contracter un prêt pour pouvoir manger

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Quand je suis partie, il devenait très compliqué de trouver de la nourriture. C’était comme avoir un deuxième travail : j’y passais la journée entière. Je ne pouvais faire mes courses que le week-end, puisqu’il fallait attendre 5 heures pour entrer dans un supermarché… Sans être sûre qu’il y aurait bien quelque chose dans les rayons lorsque mon tour viendrait.

Trouver des pâtes, du riz, du sucre ou de la farine de maïs, pour faire des “arepas”, notre plat quotidien, était devenu mission impossible. Se procurer de la viande de bœuf ou du poulet, n’en parlons pas. Un jour, je réussissais à acheter des steaks de bœuf, le week-end d’après de la farine de maïs… C’était comme au loto.

Pour éviter la file d’attente, je pouvais passer par le marché noir. Mais les prix ne sont pas les mêmes. Alors qu’en supermarché, un paquet de farine de maïs coûtait 20 bolivars (1,80 euros), celui-ci pouvait grimper jusqu’à 200 bolivars (18 euros) sur le marché parallèle. Où trouver cet argent ? Mon salaire ne suffisait plus.

Les gens commençaient à contracter des prêts à leur banque et à augmenter leur limite de découvert juste pour pouvoir manger.

Pénurie de matériel médical basique

La situation sanitaire est devenue critique. Je fais des allergies et je suis toujours sensée avoir sur moi des auto-injecteurs d’épinéphrine pour pouvoir calmer une éventuelle crise. Il n’y en avait plus. Les personnes atteintes d’un cancer ont commencé à mourir parce qu’elles ne recevaient tout simplement plus aucun traitement.

Mon oncle est médecin et travaille dans un hôpital de Merida. Il n’arrive même plus à se procurer du matériel médical basique, comme de l’alcool à 90°, pour désinfecter ses instruments avant de faire une opération.

Ma grand-mère est diabétique. Son traitement est introuvable. Elle ne s’est pas soignée depuis quatre mois.

J’ai fini par partir

L’insécurité n’a cessé d’augmenter. Avant mon départ, je n’osais même plus sortir de chez moi. Je craignais pour ma vie et celle de mes proches. Le père de mon petit ami a été violemment agressé à Merida l’an passé, en juillet. Des hommes l’ont sorti de sa voiture et lui ont donné plusieurs coups dans la tête pour le tuer. Par miracle, il s’en est sorti.

J’ai fini par partir, en novembre dernier. Avec mon petit-ami, nous avons rejoint Quito, en Équateur. J’ai trouvé du travail dans une entreprise qui appartient à General Motors, mais les salaires étaient très bas, et la qualité de vie difficile, là-bas aussi. Le modèle économique est similaire à celui du Venezuela : les prix dépendent de ceux du pétrole, le problème reste le même. Au bout de quelques mois, nous avons rejoint le Chili.

Des amis d’enfance nous ont prêté une chambre dans leur appartement de Santiago. J’attends d’obtenir mon visa pour chercher du travail ici. Mon copain, avec un peu de chance, commencera en août un nouveau travail dans une ferme viticole.

Je suis revenue : la situation s’est empirée

Après sept mois, je viens de rentrer voir ma famille pour leur rapporter des médicaments. Je veux aussi essayer de vendre ma voiture, pour me faire un peu d’argent à mettre de côté pour ma vie au Chili.

Le pays a beaucoup changé depuis mon départ. La situation économique s’est empirée. Lorsque je suis partie, un kilo de fromage coûtait 600 bolivars (54 euros), maintenant, c’est 3.800 bolivars (342 euros). C’est de la folie.

La queue s’est rallongée devant les supermarchés, passant de 5 à 12 heures d’attente. Parfois, il n’y a tout simplement plus rien en rayon. Même sur le marché noir, des produits comme le savon, le papier toilette ou le shampoing sont introuvables, tout comme les médicaments.

Le tout sur fond d’insécurité croissante.

Maduro est une marionnette

Je ne pense pas que les choses puissent s’améliorer. Le président Nicolás Maduro est comme une marionnette, il obéit aux ordres de ceux qui ont le pouvoir, comme le président de l’Assemblée nationale Diosdado Cabello, les militaires et les ministres. Tous les chavistes influents dans les ministères et les hautes sphères du gouvernement ont volé beaucoup d’argent au pays, et n’en ont tout simplement rien à faire de la situation des gens. Ils n’ont d’ailleurs pas de plan et improvisent tout.

Des Vénézueliens montrent leur carte d’identité pour faire authentifier leur signature au référendum anti-Maduro, le 23 juin. (F. Parra)

Récemment, l’opposition a obtenu la validation des signatures nécessaires pour demander la convocation d’un référendum révocatoire contre Maduro. Mais je suis persuadée que cela ne changera rien. Le gouvernement créera de nouvelles lois pour rester davantage au pouvoir et s’arrangera même pour empêcher la tenue de ce référendum.

Pendant ce temps, des gens s’effondrent de faim et essaient de se survivre par tous les moyens possibles, en dehors de la loi.

Propos recueillis par Julia Mourri

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