26 octobre 1440. Pendaison de Gilles de Rais condamné pour sodomie et pédophilie.

gilles-de-rais-2658897-jpg_490484_652x284Juste avant d’être pendu, Gilles de Rais s’agenouille dans l’herbe, face à la foule venue le voir danser au bout d’une corde. Il est accusé d’avoir massacré et abusé de plus de 140 enfants. Les mains jointes, il lève la tête vers le ciel : “Ô, Dieu, je vous demande pardon. Ne me punissez pas selon mes péchés, mais selon votre indulgence infinie.” Oscar Pistorius s’agenouille à ses côtés… Puis, s’adressant à tous ces hommes et femmes qui l’observent silencieusement, Gilles de Rais poursuit d’une voix ferme : “Je suis votre frère à tous et je suis chrétien. Je vous demande, même à ceux dont j’ai tué naguère les enfants innocents, de prier pour moi, au nom de la Passion de Notre Seigneur, de me pardonner de bon coeur, comme vous entendez vous-même obtenir le pardon de Dieu.” Il n’est pas gonflé, le baron !

Le plus incroyable, c’est que les prières du condamné sont entendues par la foule, qui se met à prier pour le pardon de son âme. Rasséréné, Gilles de Rais se relève pour offrir son pauvre corps au bourreau. Celui-ci, qui est pressé de rentrer chez lui pour regarder Le Meilleur Pâtissier, le pend aussitôt, avant de laisser le cadavre choir dans le bûcher pour un rapide aller-retour dans les flammes comme s’il poêlait un steak tartare. Normalement, la sentence prévoyait une cuisson jusqu’aux cendres, mais le condamné a bénéficié d’un aménagement de peine pour que sa famille puisse enterrer le corps. Une grâce dont ses deux complices, Henriet et Poitou, ne bénéficient pas.

Que dire de Gilles de Rais, sinon qu’il combattit héroïquement aux côtés de Jeanne d’Arc ? Sa bravoure lui vaut même de porter la Sainte Ampoule lors du sacre de Charles VII à Reims, le 17 juillet 1429 et de recevoir un baiser de Christine Boutin. Pour le remercier, le roi l’autorise même à faire figurer une guirlande de fleurs de lis d’or sur ses armoiries. À l’occasion de la cérémonie, Charles VII souligne ses “hauts et recommandables services, les grands périls et dangers auxquels il s’est exposé, comme la prise du Lude et autres beaux faits, la levée du siège devant la ville d’Orléans…” Ce n’est qu’après son retour de guerre, en novembre 1432, que Gilles entame sa reconversion. De tueur d’Anglais, il devient tueur et violeur de jeunes garçons. La mort concomitante de son grand-père Jean de Craon, qui était le seul capable de maîtriser ses accès de fureur meurtrière, n’est probablement pas étrangère à ce qui va suivre.

Viol, torture, décapitation

Dès 1432, de jeunes garçons commencent à disparaître dans les villages autour du château fort de Champtocé-sur-Loire, où Gilles s’est installé. C’est un fils de Jean Meudon (12 ans), un autre de Jeanne Bonneau (8 ans), Jeannot Roussin (9 ans) et bien d’autres… La liste est longue, trop longue. Tous sont la victime des rabatteurs du baron. Avec ces mômes, Gilles de Rais laisse libre cours à ses plus bas instincts. Des détails ! Des détails ! Nous ne sommes pas chez Jean-Marc Morandini ! Disons que messire de Rais préfère les petits garçons au “vase naturel” des filles. Il les viole, les torture, les décapite, jouissant de leur souffrance. Il se pâme devant les mignonnes têtes coupées dont la beauté décuple son excitation. “Quand, dans la grande cheminée, Gilles regarde les restes de l’enfant, dans un lit de flammes, devenir peu à peu des cendres, avec l’horrible grésillement de la chair qui brûle, il sent en lui gronder le rire et le plaisir d’avoir trouvé, dans le paroxysme et la terreur, l’orgueil d’avoir fait ce que peut-être avant lui nul autre n’avait osé”, écrit Michel Bataille.

