Les Etats-Unis refuseront la nationalité aux immigrants bénéficiant d’aides publiques

Mexican US resident Roberto Márquez, places a United States national flag on the border wall next to Rio Grande river to demonstrate against the immigration policies of Donald Trump in the border between El Paso, US, and Ciudad Juarez, Mexico, on June 6, 2019. (Photo by HERIKA MARTINEZ / AFP)

Les immigrants qui seront jugés susceptibles de devenir des « charges pour la société » se verront refuser l’accès au territoire.

C’est une nouvelle mesure qui illustre le durcissement législatif visant les migrants aux Etats-Unis sous l’administration de Donald Trump. Washington a annoncé, lundi 12 août, que la nationalité américaine serait désormais refusée aux immigrants bénéficiantde prestations sociales, comme des soins subventionnés ou une allocation logement. Ces mesures ciblent des millions de travailleurs majoritairement hispaniques, occupant généralement des emplois peu rémunérés.

Les immigrants qui seront jugés susceptibles de devenir des « charges pour la société » se verront refuser l’accès au territoire. Ceux qui sont déjà aux Etats-Unis se verront refuser la « carte verte », le permis de séjour américain, précise une nouvelle réglementation publiée par la Maison Blanche. S’ils ont déjà une « carte verte », ils ne pourront pas obtenir la nationalité américaine.

La nouvelle réglementation vise les immigrants démunis qui bénéficient à leur arrivée sur le territoire américain, pendant une période limitée, d’allocations logement ou de bons alimentaires.Elle est aussi destinée à décourager les candidats à l’immigration peu qualifiés qui espèrent obtenir l’asile aux Etats-Unis.

Lire aussi Des centaines de manifestations contre la politique migratoire de Donald Trump aux Etats-Unis

« Respecter la loi »

La loi américaine sur l’immigration stipule que ceux qui viennent vivre aux Etats-Unis ne peuvent pas devenir une charge pour la société, rappelle la présidence. « Depuis des années, cette exigence claire a été largement ignorée, faisant peser une énorme charge sur les contribuables américains. Aujourd’hui, la loi sur les charges pour la société va enfin être mise en œuvre. »

« Avec la réglementation des charges pour la société, le gouvernement du président Trump défend à nouveau les idéaux d’autonomie et de responsabilité individuelle, en s’assurant que les immigrants sont capables de subvenir à leurs besoins et de réussir ici, en Amérique », a déclaré Ken Cuccinelli, le directeur par intérim des services d’immigration américains.

Cette nouvelle réglementation « protégera les contribuables américains, préservera notre système d’aides publiques pour les Américains vulnérables et fera respecter la loi », note un communiqué de la Maison Blanche. Lire aussi Alexandria Ocasio-Cortez engage le bras de fer avec la politique migratoire de Donald Trump

Les enfants pas concernés

Cette décision pourrait affecter 22 millions d’étrangers résidant légalement dans le pays, ainsi que quelque 10 millions d’immigrants installés illégalement aux Etats-Unis, souvent depuis des années.

Selon la Maison Blanche, la moitié des familles étrangères résidant aux Etats-Unis comprennent au moins une personne utilisant Medicaid, le système d’assurance maladie public du pays réservé aux plus démunis. En outre, 78 % des foyers dont le chef de famille est un étranger peu éduqué utilisent au moins un programme d’aide publique, ajoute l’exécutif.

M. Cuccinelli a précisé que la nouvelle réglementation entrerait en vigueur à partir du 15 octobre pour déterminer si les détenteurs de « carte verte » ont bénéficié d’aides publiques de façon abusive. Il a précisé que la nouvelle réglementation ne concernait pas l’aide à l’enfance ou aux femmes enceintes, ni les soins dans les services d’urgence des hôpitaux. Lire aussi Aux Etats-Unis, le sort des enfants au cœur du débat sur l’immigration

Le renforcement de la réglementation sur les « charges pour la société », envisagé depuis 2018, a reçu un soutien fervent des conservateurs aux Etats-Unis, tandis que les défenseurs des immigrés l’ont vivement critiqué.

« Politique raciste »

En mai, Donald Trump a annoncé une vaste réforme du système d’immigration légale aux Etats-Unis, destinée à sélectionner les étrangers sur la base de leur « mérite » et non plus en raison de leurs liens familiaux.

« Notre plan va transformer le système américain de l’immigration en fierté pour la nation et sera admiré du monde entier », a assuré le président américain, en dénonçant un système actuel « dysfonctionnel », « discriminatoire à l’égard des génies » et « des esprits brillants ». Lire aussi La politique migratoire de Donald Trump épinglée par l’ONU

Pour les groupes de solidarité avec les migrants, l’utilisation de l’aide publique par les migrants ne pose pas de vrai problème. Selon une étude du centre de recherche Urban Institute publiée le mois dernier, les nouveaux immigrants aux Etats-Unis ont déjà renoncé à des aides publiques depuis que les informations sur le possible renforcement de la règle des « charges pour la société » ont commencé à circuler l’an dernier.

Le National Immigration Law Center, une association de défense des immigrés, a annoncé lundi son intention de saisir la justice pour bloquer la mise en œuvre de cette réforme, qu’il a qualifiée de « politique raciste ».

lemonde.fr