Le printemps des élites… (Adama Gaye)

Sous leurs pieds, brusquement, le sol est parti. Un vaste cratère s’est ouvert, la terre est agitée, elle tremble, et plus rien n’est sûr. Un harmattan sec s’est abattu sur eux.

C’est l’affolement général chez les faussaires du Sénégal, plus que jamais exposés à la traque des technocrates et des élites, d’une population, debout, sous l’éclairage d’une VAR, le déboulement d’une techtonique des plaques numériques.
Mobilisation vitruelle et physique les bousculent et ils sont tellement secoués qu’ils en arrivent à s’entre-accuser de tous les péchés d’Israël, à faire dans la divulgation des secrets de famille, plus tonitruants les uns que les autres, plus déchaînés, en mode ‘outing’ d’anthropophagie.

Tout y passe depuis quelques-semaines : sur les dérapages autour d’un mandat présidentiel déjà illégitime que l’on cherche à prolonger à vie, en oubliant que les frasques du transhumanoïde en chef, le mal-nommé, Serigne Mbacke Ndiaye, pouvaient provoquer quelque désordre ; sur les semences ; sur l’aide à la presse ; sur les errements sexuels ; sur tous les coups faits, en famille politique, dans l’univers Apériste, tout se déglingue.
Les aveux, la mère des preuves, ne sont pas les plus destructrices de leurs positions désormais ramenées à un réduit.

Lame de fond

C’est le contre-feu inattendu du réveil d’une élite, soudain consciente de ses devoirs, si elle n’est convoquée en mission par la brutale perte de son pouvoir d’achat du fait des hausses en série que celle de l’électricité induit, qui change totalement la donne. It’s a game-changer, disent les anglophones. Nous entrons dans un autre monde.

Les experts sont en passe de prendre la parole, à défaut du pouvoir. Et ça fait beau à voir. De Dakar à Montréal, de New York au Caire, partout, une lame de fond est à l’œuvre qui a déclenché ces secousses telluriques dont les premières, les plus symptomatiques, victimes sont ceux qui se croyaient dans un douillet abri, sous la protection d’un régime qui s’imaginait en position de force, inexpugnable.

Or, le bouleversement est maintenant là : les vents ont tourné. Un faisceau de facteurs explicatifs en donne les illustrations les plus précises :

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on peut noter que les experts de la traque de la haute criminalité, au sein des forces de défense et de sécurité, semblent avoir entrepris, échappant au contrôle d’une hiérarchie politisée, d’aller à la chasse des criminels lovés dans les endroits les plus insoupçonnables de la nation, dans les milieux les plus sacrés, du Parlement au gouvernement, jusque dans les espaces judiciaires. Le résultat est là : jamais n’a-t-on autant démasqué de criminels à cols blancs ni mis à nu les trafics de drogue et d’argent, y compris la fabrication monétaire en quantité industrielle par un député. Plus aucun de ces criminels, hier recouverts d’un manteau d’impunité, ne se sent en sécurité.

Quand les services spécialisés font leur boulot, ça rassure le pays, c’est admirable à voir, c’est le plaisir de voir une expertise professionnelle déployée au lieu de se consacrer à museler les adversaires politiques d’un pouvoir soucieux de cacher ses dégâts et de contenir ses critiques légitimes,

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qui n’est pas bluffé par la science des experts de la finance ayant entrepris, depuis ces derniers jours, de révéler, de confirmer, les maquillages, le ‘doctoring’, de celui qui, il n’y a guère, passait encore pour l’homme le plus compétent, le Zorro, champion du redressement des entreprises boiteuses. Comment ne pas saluer cette plongée au laser qui n’a pas que dévoilé les méfaits de Makhtar Cissé et de ses acolytes, dont l’actuel directeur général de la Sénelec, et son propre directeur de cabinet au Ministère mal-nommé du Pétrole et des Energies ?

Je salue, ce matin, le travail remarquable d’édification par les chiffres, entre-autres, de Pape Alioune Dieng et Moussa Bala Fofana. Ils ne permettent plus le doute. Seul, à présent, une motte de terre fragile retient l’homme au cou souvent tordu pour donner une image de sagesse, lunettes vissées sur le nez, propos langoureusement patriotiques, qui n’était en fait qu’un 419, c’est-à-dire ce que les Nigérians désignent par cet article de leur code pénal comme un escroc !

En venant à la rescousse avec une fine analyse des chiffres de l’arnaque ayant coulé la Sénélec, les ‘number-crunchers’, les spécialistes des chiffres ont ajouté à mes propres écrits sur ce qui se passait autour du…sage de Dagana. Où sont celles et ceux qui remettaient en question mes accusations le concernant ?

Faire sauter les verrous

Bien sûr, il faut qu’il y ait plus d’experts pour faire sauter les verrous sur les entourloupes d’un régime qui ne repose que sur ça : des surfacturations en tous genres, notamment sur les comptes du développement de la société FAR autour de son champ pétro-gazier SNE-Sangomar, jusqu’aux scandales encore fumants, de Petrotim aux micmacs fonciers de Mamour Diallo, aux braquages financiers illimix de Ibrahima Ndiaye Agetodjeh, aux milliards dissipés par Mame Mbaye Niang, pour ne citer que les plus connus.

Elites du Sénégal, de sa Diaspora, sortez et exprimez-vous. Le pays est anxieux d’écouter votre opinion, votre expertise, il ne croit plus aux sornettes des menteurs.