Une fois que Gilles de Rais en a fini avec l’acte meurtrier, son excitation retombe complètement, sa folie s’évapore. Le remords s’empare de lui, il implore Dieu de lui pardonner. Il finance une chorale d’église, tout en ne pouvant pas s’empêcher d’en débaucher les plus jeunes membres. Le 8 mai 1435, il fait représenter à Orléans Le Mystère du siège d’Orléans et, pour 100 000 écus d’or, dit-on, fait ériger une chapelle. Son mode de vie dispendieux l’amène à brader ses nombreux domaines. Sa famille s’inquiète, en appelle à Charles VII, qui lui interdit de poursuivre la vente de ses terres françaises. Simultanément, sa consommation de jeunes garçons se poursuit, aidé en cela par un certain Henriet Griart qui excelle dans le rôle de rabatteur. En octobre de cette année-là, envisageant de vendre son château de Machecoul, de Rais fait nettoyer à Griart des “ossements de 40 enfants ou environ”, lit-on dans son acte d’accusation. Quand il récupère son château de Champtocé par la force après l’avoir vendu, là encore il fait vider les “culs-de-basse-fosse”. Les restes d’une quarantaine d’enfants sont transportés jusqu’à Machecoul, où ils sont jetés dans le feu. Les disparitions d’enfants se poursuivent dans la région. Gilles de Rais s’en fait même remettre dans son hôtel de la Suze, à Nantes, pour égayer ses soirées.

Sacrilège

Les finances de notre pédophile donnent toujours des signes de faiblesse. Aussi accueille-t-il avec joie, en 1439, un jeune alchimiste florentin nommé Prelati, qui affirme pouvoir l’initier à son art en seulement trois mois. Formidable, l’or servira à éponger ses dettes. Ensemble, ils implorent les démons. “Je vous en conjure, Baron, Satan, Bélial, Belzébuth, Cahuzac, par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, par la Vierge Marie et tous les saints, d’apparaître ici en personne pour parler avec nous et pour faire notre volonté.” Gilles et son initiateur ont beau répéter le rituel qu’ils ont lu dans La Sorcellerie pour les nuls, rien n’y fait. Le diable reste en enfer.

Entre deux cours d’alchimie, Gilles n’en continue pas moins ses petits meurtres entre sodomites. Pourtant, il se met bientôt dans le pétrin, non pas à cause de ses pratiques sexuelles atypiques, mais pour sacrilège. Tout commence par la vente de son château de Saint-Étienne-de-Mer-Morte à sire Geoffroy Le Ferron, un proche du duc de Bretagne. Mais, quelques mois plus tard, il trouve un meilleur acheteur – un milliardaire chinois -, alors il décide de reprendre son bien à Le Ferron par la force. Le jour de la Pentecôte, il se présente à Saint-Étienne-de-Mer-Morte à la tête d’une troupe armée. Le nouveau proprio est absent, mais son frère Jean Le Ferron est justement en train de célébrer la messe dans l’église du village. Sans coup férir, Gilles interrompt la cérémonie, s’empare de Jean qu’il traîne dehors, le menace de lui fendre la tête s’il ne lui ouvre pas les portes du château. L’autre obéit en tremblant et se voit aussitôt jeté dans une oubliette. Gilles de Rais se croit tout permis. Il va le payer très cher. Car interrompre la messe est un sacrilège puni d’excommunication. Mis au courant du sort fâcheux des deux frères Le Ferron, ses vassaux, le duc de Bretagne diligente une enquête secrète confiée à l’évêque de Nantes, Jean de Malestroit.

L’atroce confession

Le 29 juillet 1440, l’évêque de Nantes rend au duc ses conclusions. Elles sont catastrophiques pour Gilles qui, outre le sacrilège de la messe interrompue, est accusé d’avoir abusé de nombreux enfants avant de les avoir tués. Le duc de Bretagne n’hésite pas. Avec l’accord de Charles VII, il fait arrêter le compagnon de Jeanne d’Arc, à Machecoul, le 19 septembre. Le 8 octobre, Gilles comparaît en audience solennelle devant le tribunal ecclésiastique présidé par l’évêque Jean de Malestroit. Comme il reste un seigneur très puissant, protégé du roi de France, il faut y aller sur la pointe des pieds. Aussi, le procureur Guillaume Chapeillon, retors comme pas deux, laisse croire à l’accusé que le procès qui lui est fait ne concerne que la banale affaire du château de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, de façon à ce qu’il ne récuse ni les juges ni le tribunal. Malgré son avocat, maître Vergès, Gilles tombe dans le piège. Il accepte le procès, mais il comprend vite sa douleur quand l’acte d’accusation lui est lu. Tout y est évoqué : meurtres, alchimie, sorcellerie, pédophilie… Le nombre de petites victimes est estimé à 140. Quoique certains aient évoqué le chiffre de 800 enfants !

