15 octobre 1917. Mata Hari est fusillée alors qu'elle n'était qu'une espionne de pacotille.

MATA HARIÀ l’aube du 15 octobre 1917, le lieutenant Mornet se présente à la prison de Saint-Lazare pour réclamer Mata Hari afin de la mener à son lieu d’exécution. Dans sa cellule, elle l’accueille en râlant : “Quelle manie ont les Français de fusiller les gens à l’aube !” Mais, le président de la République Poincaré ayant rejeté sa demande de grâce, il faut y aller ! Pour son dernier spectacle, elle décide de se faire aussi belle que possible. Elle passe un coup de fil à Chantal Thomass, qui lui conseille de choisir sa ligne de lingerie Démasque-moi… Par-dessus, elle enfile une robe de soie bordée de fourrure et couvre sa tête d’un petit canotier blanc et noir.

À 41 ans, Mata Hari reste magnifique sans avoir jamais fait appel à un chirurgien esthétique. Dans le fourgon l’amenant sur le lieu de son supplice, elle est assise entre le pasteur Darboux et la soeur Léonide, avec qui elle discute tranquillement à propos de l’heure matinale de la sentence. Pas une larme, pas une parole de révolte. Ce n’est pas Delphine Batho à faire un caca nerveux pour avoir viré du gouvernement… Arrivée à Vincennes, elle marche sereinement vers le polygone de tir installé dans les fossés de la forteresse. Mata Hari refuse poliment qu’on lui attache les mains derrière le poteau, renvoie l’homme venu lui bander les yeux. Elle veut tout voir.

Lui faisant face, douze soldats la contemplent le fusil à l’épaule. Elle leur sourit, leur envoie un baiser. Elle a couché avec tellement de soldats qu’être couchée en joue ne l’effraie même pas. C’est une autre sorte de tir… “Feu !” Mata Hari s’écroule, gracieuse jusque dans la mort. Un officier s’approche d’elle, tire son pistolet pour lui loger une balle dans la tête. Aussitôt, le clairon retentit, lugubre. Quelle faute de goût ! Dans un coin, sa copine Carla chantonne : “On me dit que nos vies ne valent pas grand-chose, elles passent en un instant, comme fanent les roses…”

Mythomane

Ce jour-là, honte à la France qui fusille une espionne de pacotille par besoin d’un bouc émissaire pour apaiser l’opinion publique effrayée par l’ennemi intérieur. Cette danseuse exotique manipulée par les services secrets allemands tombe à pic. Et peu importe si elle n’a transmis aucun secret militaire. Voici donc la triste histoire de Mata Hari, née Margaretha Zelle dans une famille hollandaise bourgeoise. Dès son plus jeune âge, elle est initiée à la mythomanie et au goût du luxe par son cher papa, un simple chapelier qui, après avoir fait fortune dans le pétrole, s’improvise baron. Il traite sa fille comme une princesse, l’envoie dans une école très chère où elle apprend le français et l’anglais. Elle devient aussi prétentieuse que Valérie Trierweiler le jour de son arrivée à l’Èlysée…

À 13 ans, elle se voit promise à une vie de luxe quand son père fait faillite. L’année suivante, sa mère disparait. Bientôt, il lui faut entreprendre de modestes études pour devenir institutrice. Mais c’est déjà une chaude. Après avoir une séance d’éducation sexuelle improvisée avec le directeur de l’école, elle se fait virer. À 19 ans, elle entreprend une correspondance sur Meetic avec un officier hollandais, le capitaine John Brienen MacLeod, en poste en Indonésie néerlandaise à la recherche d’une épouse. Peu lui importe qu’il soit deux fois plus âgé, elle l’épouse le 11 juillet 1895, à Amsterdam. Puis le suit à Java, où ils ont rapidement deux enfants.

