Chronique : la pensée philosophique de Khali Madiakhaté Kala ou Moussa, l’éternelle icône immortelle-le soldat investi dans l’art épistolaire aux oubliettes. Un scandale d’Etat ! Par Ahmadou Diop

7865215-12208799Parlons un peu des prétendus savants aux relents racistes dans leurs écrits historiques, Montesquieu, reste bien le pivot de la négrophobie, malgré les tentatives de décharges qui ne convainquent personne, sauf peut être, les terroristes idéologiques, tendant à faire croire faussement le contraire de ce qu’on veuille bien attendre ! C’est l’absolution permanente des esprits. La renaissance historique de l’anthologie raciste est bien encrée dans les subconscients.
Donc, il y’a fort longtemps que je rêvais d’écrire sur un homme particulier, pourtant, prolixe par la prodigieuse qualité remarquable de son intelligence philosophique parmi l’échiquier littéraire des grands penseurs indélébiles des sentinelles d’honneur de toute l’histoire du Sénégal et peut être, du reste du continent africain.

Un homme, dont la pensée philosophique, phénoménale devrait être enseignée dans nos universités, comme une référence, à l’instar des grands philosophes français, tels Zola, Rousseau, Montaigne les plus considérés de la littérature française par leur apport postérieurement positif de leur pensée.
Il s’agit bien de Khali Madiakhaté kala. L’âme d’un peuple bien déterminé se mesure-t-il elle à l’aune de ses propres valeurs guerrières comme soubassement de son existence, ou au contraire, par sa capacité propre intrinsèque, réside dans sa grandeur humaine à respecter la culture de l’autre et quelle soit la race, et d’où qu’elle provienne ?

NB : pour éclairer les esprits, selon nos investigations sur l’homme d’honneur, Mame Marame Mbacké est le père de Sokhna Mbacké. Ce dernier est bien la mère d’Absa Diakhaté, elle-même, mère de Khali Madiakhaté kala.
Peut-on être crédible, sans verser dans le ridicule, en parlant de l’histoire du Sénégal, en excluant de prime abord, celui qui dans son temps, fut incontestablement la cheville ouvrière de la lutte pour la liberté, qui n’eût été porté, à aucun moment, la moindre casquette de directeur de conscience au nom de l’islam ?
Cet homme là, au verbe percutant par l’art de son habileté philosophique, ne laissait guère indifférent le colonisateur, qui n’avait rien d’autre à trouver que de le mettre en résidence surveillée pour son franc-parler dans le bureau du gouverneur des colonies à St Louis du Sénégal, dans un contexte de suspicions , surtout quand on est né sous la bonne étoile d’un homme aussi valeureux que lui, aux âmes bien nées, au bon endroit à une circonstance exceptionnelle, lui, gardait son esprit libre et son sang froid, pour dire librement ce qu’il avait à dire dans un langage clair, net et précis.
Cet homme là, que fut Khali Madiakhaté kala, non moins directeur de conscience qui lui valut le peu de disciples par rapport à ses pairs.
De Touba à Tivaouane, il est par essence la colonne vertébrale, le trait d’union de l’école du savoir. Khali reste dans la postérité par sa poésie, a marqué son temps.
Justement, et à juste titre, Cheikh Aliou Ndao écrit sur l’homme : « Khali Madiakhaté kala symbolise l’écrivain conscient de son rôle dans sa société, un homme libre, mais aussi un home des libertés ».
Le 12 janvier 1864, le Damel Lat Ngoné Latir Diop est battu par les français à Loro.
Voici le poème qu’écrivit khali au sujet de cet événement. Disons qu’il s’agit de quelques extraits.
« Lat Dior est-il sincère quand il prétend avoir embrassé la religion ou bien n’est-ce là qu’une façon habile de retrouver son trône du Cayor ?

Comme preuve à l’appui de sa foi islamique, Lat Dior s’est fait raser la tète. Est-ce qu’on doit recevoir l’ordre de se raser en dehors du pèlerinage ?
Les deux armées se sont rencontrées, les Français ont tiré, ont tiré encore (des boulets) de canon, alors l’armée de Lat Dior s’est débandée, taillée en pièces… »
On ne mesure pas la témérité de l’écrivain Khali Madiakhaté Kala qu’en se rappelant la puissance du roi du Cayor à l’époque, cependant , le poète a voulu donner une relation fidèle comme reporter, écrit, Cheikh Aliou Ndao dans Ethiopiques numéros 57-58 revue trimestrielle de culture négro-africaine 1 er et 2 e semestres 1993.

En fait, bien qu’il ait reçu la même formation que les autres dans les sciences de la religion musulmane, il [Khali Madiakhaté Kala] ne s’est jamais considéré comme un directeur de conscience. Ce qui l’intéresse, c’est le savoir en tant tel, surtout son aspect libérateur. C’est peut être ce qui explique que Khali Madiakhaté Kala n’ait pas eu de disciples permanents accrochés à lui, contrairement à ses pairs, renchérit, Cheikh Aliou Ndao.

