ACCUSATIONS DU C.A – Népotisme et gestion gabégique : Cheikh Thiam sous un chaud Soleil

Une sombre histoire d’acquisition d’une imprimerie Rotative Offset par la Direction générale de la Société sénégalaise de presse et de publications (Sspp) Le Soleil Sa, doublée d’un plan de recrutement de personnel injustifié secouent la direction du «Soleil». cheikh-thiam-soleil

Après un audit mené par l’Ige et le Cabinet Ncc West Africa, plusieurs fautes qui commandent la prise de «mesures conservatoires» ont été relevées. Le Pca demande des explications au Dg et fait ampliation de ses observations salées au ministère de la Communication, des Télécommunications et de l’Economie numérique, à l’Inspection générale d’Etat du Sénégal (Ige), aux membres du Conseil d’administration et au commissaire aux comptes.

Une mission d’audit menée conjointement par l’Inspection  générale d’Etat du Sénégal et le Cabinet Ncc West Africa et chargée expressément de passer aux lasers les comptes et la gestion de la Société sénégalaise de presse et de publications (Sspp) Le Soleil Sa, a exhibé au grand jour des révélations renversantes. Celles-ci ont accouché sur une interpellation par voie épistolaire de Cheikh Thiam, Directeur Général de la société éditrice du quotidien national Le Soleil par le Président du Conseil d’administration. Cette correspondance datée du 20 juin dernier porte sur des mesures conservatoires et des décisions urgentes rendues nécessaires  en particulier par un projet d’acquisition d’une imprimerie Rotative Offset et le financement qui lui est associé, mais aussi par un recrutement du personnel aux contours glauques.

Acquisition d’une Rotative Offset à 1 015 000 000 Fcfa alors que l’ancienne ligne n’est pas cédée
Tout est parti d’un projet d’acquisition d’un matériel d’imprimerie, une Rotative Offset. Mais, dans la correspondance, ce projet d’envergure et d’un impact financier de 1 milliard de  Francs Cfa a été initié sans avoir été profondément pensé, ni assis sur un cadre cohérent.

«Aucune étude formelle démontrant sa justification économique, son opportunité et sa rentabilité globale n’a été mise à la disposition des membres du Conseil d’administration malgré les multiples demandes réitérées lors de sa dernière séance en date du 30 janvier 2013», constate le Pca. Pire encore, le financement dudit projet est conduit sans aucune information au Conseil d’administration relativement au contrat de prêt et aux garanties données, en violation des pouvoirs dudit conseil qui «délibère et confère toute autorisation préalable en matière de cautions, avals et garanties.»
Pourtant, ce projet, entré dans sa phase d’exécution doit entraîner le démantèlement de la chaîne d’imprimerie Solna D300 acquise en 2000 pour environ 1 200 000 000 Cfa dont sa composante séchoir ultra violet, un matériel de très haute technologie, n’a jamais été mise en service. Or, entre temps, la réhabilitation de la chaîne d’impression qui était à «l’arrêt technique» depuis le 13 février 2009 avait été évaluée, consécutivement à la demande du Dg par une mission des experts du constructeur Solna, com­me techniquement faisable moyennant environ 194 277 000 en 2012.
Le Pca, à la suite de l’Ige et du Cabinet Ncc West Africa n’a pas manqué de relever une flagrante incohérence : «Aucune étude sur les débouchés et les possibilités de cession de la ligne d’impression Solna après démantèlement n’a été faite alors que son démontage est prévu dans les jours à venir (03 juillet selon le Plan de passation de marchés 2013).» Il s’y ajoute que dans la procédure de passation du marché, les règles juridiques applicables à ce type de projet (équipement fabriqué hors du Sénégal) ont été méconnues.

Le marché a été passé par appel d’offres restreint avec la Société Erre di Esse Africa Sarl au capital de 1 000 000 créée le 12 janvier 2011 en lieu et place d’une procédure d’appel d’offres ouvert plus indiquée pour ce type de projet. Dans le même temps, la Société Erre di Esse Africa n’avait, jusque-là démontré aucune capacité technique à exécuter ce marché au regard du dossier d’appel d’offres et qui n’avait pas encore fourni de garantie financière.
La fouille de l’Ige et du cabinet ont surtout reproché au Dg les modalités d’exécution de ce marché. Le courrier du Pca dénonce : «Par correspondance en date du 27 décembre 2012, la société attributaire du marché, Erre di Esse Africa, dans l’incapacité de fournir une garantie financière d’égale montant, a renoncé à l’avance de démarrage de 20% du prix, soit 203 millions FCfa, pour proposer que 80% du paiement  du marché lui soit fait dès embarquement de la machine et que la garantie de bonne exécution de 5% qu’elle aurait dû constituer en soit retenue. Ce qui constitue des modifications des conditions de base du marché non sanctionnées par un avenant et un renoncement à la garantie obligatoire stipulée dans le contrat approuvé par la Dcmp. La société est ainsi exposée à une grave insécurité juridique et un risque financier énorme.»

Un contractuel payé mensuellement 892 674 sans avoir pris service
En amont, dans le financement de l’acquisition de la Rotative Offset, le Dg avait signé avec la Banque Diamond Bank Sénégal, un contrat de prêt dans des conditions «inhabituelles, injustifiées et onéreuses, ajoutant au risque financier global de l’opération.» Pour mener à terme son projet, le Dg avait ouvert dans les livres de Diamond Bank Sénégal un «compte séquestre» et y a domicilié des subventions de l’Etat ainsi que des recettes d’exploitation qui portent son solde à 800 millions FCfa à la date du 28 février 2013 sans aucune stipulation de rémunération de ces dépôts.

Dans le même temps, la banque a débité dans un compte d’opération un prêt d’un montant de 400 millions FCfa à titre de prêt, dont les intérêts à un taux de 10% courent depuis le 28 février 2013 alors qu’elle n’avait décaissé aucun franc. Au final, en plus des intérêts, la société a supporté sur cette opération des frais de 4 914 000 FCfa en date du 31 décembre 2012 pour la mise en place du crédit.
L’audit avait aussi mis à nu une gestion des ressources humaines totalement décousue et que les besoins de la boîte ne justifiaient pas. Le reproche est lourd : «Il a été constaté qu’entre 2008 et la date d’aujourd’hui, 54 recrutements de personnel ont eu lieu, en l’absence totale de plan de recrutement justifié par des besoins réels et soumis au Conseil d’administration et au mépris des conclusions de rapports de diagnostic sur la situation de la gestion des ressources humaines de la société et aux recommandations qui en sont issues.»

Pire encore, le Pca reproche au Dg d’avoir signé un contrat de travail pour un poste de «Conseiller spécial, coordonnateur général de l’administration» pour un salaire contractuel de 892 674 FCfa par mois ayant fait l’objet de bulletin de paie depuis deux mois alors que la personne concernée n’a pas encore pris service.
Ces faits justifient, selon le Pca, le sursis à tous ces projets ainsi que la prise de «toutes les mesures de sauvegarde nécessaires jusqu’à autorisation expresse du Conseil d’administration qui sera convoqué incessamment sur la situation de la société.» Le Pca conclut à l’adresse du Dg : «J’engage votre responsabilité personnelle dans l’exécution de ces directives et vous demande de me faire parvenir sans délais tous les contrats et documents relatifs à ces affaires et de préparer à l’intention du Conseil une note circonstanciée pour plus amples informations.»
abasse@lequotidien.sn

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