Karim WADE, De Plan « Takaal » À Plan « Yakaal »

CHRONIQUE DE WATHIE

Ses alliés culminent, ses camarades de parti déclinent, à tout ce beau monde qui s’inclinent à ses pieds, Macky ne réserve que des cailloux. La débâcle qu’il cherche à subir, en forçant un troisième mandat, sera plus fatale à ses partisans bavards. Lui est assuré que celui pour les beaux yeux de qui il va entreprendre le suicide collectif lui ouvrira une porte menant non pas à une cellule de Rebeuss mais, plutôt, à une chambre d’hôtel. Les « retrouvailles » de Massalik al-Jinan et la rencontre au Palais n’ont fait que consolider cette diabolique succession. Des entrevues publiques qui n’auraient pas été nécessaires s’il ne fallait pas, entre-temps, réhabiliter l’héritier. Cela qui passe irrémédiablement par une sorte de « décrispation ».

Moustapha DIAKHATE, membre fondateur de l’APR, dégommé, Aminata MBENGUE NDIAYE élevée en dépit de sa stature, pendant qu’Aïssata TALL SALL est spécialement envoyée. Ceux qui tutoyaient le sommet déclinent et pour davantage être ferrés, les partenaires culminent. Pendant ce temps, comme ils l’avaient fait en 2011, les mercenaires de la langue défendent le droit de reniement du président.

Seulement, à l’instar des analystes du samedi, beaucoup sont loin d’imaginer que le plongeon que Macky SALL entreprend n’est rien d’autre qu’un suicide collectif. Notre chronique de la semaine dernière a largement fait cas des fenêtres qu’il s’est ouvert, à travers le référendum du 20 mars 2016, pour la légitimation de son revirement à venir. Que ses alliés et autres camarades de parti qu’il n’a pas encore défenestrés se la coulent tout doucement. Entre Macky va briguer un troisième mandat et il va faire un troisième mandat, il y a plus qu’une nuance.

Le troisième mandat

Pour un politique rusé et avisé, il n’aurait pas été question de faire exactement comme avait fait l’adversaire qu’il a battu et remplacé. Seulement pour Macky, WADE est loin d’être un adversaire. Celui qui l’a fait, est un maître, plus qu’un modèle. Sa participation à la présidentielle de 2024, est la monnaie de la pièce qu’il lui a si généreusement donnée.

Que les historiens se concentrent davantage s’ils avaient manqué un détail. La présidentielle de 2012, c’est une histoire qu’ils auront à revivre. Macky SALL n’est certes pas dans les mêmes dispositions que son prédécesseur mais va faire exactement comme lui. En effet, si au lendemain de sa réélection, en 2007, Me WADE était réellement disposé à quitter le pouvoir à l’issue du mandat que les Sénégalais venaient de lui renouveler, c’est parce qu’il ne doutait pas de la victoire de son fils aux élections locales de 2009. Ces dernières avaient été repoussées, à plusieurs reprises, pour permettre à Karim WADE de terminer les chantiers de l’ANOCI qui allaient faire de lui le maire de Dakar à même de remporter la présidentielle de 2012. Seulement, ce 22 mars 2009, la terre trembla sous les pieds des WADE. La désillusion était à la mesure des espoirs. Les premiers résultats émanant des urnes étaient tout simplement impitoyables. La Coalition Sopi fut balayée à Dakar comme dans beaucoup d’autres capitales régionales du Sénégal. Bennoo Siggil Sénégal, la coalition regroupant l’essentiel des partis de l’opposition, remportait Thiès, Diourbel, Saint-Louis, Fatick, Louga… Plus illustratif, Dakar, la capitale, tombait dans son escarcelle. Ultime humiliation, Karim WADE et son président de père furent laminés dans leurs bureaux de vote respectifs au quartier Point E. Les voix des opposants doublaient même les leurs. Dans le bureau numéro 4 où Karim WADE avait voté, Bennoo Siggil Sénégal avait engrangé 186 voix contre 89 pour la Coalition Sopi. C’est parce que ses calculs s’étaient retrouvés au fond de l’eau, que Me WADE décida de forcer le passage en se présentant à la présidentielle de 2012. En le faisant, il évitait de devoir désigner un candidat autre que son fils qui pourrait, élu ou pas, légitimement disputer le PDS à ce dernier. Ce que Me WADE n’imaginait pas hier encore moins aujourd’hui. Malgré sa déroute électorale, Karim était nommé ministre d’Etat chargé de la Coopération internationale, de l’Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures. L’intitulé pompeux de ce super département ministériel était à la mesure de la stature que WADE voulait donner à son fils qu’il ne pouvait nommer Premier ministre. Et pour davantage témoigner qu’il était au service de ses compatriotes, le leader du PDS dégomme Samuel SARR et lui confie également le département de l’Energie. Avec des milliards de F CFA, Karim WADE lançait le plan « takaal », décidé à débarrasser les Sénégalais des coupures de courant intempestives.

Macky SALL qui aura été le principal bénéficiaire de la cacophonie suscitée par le troisième mandat de Me WADE, va lancer le nouveau plan qu’il a concocté avec son mentor qui avait organisé la présidentielle qui l’a consacré président de la République. Pendant que ses alliés qui pourraient se présenter à la présentielle de 2024, s’il n’y participe pas, sont « gâtés », Macky SALL, qui n’a rien fait pour que le mouvement APR soit un réel parti politique, avec une structuration distincte, s’en prend aux opposants à même d’annihiler les plans de WADE, en devenant Khalife à la place de Karim.

Au même moment, recrutés et installés au cœur du pouvoir, des énergumènes qui peuvent passer de faux-lions à honorable député vont continuer à divertir l’opinion, à travers des forfaitures, les unes plus scandaleuses que les autres. Au finish, les Sénégalais risquent de ne rien comprendre et ainsi engager le mauvais combat comme celui qu’a été le remplacement de WADE par Macky.

Mame Birame WATHIE

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