VIDEO. Affaire Benalla: Pourquoi le conseiller de Macron, Ismaël Emelien, pourrait fragiliser l’Elysée

VIDEOSURVEILLANCE Vendredi, le juge d’instruction chargé de l’affaire Benalla a décidé d’élargir le périmètre de son enquête sur la diffusion sur Twitter d’extraits de la vidéosurveillance montrant Alexandre Benalla place de la Contrescarpe…

Isamël Emelien (à gauche) est conseiller spécial d’Emmanuel Macron. Il est l’un des plus proches collaborateurs du chef de l’Etat. — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Le parquet de Paris enquête désormais sur des faits de « recel de détournements d’images issues d’un système de vidéoprotection, et recel de violation du secret professionnel », commis entre le 18 et 20 juillet.
  • L’un des fonctionnaires de la préfecture de police aurait remis à Benalla les images captées par la vidéosurveillance, le soir de la révélation de l’affaire dans Le Monde.
  • Dans une interview accordée au quotidien du soir, Alexandre Benalla explique qu’il a lui-même immédiatement donné ces images à un « conseiller en communication de l’Elysée ». Il s’agit d’Ismaël Emelien, un très proche d’Emmanuel Macron.

S’agit-il d’une affaire dans l’affaire ? Vendredi, plus d’une semaine après les révélations du Monde sur la participation non-autorisée d’un adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron à une opération de maintien de l’ordre le 1er mai dernier, le parquet de Paris a décidé d’élargir l’enquête à de nouveaux faits. Le magistrat en charge des investigations va désormais devoir se pencher sur des soupçons de « recel de détournements d’images issues d’un système de vidéoprotection, et recel de violation du secret professionnel », commis entre le 18 et 20 juillet.

Un homme, proche d’Emmanuel Macron, se retrouve plus exposé depuis quelques jours : Ismaël Emelien. Conseiller spécial du Président et membre de son cercle rapproché, c’est à cet ancien consultant de l’agence de pub Havas, qu’Alexandre Benalla aurait confié la bande de vidéosurveillance extraite illégalement à la préfecture de police de Paris.

  • De quoi parle-t-on exactement ?

Dans son interview accordée au Monde, Alexandre Benalla explique avoir récupéré les images de vidéosurveillance le soir des révélations du quotidien. Qu’en a-t-il fait ? « Ce CD, je ne le regarde pas et je le remets à l’Elysée à un conseiller communication ». Ce conseiller sera identifié quelques heures plus tard par BFMTVIl s’agit d’Ismaël Emelien. Relancé par les journalistes du Monde sur l’usage fait de ces images dans la foulée par le service de communication de l’Elysée, Alexandre Benalla lâche : « Je crois qu’ils ont essayé de la diffuser et de la fournir à des gens, pour montrer la réalité des faits. »

Une phrase lourde qui prend une tout autre tournure le soir même avec la publication d’un article de MediapartSur son site, le pure-player révèle que plusieurs comptes de soutiens de la République en marche (LREM) ont diffusé sur le réseau Twitter des extraits de la bande de vidéosurveillance le soir même des révélations. « C’est cette copie qui aurait pu être utilisée pour tenter de riposter aux accusations du Monde à travers les réseaux sociaux durant quelques heures », écrit Médiapart.

  • Le recel, c’est quoi ?

« Le recel, c’est le fait de bénéficier du produit d’une infraction. Imaginons qu’on retrouve sur vous un téléphone volé et que vous l’utilisez en sachant qu’il a été volé, vous pouvez être poursuivi pour recel », détaille à 20 Minutes l’avocat au barreau de Paris, Raphaël Kempf. Ce délit est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende.

En prenant ce qu’on appelle « un réquisitoire supplétif », le parquet de Paris permet à la justice d’étendre l’enquête sur ces faits précis. Les images transmises à Alexandre Benalla puis à Ismaël Emelien par ce dernier ont-elles été diffusées sur les réseaux sociaux ? Qui a rendu cette diffusion possible ? C’est à ces questions que tâcheront de répondre les enquêteurs.

Ce nouveau volet dans l’affaire n’a par ailleurs pas échappé à Guillaume Larrivé (LR), ex co-rapporteur de la commission des Lois de l’Assemblée nationale qui demandait jeudi dernier l’audition du très discret conseiller spécial d’Emmanuel Macron. Il a depuis claqué la porte de l’institution sur fond de désaccords politiques avec la présidente LREM, Yael Braun-Pivet.

  • Comment se défend l’Elysée ?

Contacté par 20 Minutes, l’Elysée refuse de commenter les soupçons de fuites des images sur Twitter. Et renvoie vers la version donnée devant les sénateurs par le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler. « Dès lors qu’il y a eu un doute sur l’origine de cette vidéo, à la fois par une alerte venue de la préfecture de police et ensuite à l’occasion d’une réunion que j’ai tenue le jour même, nous avons décidé de procéder à un signalement au titre de l’article 40, de restituer, d’adresser les éléments dont nous dispositions, vidéos, au procureur et d’engager compte tenu de ces éléments, le licenciement d’Alexandre Benalla », a assuré cet autre proche du chef de l’Etat.

Si Ismaël Emelien est resté muet jusqu’ici, l’Elysée a donc bel et bien confirmé avoir été destinataire de la bande de vidéosurveillance. En revanche, le palais précise que le conseiller spécial n’était pas au courant de la provenance – illégale – des vidéos. Autrement dit, aucun caractère intentionnel ne pourrait être retenu. « La défense qui consiste à dire : je ne connaissais pas la provenance de ces vidéos, c’est ni plus ni moins la défense des personnes jugées tous les jours en comparution immédiate pour recel de téléphone volé qui disent ‘je l’ai acheté dans la rue, je ne savais pas qu’il était volé’ », analyse l’avocat Raphael Kempf, « et en général, les tribunaux se montrent plutôt sévères à leur encontre. »

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20minutes.fr/

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