Village de Cambérène : 100 ans de civilisation

Le village de Cambérène fête cette année ses 100 ans. Cela coïncide avec le 134ème anniversaire de l’Appel de Seydina Lima­mou Laye célébré à partir d’aujourd’hui et jusqu’à demain par la communauté layène.

Le constat a été établi que l’Appel de Seydina Limamou Laye n’était pas une banale affaire. C’est cette logique répétée du sacre de la ferveur qui, d’année en année, enveloppe la communauté layène dans une spirale contagieuse. 100 ans. C’est l’âge de Cambérène qui va célébrer fiévreusement le 134ème Appel de Seydina Limamou Laye.  

La réputation de Cambérène se confond avec l’histoire de son fondateur qui a grandi dans ce village lébou où il exerça le métier de pêcheur. Des rues étroites non bitumées, reliées à d’autres.  Des constructions en forme de U donnent à ce quartier, une image singulière contrastant avec l’architecture sauvage des autres quartiers de Dakar. C’est un haut lieu de la confrérie layène. Selon l’hagiographie, il doit son nom au vénéré Mahdi Seydina Limamou qui a fondé le village en lui donnant le nom de «Kem-médina» qui veut dire comme Médine. La déformation liée à la prononciation donna «Cambérène».

Le Mahdi est apparu dans ce quartier pour répandre la parole divine et chasser les pratiques païennes pratiquées par les autochtones. 
Après sa disparition en 1909 à l’âge de 33 ans, son fils aîné Seydina Issa Laye a pris le flambeau. Et en 1914, lors de l’épidémie de la peste qui sévissait à Dakar, il a eu à déplacer Cambérène vers son emplacement actuel.  

Aujourd’hui, ce quartier applique ses codes dans une capitale complètement dépravée par la déliquescence des mœurs. Les interdits sont écrits noir sur blanc : par exemple fumer de la cigarette est considéré comme un sacrilège. Cette réputation centenaire est secouée par l’air de la modernité qui souffle sur ce quartier coincé entre Yoff, Guédiawaye et les Parcelles assainies. D’autres interdits sont acceptés.

Les filles s’habillent à la mode sans pour autant être obligées de sortir avec un pagne gardé chez une amie dans les Parcelles Assainies. Les vieux, conservateurs, se résignent malgré eux à laisser les filles s’habiller en conformité avec leur époque. Avec la naissance de nouveaux quartiers comme camberène 2, Nations-Unies, quartier Ndiaga Mbaye et l’Islam 2, le village traditionnel connaît de nouvelles influences qui ont fini de remettre en cause certains équilibres. 

Le village de Cambérène n’échappe pas à la dépravation des mœurs. Réputée être trop intransigeante sur les principes religieux, la localité subit «actuellement l’influence des quartiers environnants comme les Parcelles Assainies et la cité Fadia» au point que «beaucoup de choses taboues» prospèrent «maintenant ouvertement» dans ce village, chef lieu des layènes. Récemment, les responsables moraux de la localité sont montés au créneau pour tirer la sonnette d’alarme.

Libasse Ndoye, président du Comité d’initiative pour la restauration des valeurs à Cambé­rène dont la structure travaille depuis plus de deux ans pour permettre à cette cité religieuse de retourner à l’orthodoxie prônée par son fondateur, Seydina Limamou Laye, entonne : «Les gens sont en train de copier tout ce qui est négatif chez les autres. D’autres y prennent des chambres à location ou des maisons pour transférer leurs mauvaises habitudes dans le village. Nous sommes en train de nous organiser pour lutter contre tout ça pour le retour de l’orthodoxie», fait savoir Libasse Ndoye, ancien officier de gendarmerie  à la retraite.

Douze articles tournant entre autres autour de l’interdiction aux filles et aux garçons de s’afficher avec des tenues indécentes ainsi que  la réglementation des mariages pour limiter  les festivités afin de combattre le gaspillage figurent dans ledit document. «Le gaspillage est interdit par l’Etat. C’est l’application qui fait défaut», admet Libasse Ndoye. Il ne reste que de  soumettre le document au khalife général des layènes, Serigne Abdoulaye Thiaw Laye, pour le signer afin qu’il entre dans sa phase d’application au sein de la localité religieuse.

C’est la démarche prônée par le fils du khalife, Serigne Cheikh Mbacké Laye, au cours de la rencontre d’hier à la mosquée du village pour discuter de la question avec les populations du village. «Une fois que cette  disposition réglementaire va entrer en action à une date qui reste à déterminer», des portiques et des tableaux seront mis en place pour rappeler  les interdictions, annonce  le président du Comité d’initiative pour la restauration des valeurs à Cambérène. «Tout contrevenant est soumis à des sanctions allant à la réprimande en passant par des circonstances atténuantes  ou aggravantes», explique Libasse Ndoye. 

Choc des civilisations
Le centenaire de Cambérène est placé sous le sceau du retour des valeurs. «Parce qu’on est en face d’un monde qui est en mutation. Les enseignements de Seydina Limamou perpétués par Seydina Issa s’articulent autour de la droiture, de l’hygiène, de la spiritualité, du bon comportement. Aujourd’hui, il y a une déperdition liée à l’ouverture et à la poussée démographique», se désole Libasse Diop. «Cambérène n’est plus le Cambérène de 1814», constate-t-il. Il est amer. 

Erigé en commune d’arrondissement en 1996, Cambérène est un centenaire anxieux. L’émissaire qui traverse le village de long en large est une véritable bombe écologique. Il y a 3 ans, cette canalisation avait empoisonné les relations entre le régime libéral et les populations du village. Voulant faire un forcing pour agrandir l’émissaire de Cambérène pour le drainage des eaux usées, Me Wade a fait face à une colère noire avec une réaction séditieuse des jeunes. Manifestant et barrant la route en brûlant des pneus, ils avaient provoqué un blocus total de Cambérène dont l’unique axe routier était devenu impraticable.

Notant des avancées dans le projet de canalisation avec l’abandon de l’émissaire, Mame Libasse Diop informe qu’un financement de 32 milliards de F Cfa accordé par la Banque islamique est acquis pour le délocaliser dans un autre lieu.  «Il y a un manquement terrible», selon M. Diop. Quid des infrastructures de base ?  Hormis un poste de santé, une mairie et un centre social, le village lébou est dépourvu aussi de poste de police, de gendarmerie et de caserne de sapeurs-pompiers.  «On lance un appel au président de la République pour qu’il corrige cela»,  implore M. Diop. Bref, Cambérène est… un centenaire amer. 

  • Écrit par  Amadou MBODJI

amadoumbodji@lequotidien.sn

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