ABDOU LATIF COULIBALY, MINISTRE DE LA BONNE GOUVERNANCE CHARGE DES RELATIONS AVEC LES INSTITUTIONS « Les élections locales se tiendront à bonne date »

Autant la première partie était axée essentiellement sur les questions socio-économiques de l’heure, autant dans la seconde et dernière partie de l’entretien qu’il a bien voulu accorder à Sud Quotidien et que nous vous proposons ici, le Porte-parole du Gouvernement, Abdou Latif Coulibaly, ministre de la Bonne Gouvernance et chargé des relations avec les Institutions, aborde des questions éminemment politiques de l’heure à travers des réponses qui ne manquent pas de pertinence.abdou latif coulibaly micro

Nous en sommes aujourd’hui à trois gouvernements en moins de deux ans, le Président Macky Sall ne risque-t-il pas là de battre le record de son prédécesseur ?

Les motivations et les raisons des changements qui ont été notés me paraissent plus importantes dans la comparaison. Je ne suis pas entrain de dire que c’est normal qu’il y ait une instabilité gouvernementale. Sous ce rapport, il me semble qu’auparavant il y avait des instabilités qui tenaient moins à des raisons objectives que subjectives avec tout de même un nouveau Premier ministre, chaque année (2001, 2002, 2003), sous Abdoulaye Wade.

Et si je considère aujourd’hui les trois gouvernements qui se sont succédé en moins de deux ans, comme vous dites, il y a à mon avis une réelle volonté de réajuster les choses dans le sens de l’intérêt général. C’est tout ce que je peux en dire de mon point de vue car il ne m’appartient pas en tant que ministre d’apprécier les choix dans la formation du gouvernement.

Dans les consultations précédant la formation du gouvernement les alliés, semble-t-il, n’aurait pas été consultés. Des signes avant-coureurs de séparation ?

Je n’ai aucune prétention d’être dans le secret des dieux mais honnêtement, je vais vous dire, le Président Macky Sall est un homme d’une courtoisie et d’une élégance telles qu’il n’est pas possible que des moments aussi importants que la formation du gouvernement se passent sans qu’il n’ait envisagé d’en discuter et surtout d’écouter les uns et les autres, même si la décision finale lui appartient. D’abord je suis convaincu que pour les personnalités les plus emblématiques de cette alliance, la concertation est permanente. En revanche, j’espère que les gens ne confondent pas consultation qui relève des règles de bienséance dans une alliance et demande d’autorisation.
Il y a tout de même un fait notoire dans toute cette dynamique de changement et qui est relatif à l’absence depuis un certain temps de la question casamançaise dans le discours.

Que se passe-t-il ?

Cela devrait plutôt vous rassurer, à mon avis. On en a parlé pendant trente ans, ça a réglé quoi ?… De mon point de vue, c’est probablement parce qu’on en parle pas qu’il y a un travail qui se fait. Tout le monde est pressé pour la Casamance et c’est légitime, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille se lancer dans une frénésie improductive. Moi en tout cas je suis rassuré qu’on travaille dans la discrétion quant à une matière aussi délicate et difficile.

Qu’en est-il justement de la communication gouvernementale qui a souvent renvoyé les échos d’une cacophonie au sommet?

Je peux vous dire que la communication gouvernementale est une préoccupation majeure notamment pour le Premier ministre. Non pas communiquer pour communiquer mais pour être utile auprès des citoyens qui demandent et expriment un besoin de connaitre et de savoir. Communiquer également pour que nous membres du gouvernement puissions arriver à persuader les populations de la justesse de notre position et de la vigueur des options que nous avons faites.
Déjà avec le gouvernement précédent, nous avions conduit des réflexions qui avaient abouti à un grand séminaire dont les résultats ont été consignés. Je suis sûr que le Premier ministre qui dispose déjà de ce document-là en fera un très bon usage. J’estime tout de même que jusque-là, il y a des choses justes qui ont été dites et d’autres injustes. Beaucoup de choses utiles ont été faites par le gouvernement et je confesse que nous n’avons pas toujours été à même de les expliquer et les faire comprendre aux populations.
De ce point de vue dans les différentes formes de communication il faut distinguer la communication qui a pour vocation d’assurer les relations publiques et de construire l’image de marque d’un gouvernement. Mais également, d’amorcer des changements et des attitudes attendues des citoyens quand c’est nécessaire. Jusqu’ici, tous les gouvernements qui se sont succédé ont eu une démarche et une approche très individuelles de la communication. J’ai un ami qui parle de perspective « héroïque » de la communication qui consiste à dire Latif Coulibaly a mal parlé, tel a bien parlé, tel autre a trop parlé. Sous ce rapport, je pense qu’il faut rompre avec cette perspective individuelle qui veut que le « héros » de la communication c’est celui qui parle bien, qui défend bien le Président. Or il s’agit plutôt de défendre la politique du Président de la République. Sous peu vous verrez la nouvelle orientation.