Mais le prince charmant se révèle être un jaloux qui picole et la tabasse. “Tu as 19 ans de moins que moi et tu t’habilles comme une salope, lui crie-t-il dessus. Tu veux faire la carrière de Nabilla ?” Le rêve de Margaretha est cassé. Son prince est devenu un crapaud. Pour ne rien arranger, il couche avec la bonne, son “épouse locale”. Trop, c’est trop, Margaretha s’enfuit du domicile conjugal pour emménager avec un autre officier hollandais bien plus cool. C’est à cette époque qu’elle s’initie aux traditions indonésiennes dans une compagnie de danse locale. Dans une lettre à une amie, elle explique avoir adopté le nom d’artiste Mata Hari, qui signifie en indonésien “oeil du jour”, le soleil !

Hystérie

En 1899, ses deux enfants, Louise Jeanne et Norman-John, tombent malades, probablement empoisonnés par “l’épouse locale”. Sa fille en réchappe, mais pas son fils. Le couple MacLeod retourne en Hollande, où il se sépare en 1902 et divorce en 1907. Margaretha n’ayant pas d’argent, c’est John qui obtient la garde de leur enfant. En 1904, elle décide de partir faire fortune à Paris, attirée par la liberté, le luxe et les vices aussi. Elle vivote comme prostituée sous le nom de “Lady MacLeod”. L’exotisme étant très à la mode, elle a un jour l’idée de se faire passer pour une danseuse javanaise sous le nom de Mata Hari. Elle crée un spectacle envoûtant et surtout dénudé. Elle bluffe tout le monde, y compris les plus grands spécialistes. En une seule soirée, le 13 mars 1905, elle devient la coqueluche du Tout-Paris au musée Guimet, où elle apparaît en divinité éblouissante, dans une séance d’effeuillage osée. Elle prétend qu’il s’agit d’une danse sacrée très suggestive vouée au dieu Shiva ! Fasciné, Patrick Sébastien l’engage aussitôt pour Le plus grand cabaret du monde, avant de l’emmener partouzer…

Elle se produit à L’Olympia, aux Folies Bergère… Partout où elle passe, c’est l’hystérie. Comme beaucoup de comédiennes de l’époque, elle mène une double carrière de call-girl de luxe. La courtisane aime les toilettes somptueuses, les banquets majestueux, les beaux décors, et elle est prête à tout pour soutirer le maximum d’argent à ses amants, qu’ils soient ministres, députés ou patrons du FMI… Mais sa préférence va aux militaires, elle ne résiste pas à un uniforme d’officier. Le général Bigeard, c’est son kiff. Son carnet d’adresses se remplit à vive allure. Elle se produit sur les plus belles scènes d’Europe, surtout en Allemagne. Le monde entier est à ses pieds.

Un million de francs

Quand la guerre de 14-18 éclate, elle n’a que faire du conflit, incapable de se rendre compte de la gravité de la situation. Elle continue d’arborer de belles robes et des chapeaux extravagants quand les autres femmes s’habillent en noir. Elle râle contre cette fichue guerre qui menace de foutre en l’air son business. Les salles de spectacle ferment, les hommes partent au front. Comment va-t-elle trouver du fric ? En s’improvisant espionne ! James Bond lui donne quelques conseils… Il faut dire qu’elle a quelques atouts pour faire un bon agent secret : de nombreux officiers allemands et français comme amis, la possibilité de voyager fréquemment en tant qu’artiste, sa citoyenneté d’un pays neutre et, enfin, elle est polyglotte. Ce sont les Allemands qui la recrutent en premier en 1915 : elle devient l’agent H21, chargée de recueillir des confidences sur l’oreiller. Elle ne voit dans cette nouvelle tâche qu’un intérêt lucratif. D’ailleurs, elle est nulle, elle ne rapporte aucune information de valeur.

