La femme d’Hissène parle : « Après la prison, il réserve à Habré… »

Hissène Habré a-t-il une fracture ou pas ? C’est la polémique qui « énerve » la femme de l’ancien Président Tchadien. En exclusivité, elle raconte tout sur les colonnes du quotidien Tribune.

Que se passe-t-il avec l’état de santé d’Hissène Habré ?

Il y a eu le premier épisode sur la dégradation de son état de santé et puis après il y a eu cet accident au Cap manuel et toutes les péripéties qui ont suivies, mais le Président est toujours confronté à un refus de soin. C’est-à-dire qu’il est toujours en prison, on a refusé qu’il aille se faire soigner, se faire opérer notamment, pour gérer cette fracture.

Mais rien n’est fait, comme je l’ai expliqué dans le communiqué, sur ce qui s’est passé et le blocage qu’ils ont organisé. On lui a mis un atèle en lui demandant de prendre du Doliprane et voilà… Et puis on a initié beaucoup de demande de visite mais il (Habré) refuse même de me voir moi. Voilà qu’on on est donc confronté à une situation très difficile. Le Président était déjà malade, donc avec cette fracture comment est-ce possible…? Maintenant, on a installé une situation de ping-pong entre moi et l’administration pénitentiaire. On est arrivé même à douter de la réalité en disant que c’est faux, qu’il n’y a pas de fracture.

Quand je suis allée demander son évacuation pour cette opération, j’ai remis la radio de la fracture à la direction du Cap manuel, dans le but de collaborer avec les gens, parce que c’est tout à fait normal que l’on donne des éléments, pour pouvoir transporter le Président. Et j’ai aussi transmis son bulletin d’admission à la clinique de la Madeleine et j’ai avec moi le reçu de paiement des soins, de la radio, de la consultation, tout cela est tout à fait incontestable.

Mais au-delà de ça, je voudrai dire à l’administration pénitentiaire que je n’ai absolument rien conte elle. Au contraire, cela fait six années que je travaille quotidiennement avec eux, donc j’ai eu à connaître depuis ses six années, six directeurs, avec qui j’ai géré cette affaire Habré (…). Concernant les conditions de détention du Président Habré, mais qu’est qu’on n’a pas mis à leur disposition ? Ils n’ont rien…

Vous parlez de moyens financiers ?

Exactement. Un exemple simple : quand la chambre africaine a donné son verdict, le 27 avril 2019, un mois, deux mois après, tout est bouclé, c’est fini. La Chambre africaine a disparu… Quelle a été la situation au niveau du Cap manuel ? Ils ont dit « on vous a donné des véhicules L200, pour transporter le Président, qui faisait des vas-et-viens durant le procès, vous pouvez le gardez, parce qu’il n’en a besoins, vous pouvez circuler avec, l’amener chez le médecin prendre des soins, etc. Mais il n’y a plus de dotation de carburant et d’assurance. C’est cela la situation de l’administration pénitentiaire par rapport à l’affaire Habré.

Je n’ai encore rien dir sur cette folle nuit de son accident… Mais vous savez, dans la gestion, quand vous n’avez pas les moyens, ce n’est que la collaboration entre les deux parties qui font avancer les choses. Quand ils ont mis le président là-bas, il n’y avait pas d’eau. Pour les autres prisonniers, on amenait régulièrement des camions de la Sde pour remplir des cuves. Du côté du Président il n’y avait pas d’eau, mais nous on a géré le problème l’administration, qui ne faisait que constater le manque total de moyens. Donc on a mis des pompes, des suppresseurs, pour que tout le monde soit tranquille. Même les gardes qui le surveillent ont besoin de cette eau potable pour leur ablution, les toilettes, pour vivre. Lorsqu’il s’est agi de nettoyer la prison et que les prisonniers viennent pour le faire, nous on a un geste, en respectant la procédure.

On fait tout cela pour aider. On règle tous les problèmes. Est-ce que cette prison aurait eu aujourd’hui cette face si ce n’était pas mon investissement quotidien ? Jamais de la vie ! Il y avait des cailloux partout, c’était horrible et déprimant… Mais on a mis des plantes, pour qu’il y ait un peu de vie. Il y avait une salle d’attente où les gens, beaucoup de Sénégalais, des amis, ont été reçus dans des conditions déplorables. C’était une petite salle, avec des toilettes. Ça sentait mauvais… On a dit il y a une chambre qui est vide, laissez-moi mettre un petit salon, un tapis, un ventilateur, une fontaine d’eau, pour qu’on reçoive les gens avec un peu de respect et de dignité. Donc moi, ma position et m’a collaboration ont toujours été ainsi. (…). J’ai appris à connaître l’administration pénitentiaire. Ce sont des pères de famille respectables, des gens qui font leur travail, un travail lourd, difficile, au quotidien. Ils n’ont pas beaucoup de moyens et très peu d’effectif (…). Vous savez, les institutions, ce sont les hommes. On dit souvent qu’il faut que les institutions soient fortes, c’est du n’importe quoi. Une Constitution c’est quoi ? C’est des murs, des tables, des chaises, sans les hommes ? Ce sont les hommes qui font les institutions.