Et alors la fameuse question du mandat présidentiel, comme pour la question Casamançaise, est-elle « taboue » ou frappée du sceau de la « discrétion » ?

Comme vous le savez, cette question comme relève d’une réforme constitutionnelle et nous sommes d’accord que depuis que le Président a été élu il n’a procédé à aucune réforme constitutionnelle.  Ceci dit, on peut apprécier ou pas la démarche qui est suivie pour y arriver. Toujours est-il que le Président a décidé de mettre en place une commission nationale de réforme des institutions qui va faire des propositions sur la base desquelles le Président décidera, conformément à ses pouvoirs.  Au-delà de ces considérations, j’admets que la parole des hommes politiques a été tellement dévoyée que quand on la donne, on a le sentiment qu’elle sera matérialisée par un baptême.  Moi je suis persuadé que le Président Sall le fera parce qu’il l’a dit à son peuple.

Pourrait-on s’attendre à un report des élections locales au vu des urgences que vous avez annoncées ?

Il y a une sorte de fixation sur les élections locales mais je voudrais clair en disant que ces élections se tiendront à date. Je sais pourquoi les gens parlent d’un possible report, c’est parce qu’il y a une réforme qui est engagée et qui aura des conséquences sur la configuration du découpage territorial d’une certaine manière, avec de nouvelles collectivités locales.
Si les uns et les autres sont d’accord qu’il y a un consensus qui se dégage sur le principe de la réforme, pourquoi ne pourraient-ils pas l’être sur le fait que ces réformes importantes pour l’avenir du pays on devrait faire des concessions acceptées par tout le monde pour arriver à un consensus qui nous permettrait d’organiser les élections sans heurts majeurs ? En plus la question du report n’est pas essentielle, ce qui l’est à mon avis c’est comment aboutir à ce consensus.

L’organisation de ces prochaines joutes suscite tout de même quelques circonspections quant au ministère en charge de l’organisation des élections, en lieu et place d’une structure indépendante tel que le préconisent les assises nationales?

Vous voulez sans doute parler d’une Ceni. Je vous dirais d’abord que dans certains pays que je ne voudrais pas citer il y a une Ceni et ça n’a pas empêché des contentieux électoraux. Au Sénégal il n’y a pas de Ceni et depuis 2000 il n’y a pas de contentieux électoral. Ça veut dire que ce n’est pas la structure en soi qui est la garantie, mais plutôt les institutions que nous mettons en place.
La question est donc de savoir est-ce qu’au Sénégal les institutions dont nous disposons sont capables d’organiser des élections en toute transparence avec des résultats qui satisfont les sénégalais. La question est oui, il me semble. Nous on n’a pas de Ceni mais on n’a pas non plus de contentieux électoraux. Cela devrait nous amener à réfléchir…

Soi, mais le fait de mettre un politique de surcroît jugé comme partisan à la tête du ministère chargé des élections pose déjà un problème…

Là vous posez une autre question qui est relative à la qualité de l’homme qui dirige le ministère, mais vous ne remettez quand même pas en cause l’organisation par le ministère de l’Intérieur.  Ceci dit, je pense que ce n’est pas un principe mais plutôt des circonstances qui déterminent cela. Au fond quand les gens posaient cette question, c’était en supposant que le ministre de l’Intérieur manipulait les élections pour le compte de son parti…

Certains le « supposent » davantage aujourd’hui…

Peut-être, pourtant il y a des éléments qui militent contre ces suppositions. Rappelez-vous en 2009, Abdoulaye Wade au plus fort des accusations, perd les élections locales notamment Dakar et, c’est le ministre le plus estampillé politique était à la tête du ministère chargé des élections.
C’est pourtant avec le même ministre de l’Intérieur que Abdoulaye Wade avait gagné les élections de 2007. Ça veut dire simplement que la réflexion doit être moins émotionnelle que rationnelle. Le raisonnement que je fais-là est un raisonnement rationnel et pourtant, moi qui vous parle j’ai participé aux assises, je ne vous dirais pas aujourd’hui quelle était ma position, j’épouse la position générale des assises. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir une capacité d’analyse, une fois confronté à la réalité des choses, qui est qu’en 2012, c’est le ministre de l’Intérieur le plus critiqué de l’histoire de notre pays qui a organisé l’élection présidentielle perdue par son camp.

Si la leçon ne sert à rien, je me pose des questions. En tout cas, je crois honnêtement que s’il n’avait tenu qu’au ministre de l’Intérieur qui a organisé la dernière élection présidentielle, Wade serait encore là. La question est alors, faut-il alors chambouler une organisation qui marche déjà et qui a donné des résultats probants et reconnus comme tels partout à travers le monde pour une question idéologique ou autre ?

Entretien réalisé par

Bacary Domingo MANE
Et  Malick NDAW
FIN-VOIR DEPUIS NOTRE
EDITION DU LUNDI 9 SEPTEMBRE 2013

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