Guy Marius Sagna: La mauvaise conscience d’une société couchée

Quatre catégories d’individus peuplent notre pays. Il y a celui qui, instruit ou non, constate l’insondable souffrance dans laquelle vit une partie importante du peuple, comprend les mécanismes internes et externes qui la produisent et se bat au quotidien, avec courage et détermination, souvent sans rien attendre en retour, contre les acteurs qui l’entretiennent.

Il y a celui qui, comme le premier, comprend les mécanismes de domination et d’exploitation du peuple par une élite moralement corrompue, mais n’a ni le courage ni la dignité de se battre pour changer l’ordre (ou le désordre) des choses. Dans certains cas il fricote avec les puissants du moment; dans d’autres il capte les richesses résiduelles qui tombent du banquet des voleurs tout en tentant de justifier sa démission ou sa lâcheté par le fait qu’il mène une carrière professionnelle ne lui permettant pas de « dire certaines choses ».

Il y a aussi celui qui n’est ni instruit ni vraiment conscient des enjeux et des subtilités et complexités politiques mais est juste, digne et courageux. Il est présent à tous les combats, à chaque fois qu’il constate que la dignité humaine est bafouée, le droit ou la justice piétinés ou le bien commun détourné.

Il y a en fin celui qui n’a ni la connaissance, ni le courage ni la dignité de se battre pour ou contre quoi que ce soit. Il est enfanté par une société qui ne lui a donné aucune chance, aucune place, aucun choix, aucune perspective. Il est juste là!

Chacun d’entre nous est en relation avec l’un ou l’autre de ces individus à un moment ou à un autre. Nous devons ajuster notre comportement à leur état qui est presque naturel.

Le premier est un héros qu’il faut soutenir et qui mérite que l’on fasse des sacrifices pour lui. Guy Marius Sagna en est un. Le second est un adversaire qu’il faut combattre par tous les moyens. Le troisième est un allié utile et un soldat qui faut former et intégrer dans les rangs. Et le quatrième est un boulet qu’il faut ignorer.

Chacun doit reconnaître sa classe et émarger à sa place.

Dr Cheikh Tidiane Dieye