Viols, incestes, pauvreté et prostitution au Sénégal

selon-des-associations-les-viols-correctifs1De l’association des journalistes contre les viols et les abus sexuels, nous avons appris que 3600 cas de viols ont été recensés au Sénégal en 2015 dont 516 cas d’inceste. Des jugements simplets et tatillons viendront encore cataloguer ces victimes sans défense dans le contingent des perfides si, plus tard, elles cèdent tout traumatisées à des activités dégradantes comme la prostitution. Nous accusons à tout vent les médias et les tendances nouvelles pour responsables de la dépravation des mœurs. C’est s’en prendre aux manifestations en lieu et place des causes telles que l’histoire vraisemblable de Maty, belle-de-nuit.
Elle est morte ce matin sans que son tendre cœur cuirassé n’entende les accords de la nature bienfaisante. Maty emportera dans son asile le mystère de sa frivolité de courtisane, empreinte de peine et d’indignation. Jamais sa bouche n’a pu rendre la voix de son âme falsifiée de coups, de secousses et de sévices. Néanmoins, son corps inerte et saturé de reproches dicte mot à mot les souffrances et charges endurées dans son enfance, une innocence griffée des assauts répétés de son prédateur d’oncle et des amis de celui-ci. Rodée et rouée d’abus, pauvre comme tout, ses écarts de jeune adulte traduisent une lassitude plus qu’un banal goût du risque.
Il est question de prières pour cette femme honnie sans appel ni aucune forme de procès : vicieuse et vile. Elle est morte ce matin dans les crasses ruelles-refuges qui ont longtemps hébergé son pédigrée poisseux et ses douleurs de laissé-pour-compte. Être créée sans force, avoir grandie sans consolation, Maty s’est abandonnée à une vulgarité accessible, contre mauvaise fortune bon cœur. On ne lui a jamais appris à aimer. Jamais, on lui a permis de se battre ni même de s’indigner. Ce qu’elle sait faire, c’est souffrir, se résigner et faire semblant malgré tout. La prostitution n’exige rien de plus et procure des moyens de subsistance qui donnent l’impression analgésique d’une liberté jamais connue auparavant.
Même morte, Maty écope encore du jugement hâtif des bourreaux, opposés à toute forme d’inventaire risqué. Ils s’en tiennent à la sonorité apprêtée et tambourinée en boucle : retour aux valeurs des ancêtres. Fille fragile et fustigée, Maty a souvent ri et maintes fois pleuré de l’immense trafic des valeurs dans cette société en plein déni, où le folklore moralisateur et les jugements de valeurs écrasent tout sens saisissant des responsabilités collectives. Lutter efficacement contre la prostitution, c’est aussi s’en prendre aux violences occultées ou dénaturées dont les poids pénibles font souvent fléchir les rescapées, jusqu’à en faire des souffre-douleurs.
La triste vie de Maty en appelle à résister au tragique, damnation des plus vulnérables d’entre-nous. Cible facile, victime sans défense, monture docile, son sort atteste et parachève une vie misérable depuis son enfance volée. Étrange refuge pour filles abusées puis bâillonnées, la prostitution florissante renseigne de la déconfiture des structures familiales. Meurtrie et désabusée, Maty n’a eu que faire des convenances qu’elle a toujours assimilées à un regard lâche et pervers sur son statut de déshéritée.
Jusque-là, toute marque de sympathie, de tendresse ou de respect lui est apparue suspecte. Ça fait longtemps qu’elle avait déchanté de l’aptitude des humains à la grâce et à la douceur gratuite. La communauté féroce des chanceux de la vie, et non moins juges expéditifs, en a fait une démone austère et intraitable. Quand l’odeur du prisé parfum social lui parvenait, elle trouvait qu’elle sentait mauvais, et s’en allait se rouler encore et encore dans le bordel familier.
Birame Waltako Ndiaye
waltacko@gmail.com

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*