Est-ce que les formes de traitement d’Hissène Habré diffèrent selon les Directeurs ?

La gestion est différente avec les différents directeurs. C’est pour cela que je fais intervenir l’élément homme, qui dirige avec sa personnalité… Un autre fait très important, l’administration s’installe parfois dans une routine. On fait la même chose au quotidien : relève, garde, surveillance… Mais quels sont les éléments qui arrivent à perturber le bon déroulement des choses ? Ce sont des ingérences et des interférences extérieures politiques.

Je peux donner pleins d’exemple. Avant la condamnation, quand on amené le président à la Chambre africaine, pour être auditionné, comme lui il ne parlait pas et que cela les énervait un peu, ils ont dit qu’il faut enlever son turban. En fait, dans la pièce d’à côté, il y avait une caméra et une dame de l’Ambassade de France, qui suivait la retransmission de l’interrogatoire. C’est elle qui a demandé à ce que le turban soit enlevé, parce que c’est de l’arrogance. Le Procureur Mbacké Fall a demandé au directeur de la prison de faire enlever le turban par ses éléments (…). Mais le Directeur de la prison a refusé. Voilà un homme qui a montré sa dignité en respectant les lois. Il a bloqué les interférences politiques qui voulaient l’amener sur un autre terrain. Après cela ils l’ont muté et ontu mis quelqu’un d’autre.

Qu’en est-il de la nuit où Hissène Habré s’est fracturé ?

Quand il y a eu le problème dans la nuit, tout le monde dormait. Il n’y a pas eu de réaction, mais cela est un fait qui existe partout. Ce n’est pas seulement au Sénégal. Nous sommes confronté tous les jours à la routine. Mais ce qui pose problème, c’est la réactivité pour gérer un cas. Donc quand on arrive et qu’on trouve une situation, on collabore en le transférant, et on agit rapidement en tenant compte des soins. Mais j’ai vu dans la presse, des gens dire que cette histoire n’est pas vraie, madame Habré cherche à attirer les médias, il n’y a pas de bras fracturé. Et pourtant, depuis ces quelques jours on a eu des centaines de demande d’interview, même de la part de la presse internationale. Mais j’ai dit que compte tenu de la crise dans laquelle nous sommes, j’ai donné tous les éléments de détails et aussi il y avait le fait que nos avocats étaient en déplacement. Mais ils sont déjà de retour et ils vont bientôt réagir. Il a fallu donc que je monte au créneau pour alerter l’opinion. Maintenant, je dis simplement une chose : il ne faut pas que les gens se laissent manipuler, en nous faisant croire à un face à face entre madame Habré et l’administration pénitentiaire. Moi je dis stop parce qu’il s’agit de la santé du président. Laisser pourrir cette situation, c’est entraîner des complications (…)

Mais un Inspecteur et un médecin ont pris des nouvelles de son état de santé…

Lorsqu’on a parlé de la maladie oui. Mais ces gens on ne les a pas vus depuis cinq ans. Ils étaient venus, ont-ils expliqué, suite aux informations sur les médias, pour constater la situation. C’est tout! Moi je dis qu’au delà de tout ça, je ne veux pas perdre de temps parce qu’il y a une situation qui est difficile. Maintenant, si eux ils disent que madame Habré ment, c’est simple. Demain, donnons nous rendez-vous au Cap manuel. Nos avocats sont prêts. Toutes les organisations des droits de l’homme, qui ont beaucoup agi contre nous, sont invités à venir. C’est le moment de nous dire si les principes des droits humains les imprègnent… Hissène Habré a droit qu’on reconsidère sa situation par rapport à son état de santé. Les medias n’ont qu’à venir, la presse nationale et internationale, ils n’ont qu’a nous montrer si Hissène Habré est bien portant.

Pendent les travaux de la Chambre africaine, le Procureur Mbacké Fall disait attention, Madame Habré est dangereuse, il faut la userrer. Je connais les militaires : quand ils disent qu’il faut la serrer, cela veut dire qu’il faut la provoquer, mais on gère (…)
Donc vous voyez que ce sont des gens qui ont fait mettre le Président en prison avec une peine de prison à perpétuité, mais ce n’est pas suffisant, ils vont encore essayer de lui faire du mal, de le toucher…

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