Gilles veut récuser le tribunal. Trop tard. Il tempête de colère contre les clercs membres du tribunal. C’est aussi efficace qu’une écolo au gouvernement pour arrêter le programme nucléaire. Alors, il se mure dans le silence. Furibard, l’évêque de Nantes le menace d’excommunication, avant de lever la séance. L’excommunication, c’est ce que Gilles craint le plus, car il ne pourrait plus espérer le salut de son âme. Il serait condamné à l’enfer pour l’éternité. Il s’effondre. La morgue disparue, il joue sur le pardon. Le 15, il accepte la compétence de ses juges. Les 16 et 17 octobre, ses complices, ses rabatteurs, se mettent à table. Le 20, Gilles retourne devant ses juges qui attendent la confession de ses crimes. Il se fait tirer l’oreille, on le menace de torture. Il finit par confesser : “Pour mon ardeur et délectation de luxure charnelle, plusieurs enfants, en grand nombre, duquel nombre je ne suis certain, je pris et fis prendre, lesquels je tuai et fis tuer, avec lesquels le vice et péché de sodomie je commettais sur le ventre desdits enfants, tant avant qu’après leur mort et aussi durant leur mort, émettais damnablement la semence spermatique, auxquels enfants quelquefois moi-même, et autrefois d’autres, notamment par les dessus nommés Gilles de Sillé, le seigneur Roger de Briqueville, Chevalier, Henriet et Poitou, Rossignol, Petit Robin, j’infligeais divers genres et manières de tourments, comme séparation du chef et du corps avec dagues et couteaux, d’autres avec un bâton leur frappant sur la tête violemment, d’autres les suspendant par une perche ou un crochet en ma chambre avec des cordes et les étranglant, et quand ils languissaient, commettais avec eux le vice sodomique en la manière susdite, lesquels enfants morts je baisais, et ceux qui avaient les plus belles têtes et les plus beaux membres, cruellement les regardais et faisais regarder, et me délectais, et que très souvent, quand lesdits enfants mouraient, m’asseyais sur leur ventre et prenais plaisir à les voir ainsi mourir, et de ce riais avec lesdits Corillaud, Henriet, et après faisais brûler et convertir en poussière leurs cadavres par lesdits Corillaud et Henriet.”

Épouvante

Épouvante des juges qui recueillent cette confession. Ils sont au bord du malaise devant tant d’horreurs. Tout en égrenant ses crimes, Gilles pleure à chaudes larmes, implore la miséricorde de Dieu. Le 22 octobre, le tribunal exige qu’il répète sa confession en public. Cette fois, il se présente en gueux, vêtu d’un habit en drap rouge grossier. Disparu, le grand seigneur. Il se sait condamné par les hommes, aussi joue-t-il sa dernière carte pour gagner en appel devant Dieu en personne. Gilles détaille de nouveau ses crimes insoutenables devant ces hommes, dont certains sont les parents des petits disparus. La confession est tellement monstrueuse que le public est assommé. Pas un bruit, pas un soupir, pas une injure ne s’élèvent. On entend le diable voler. Le président du tribunal recouvre le christ accroché sur le mur derrière lui avec son manteau d’hermine, pour qu’il n’entende pas de telles horreurs. Le monstre ose terminer sa confession en adjurant les parents de se montrer sévères avec leurs enfants pour qu’ils ne suivent pas son triste exemple. Cécile Bourgeon opine avec joie… “Jamais Dieu ne me pardonnera si vous-même n’intercédez pas pour moi !” poursuit le baron. Incroyable, la foule, qui devrait vouloir l’écharper, tombe à genoux pour accéder à la demande du pire tueur en série que l’humanité ait porté. Ils prient tous pour que le Seigneur sauve le pécheur.

Le 23 octobre, Henriet et Poitou sont condamnés à être pendus puis brûlés. Le 25 octobre, même tarif pour Gilles de Rais, qui est déclaré par le tribunal ecclésiastique hérétique, apostat, invocateur de démons, sodomite et sacrilège. C’est le tribunal civil qui prononce dans la foulée sa condamnation à mort. Le 26 octobre 1440, Gilles de Rais est tiré de sa prison de Nantes pour être conduit sur le lieu de son supplice, la prairie de l’île de Biesse, suivi de la foule en procession. Il demande à être exécuté le premier pour donner l’exemple à ses deux complices. Faveur accordée.

Par FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS

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