En 1916, le chef des services du contre-espionnage français, le capitaine Georges Ladoux, s’intéresse à son tour à Mata Hari. Il lui propose de devenir agent double ! Se rend-elle compte des risques qu’elle prend ? Pas sûr, car encore une fois, si elle accepte, c’est pour assouvir sa soif de billets de banque. Elle a même le culot de réclamer un million de francs pour ce job. Oui, un million de francs ! C’est qu’elle a besoin de beaucoup d’argent, car elle s’est entichée d’un soldat russe, Vadim Maslov, de 20 ans plus jeune qu’elle, qui lui coûte très cher. Avec un million de francs, elle pourrait arrêter sa vie de stupre et vivre paisiblement avec son Vadim chéri qui vient de la demander en mariage. Mata Hari est amoureuse. Qui l’eût cru ? Ladoux accepte le marché, mais ne la paiera que quand elle aura rempli sa mission.

“Bochesse”

Cette fois, elle prend son rôle d’espionne plus à coeur. Pourtant, quand Ledoux l’envoie en mission en Belgique, elle ne parvient même pas à s’y rendre. Elle se rabat alors sur l’Espagne, où elle séduit l’attaché militaire allemand Kalle pour lui arracher des informations. Elle s’y prend si mal que Kalle découvre son double jeu. Furieux, il décide de la piéger. Il envoie une série de radiotélégrammes en Allemagne en utilisant un code qu’il sait percé par les Français et en donnant une multitude de détails sur le fameux agent H21 pour que même le plus abruti des policiers français puisse démasquer Mata Hari !

Elle est arrêtée le 13 février 1917, à Paris, et coffrée à Saint-Lazare. Le magistrat Pierre Bouchardon n’a pas grand-chose contre elle, car elle n’a pas donné d’informations capitales aux Allemands, ni aux Français d’ailleurs. Dans ses affaires, on retrouve des fioles dont on soupçonne qu’elles contiennent des encres sympathiques, alors qu’il ne s’agit que de produits pharmaceutiques, notamment de puissants spermicides offerts par DSK. Toujours utile quand on se tape des brochettes de militaires. Ce qui la perd, c’est que l’instruction de son procès tombe en 1917, juste après la tragédie du Chemin des Dames du général Nivelle avec ses deux cent mille morts français. Et puis il y a de nombreuses mutineries de poilus. Il faut un bouc émissaire. Mata Hari tombe à pic. Elle devient la “bochesse”, la grande putain responsable de la mort de milliers de soldats. L’opinion publique voit des espions partout, maintenant qu’on en tient un, il faut le buter, ça regonflera le moral des troupes. Son procès se déroule à huis clos devant le 3e conseil militaire au palais de justice de Paris.

C’est ainsi qu’après une déplorable instruction, malgré un manque de preuves phénoménal, Mata Hari est accusée d’intelligence avec l’ennemi en temps de guerre, condamnée à mort et exécutée le 15 octobre 1917. Personne ne réclame son corps, si disputé autrefois. Il est remis aux étudiants de la faculté de médecine pour qu’ils s’entraînent à la dissection. Pour une fois qu’ils peuvent la voir nue sans payer… Sa tête est embaumée. À l’écran, Mata Hari sera immortalisée par Greta Garbo en 1931 ou encore par Jeanne Moreau en 1964 avec la réputation usurpée d’être la plus grande espionne de tous les temps. Comme si Kerviel était considéré comme le meilleur banquier de la Terre.

C’est également arrivé un 15 octobre

1990 – Michael Gorbatchev reçoit le prix Nobel de la paix.

1945 – Exécution de Pierre Laval dans la cour de la prison de Fresnes.

1940 – Sortie du film américain Le dictateur réalisé par Charlie Chaplin.

1930 – Duke Ellington enregistre son premier tube : Mood Indigo.

1928 – Première traversée commerciale de l’Atlantique, effectuée par le dirigeable allemand Graf Zeppelin.

1927 – Découverte d’un énorme gisement pétrolier à Kirkuk, en Irak, sous l’occupation britannique.

1894 – Le capitaine Dreyfus est arrêté, accusé de trahison au profit de l’Allemagne.

1844 – Naissance de Friedrich Nietzsche, philosophe allemand.

1815 – Napoléon Ier commence son exil à Sainte-Hélène.

1783 – Premier vol humain à bord d’une montgolfière avec Jean-François Pilâtre de Rozier.

1582 – Première journée du calendrier grégorien.

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