Nous confirmons que le savant ait choisi lui-même librement le savoir et la voie de dieu, comme fondement de sa philosophie, tout en restant dans l’humilité et le dévouement pour la cause du Tout-Puissant, le Créateur de l’univers et de son prophète, Mouhamed [PSL] durant toute sa vie.
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Dans le bureau du gouverneur des colonies à St Louis du Sénégal, le même Khali Madiakhaté kala, qui n’eut pas sa langue dans sa poche, écrivit un autre poème.
«…Vas-tu te mettre en colère pour ce poème que j’ai composé sous la menace ?
Le coupable n’est-il pas excusable ?
Je ne sais pas si je suis un bouc émissaire entre les griffes d’un fauve ou bien un moineau empoigné par un enfant ».
Voilà 113 ans que le guide spirituel, l’exubérant aux œuvres éminemment monumentales, magistrales, rejoignit l’au-delà. PSL à son âme. L’homme historique que fut l’ascète, formé par la bonne école de son propre père, repose au cimetière de Keur Makala.
Khalimadiakhaté kala est né en 1835, mort en 1902. Un versificateur, grand érudit, de son vrai nom, Moussa Diakhaté
Il fut le fondateur du village de keur Makala et de Aïnoumane Diakhaté, en 1893, après attribution légale du terrain par le gouverneur général de l’AOF basé à Saint Louis. Les deux villages sont situés à quelques encablures de la communauté rurale de Thilmakha M’bacol, le cœur du Cayor, dans l’arrondissement de Niakhène, région de Thiès au Sénégal.
113 ans après, son mausolée passe inaperçu et dans l’indifférence quasi générale, comme si l’homme phénoménal, est inscrit dans le commun des mortels. Une injustice intolérable qu’on ne saurait passer sous silence.
L’Etat du Sénégal, clientéliste, ingrat, est injuste en vers ce Grand Savant, maître dans l’art des vers en arabe et wolof, n’est pas honoré, mais passe éternellement aux oubliettes.

Une telle attitude scandaleuse contraste avec les écrits du pr Amar Samb, qui fut le directeur de l’ifan, agrégé en grammaire arabe, durant sa vie, avait sa propre lecture sur l’écrivain des libertés. Ses écrits de haut niveau sur l’homme sont disponibles en librairie au Sénégal et dans le monde.
Khalima Diakhaté Kala, l’érudit exceptionnel est rappelé à dieu en 1902. Tout d’abord, comment alors, expliquer l’inexistence totale de sa photo dans les archives nationales de toute l’histoire du Sénégal ? Ses écrits majestueux, magistraux, plus que fournis, historiques, dorment en silence dans les étalages de l’ifan [institut fondamentale de l’Afrique noire].

Les historiens sont-ils aveugles, sourds et muets pour réhabiliter la dignité de l’homme, qui a tout donné aux sénégalais ?
khalimadiakhaté kala. Un érudit téméraire, écrivain, poète, maîtrisant parfaitement la grammaire arabe et le wolof, fut juge dans la cour de Lat Dior N’goné Latir Diop, dernier Damel du Cayor, mort en 1886 à Dékheulé, non loin de Thilmakha Mbacol, les armes à la main.

Mis en résidence surveillée plusieurs fois pour ses prises de position, il fut un combattant de la liberté. khalimadiakhaté kala, un écrivain parmi les plus considérables de son temps. Pourtant, aujourd’hui, il demeure le parent pauvre de l’historiographie des Grandes figures. Un paradoxe qui ne dit pas son nom.
Contrairement aux autres confréries, Aïnoumane Diakhaté demeure l’éternel oublié, dépourvu d’infrastructures élémentaires de soins de santé, encore moins de courant électrique.
De keur Makala à Aïnoumane Diakhaté, Il n’y a ni eau, ni dispensaire.
Les petits fils de khalima Diakhaté kala ont du mal à célébrer le Gamou organisé annuellement, faute d’aide et peut être même de manque de considération de la part de l’Etat Sénégalais, clientélisme politique, déficient, oblige. Est-ce parce qu’il n’était pas un directeur de conscience ? Le village périt peu à peu parce que n’offrant pas de perspective politique intéressante, est abandonné tout simplement sous l’autel du marchandage politique et laissé en rade.

Le cas de l’honorable Khalima Diakhaté n’est pas anodin. La tombe de Lat Dior Ngoné Latir Diop moisît à petit feu à Dekheulé à 20 km de Thilmakha Mbacol. L’état du Sénégal n’honore point ses héros, mais se prosterne servilement devant le maitre blanc. Et Cheikh Anta Diop, le savant noir, la référence par excellence de l’homme noir, le génie hors-pair, le scientifique, le plus coriace de toute l’histoire de l’humanité n’est pas non plus honoré.

Ahmadou Diop