Rapatriement des Sénégalais de Wuhan : toute la vérité n’a pas été dite.

Contrairement à ce que soutient le Président de la République, l’Etat du Sénégal n’a jamais envisagé de rapatrier les 12 étudiants bloqués à Wuhan. Dire que « Le Sénégal n’a pas les moyens de les rapatrier est inexact, car cette option n’a jamais été posée sur la table.

Dakar, lundi 3 février. C’est la levée des couleurs au Palais présidentiel. Le président est bien là. L’ensemble de son gouvernement aussi. Ainsi que les hautes personnalités de l’Etat. Les Sénégalais eux, attendent de leur chef qu’il leur parle de leurs compatriotes bloqués à Wuhan, en Chine, épicentre de l’épidémie de Coronavirus.

Macky Sall parle, et le couperet tombe. « Le Sénégal n’a pas les moyens de rapatrier » 12 de ses enfants bloqués à Wuhan. Pour Macky Sall, « Cela requiert une logistique tout à fait hors de portée du Sénégal. » Il ajoute, pour bétonner son argumentaire, qu’« Il faut des avions spéciaux qui puissent aller sur place. Ce ne sont pas des compagnies aériennes, mais des appareils militaires. » Sans oublier bien sûr le « personnel. »

Mais il ne dira pas le coût financier d’une telle opération. Il précise pour convaincre son monde que « Lorsque ces personnes reviennent, il faut pouvoir les mettre en quarantaine dans un lieu équipé. Ce qui n’est pas encore le cas pour le moment de notre pays et des pays africains.»

On se croit rêvait, mais c’est le Président de la République, l’homme en qui, tout Sénégalais en détresse, quel que soit la zone du monde où il se trouve, attend de lui, qu’il mette tous les moyens en sa disposition pour lui tirer d’affaire. C’est ce président qui venait de dire à 12 jeunes allaient en quête de savoir, débrouillez-vous, votre sort m’importe peu.

La mauvaise volonté du Président

A RéseauNews, nous peinions à croire à une telle affirmation du président de la République. Pour une raison toute simple. D’abord, le nombre de personnes concernées : 12. Un nombre insignifiant au regard du nombre des ressortissants des autres pays qui ont évacué leurs citoyens.

Ensuite, Wuhan n’est pas une zone de conflit ou la sécurité d’un personnel mobilisé serait en danger une fois sur place. Et enfin, nos hôpitaux et structures sanitaires pouvaient faire face à un nombre de personnes aussi insignifiant si le Président de la République avait donné des consignes fermes pour rapatrier nos compatriotes.

C’est pourquoi depuis cette fameuse déclaration du chef de l’Etat le 3 février, nous cherchions à comprendre les motivations du Président de la République. Comment un Etat peut-il de façon aussi impitoyable, laissé ses enfants face au danger, alors qu’il a les moyens de les venir en aide ? Parce que c’est faux que de dire que le Sénégal ne peut pas rapatrier une douzaine de personnes non contaminée, et que nous ne pouvons pas les mettre en quarantaine une fois au pays.

Pour rappel, nos médecins avaient réussi à soigner un patient guinéen atteint d’Ebola. Donc, nos médecins sont aptes à gérer de telles situations si la volonté politique et les moyens suivaient. Au final, le refus du président de la République de rapatrier les 12 étudiants n’est rien d’autre que la mauvaise volonté.

Les aveux du Secrétaire d’État, Moïse Sarr

D’après un médecin sous couvert de l’anonymat, « si le Président avait donné des instructions pour préparer le rapatriement des Sénégal de Wuhan, les conditions de leur accueil auraient pu être régler. Car personne ne peut s’opposer à la volonté présidentielle. Dire que le Sénégal ne peut rien faire n’est pas tout à fait vrai ».

Et le médecin n’a pas totalement tort. A y voir de près, le Gouvernement n’a jamais envisagé de rapatrier les étudiants de Wuhan. La certitude a été donnée par le Secrétaire d’Etat, en charge des Sénégalais de l’Extérieur, Moïse Sarr. Ce dernier a posté un message sur son compte Facebook le 11 Février à 23H07, pour apporter une « précision sur la tentative avortée de ralliement de notre pays à partir de Hong Kong d’un individu en provenance de Wuhan via Turkish Airlines. »

D’après le ministre, « le Service du contrôle sanitaire aux frontières aériennes de l’AIBD a été saisi hier (lundi) par la Direction de l’Exploitation de l’Aéroport international Blaise Diagne suite à une requête de la compagnie Turkish Airlines relative à une autorisation pour embarquer un passager à partir de Hong Kong, en provenance de Wuhan.

Cette ville étant actuellement en quarantaine, le contrôle sanitaire a opposé une fin de non-recevoir à cette demande d’autorisation et, mieux, a saisi le Commissariat spécial de l’aéroport ainsi que la Direction de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACIM) pour, non seulement, partager cette information mais aussi inviter à une coordination des trois structures. »

La Mauritanie rapatrie ses ressortissants

Et le ministre en charge des Sénégalais de l’Extérieur, de noter que cette coordination a permis de prendre les décisions suivantes : « Une interdiction formelle à la compagnie d’embarquer le passager au risque de se voir refuser l’autorisation d’atterrir au Sénégal ; Une demande d’identification du passager de manière à surveiller toute autre tentative de contournement par une autre compagnie et une saisine de la Direction de la Police aux Frontières pour un contrôle étendu aux frontières terrestres et maritimes. »

Donc, il ressort de cette déclaration du ministre que le Gouvernement a menti en disant que le Sénégal n’a pas les moyens de rapatrier ses enfants. Parce que cette option n’a jamais été posée sur la table. Sinon, comment comprendre que ce jeune étudiant veuille rentrer à son pays et que le Gouvernement le lui interdit ? Si le Gouvernement, par faute de moyens n’avait pas pu les rapatrier, il devait plutôt se réjouir qu’un de ses fils ait pu sortir de l’enfer de Wuhan et l’accueille avec un dispositif et des mesures appropriées.

Mais pendant que le Sénégal laisse ses enfants à son propre sort, les pays comme l’Algérie, le Maroc ou encore la Mauritanie ont rapatrié certains de leurs ressortissants depuis la ville de Wuhan. Or, beaucoup de médecins de ces pays sont formés à l’Université Cheikh Ata Diop de Dakar. Où est la logique dans tout ça ?

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