Macky ni franc, ni maçon

En s’en prenant à Guy Marius Sagna, le pouvoir ne cherche pas uniquement à affaiblir la plateforme « Aar li nu bokk ». Par ce procédé, il parvient peu à peu à détourner celle-ci de son objectif premier : faire la lumière sur le scandale Petro Tim  

Les « Lions » sont-ils revenus d’Egypte avec les 400 mille que les Sénégalais réclamaient, non pas à Aliou le coach mais, à Sall le frère ? Quelle logique universelle voudrait que les Algériens, qui ont rempoté la CAN,  continuent à manifester, tandis que les Sénégalais, heureux de leur finale perdue, en arrivent à oublier leurs problèmes ? Ce serait alors croire, comme le député Woré Sarr l’a suggéré, que les nombreuses pannes de l’usine de Keur Momar Sarr ont permis à Macky d’ensorceler ses compatriotes qui ne mouftent pas malgré les calamités qu’il multiplie. Non, l’euphorie de la défaite ne peut faire oublier le casse du siècle, le crime économique qui a permis à Frank Timis de mettre la main sur les ressources du Sénégal. Seulement, les instruments de l’Etat en bandoulière, Macky manœuvre afin de faire passer les contestataires de « Aar li nu bokk » à « Aar Guy Marius Sagna ».

Comme nous l’avions précédemment indiqué, Macky est déterminé à noyer l’énorme requin qui empêche son dernier mandat de démarrer normalement. Pour définitivement étouffer le scandale Petro Tim, tous les moyens semblent lui convenir. Après avoir vendu la défaite des « Lions » comme une victoire et festoyé avec des jeunes en mal d’occupation, le régime a frappé la contestation au cœur. En effet, en s’en prenant à Guy Marius Sagna, le pouvoir ne cherche pas uniquement à affaiblir la plateforme « Aar li nu bokk ». Par ce procédé, il parvient peu à peu à détourner celle-ci de son objectif premier : faire la lumière sur le scandale Petro Tim.

« L’arrestation de notre compatriote, pour « fausse alerte au terrorisme » qui n’émane pas de lui, risque de connaître le même flop judiciaire que les arrestations d’Imam Ndao, Ousseynou Diop et de Saër Kebe incarcérés dans le cadre de la même loi anti-terroriste ». Cette réflexion de Moustapha Diakhate, anciennement chef de cabinet de Macky Sall, est partagée par de nombreux autres Sénégalais qui estiment que cette affaire ne repose sur rien du tout. « Ils savaient qu’en l’envoyant en flagrant délit, il serait libéré face à un juge indépendant. Le procureur a demandé l’instruction pour couper la tête d’un mouvement contestataire et le maintenir en détention. C’est de l’arbitraire », a expliqué Me Assane Dioma Ndiaye. Seulement, même s’il est évident, pour de nombreux juristes, que Guy Marius SAGNA serait libéré une fois devant un juge, le régime est en passe de réussir son tour de passe-passe.

«Si on laisse passer l’arrestation de Guy Marius Sagna aujourd’hui, demain ce sera le tour d’un autre ». Cet avertissement d’Aliou Sané, coordonnateur du mouvement « Y en a marre », n’a pas empêché au procureur de placer Guy Marius Sagna sous mandat de dépôt. Il n’a pas non plus incité les Sénégalais à descendre dans les rues pour réclamer la libération de l’activiste. Il renseigne, toutefois, des nouvelles dispositions du mouvement citoyen qui, à l’instar des autres partis et organisations de la société civile membres de la plateforme « Aar li nu bokk », est désormais plus préoccupé par la libération de Guy Marius Sagna. « Nous réaffirmons notre soutien sans faille au FRAPP/France Dégage et n’accepterons jamais qu’un lanceur d’alerte et fervent défenseur des causes justes soit l’agneau du sacrifice. Urgences panafricanistes appelle le peuple à s’engager pour mener le combat pour la libération du camarade Guy », note un communiqué de Urgences panafricanistes.

Pendant ce temps, Sall-Junior se trouve un moment de répit. Comme s’il a été assuré qu’une fois qu’il aura mis la main sur ce qu’il a présenté comme le Coran et démissionné de son poste de DG de la Caisse des Dépôts et Consignations, rien ne lui arriverait plus. Trois semaines sont passées sans que de la Place de l’Obélisque ne résonnent des « sunu pétrole » (notre pétrole), « sunu gaz » (notre gaz), « Aliou voleur », « Macky dictateur »….

« On te tient avant d’aller chercher les preuves de ta culpabilité »

Comment ne pas s’insurger contre de telles méthodes ? « L’affaire Guy Marius Sagna révèle la vulnérabilité des Sénégalais. On ne peut plus parler de sûreté ou de sécurité humaine si le procureur peut sur son bon vouloir mettre un citoyen sous mandat de dépôt», s’est désolé Me Assane Dioma Ndiaye, président de la Ligue sénégalaise des droits de l’homme (LSDH).  Pour étouffer une affaire qui aurait pu lui valoir une comparution devant la Haute cour de Justice, Sall-sénior ne lésine pas sur les moyens et ne compte pas les coups-bas. Jusque-là, il a réussi à résoudre les Sénégalais à : « si on accepte ça aujourd’hui, il fera pire demain», comme avec le référendum de 2016, comme avec l’arrestation de Khalifa Sall, comme avec les législatives de 2017, comme avec le parrainage, comme avec Petro Tim…

En 2012, les Sénégalais étaient loin de connaitre Macky Sall qui en a profité pour enfumer tout le monde en octroyant  des licences à Frank Timis, collaborateur direct de son frère. Mais maintenant que l’iceberg s’est totalement découvert, il ne devrait pas être question de laisser Macky Sall octroyer d’autres licences d’exploitation qui léseront le Sénégal au profit de mystérieux aventuriers. 

En effet, le Sénégal s’est décidé à lancer son prochain cycle de licences dans le secteur du pétrole et du gaz lors d’une conférence- exposition organisée du 9 au 11 octobre au Cap, en Afrique du Sud, par Africa Oil & Power.  Le patron de cette dernière compagnie, Guillaume Doane, reçu la semaine dernière par Macky Sall, a décidé de lui remettre un prix pour magnifier « ses efforts visant à relancer l’économie sénégalaise et à créer un marché attractif pour le pétrole et le gaz ». Du lobbying fait de fumisterie dans le seul dessein de mettre la main sur les ressources du Sénégal.

PAR MAME BIRAME WATHIE