Macky Sall : rancunier ou pharaonique ?

Le jour où j’en aurai la volonté ou le désir, je le ferai, dixit Macky Sall sur la grâce présidentielle de l’ancien maire de Dakar.

Alors qu’il était récemment destitué de son poste de président de l’Assemblée nationale, Macky Sall disait n’avoir aucune rancune contre le président Wade, mais plutôt contre son fils, Karim et l’entourage du président Wade. En tant que victime d’une combine politique, il était vêtu de sagesse en disant que notre démocratie est en train de s’affaiblir, le manque de séparation de pouvoir était réel et que notre Assemblée nationale était inefficace. Quand il fut destitué, il aurait pu être emprisonné pour l’affaire de blanchiment d’argent, mais le président Wade a fait preuve de grandeur.

Grandeur du président Wade

Le ministre de l’Intérieur du temps, Cheikh Tidiane Sy, avait demandé à Macky Sall de se présenter au commissariat central pour être placé en garde à vue. En ce moment, Macky Sall commençait à s’inquiéter, car il croyait qu’il allait être emprisonné et être empêché de se présenter aux élections locales et de se rendre aux Etats-Unis pour prendre part au « petit-déjeuner national de prière », qui est un évènement annuel qui se tient à Washington, DC, auquel des milliers d’invités de plus de 100 pays prennent part. Il s’agit de réunions, déjeuners et dîners organisés par les membres du Congrès Américain. C’est une très bonne occasion pour un futur candidat à n’importe quelle élection de se présenter pour nouer des contacts et être crédible aux yeux des dirigeants du monde.

Il lui était reproché d’être impliqué dans une affaire de blanchiment d’argent avec un Sénégalais établi au Gabon. Une correspondance, fut interceptée par les renseignements sénégalais, entre Macky Sall et un chef d’Etat africain, qui prouve que les fonds proviennent de ce dernier. Les carottes pouvaient être cuites pour Macky Sall sur ces charges et comme le Sénégal est un pays où les marabouts sont plus écoutés que le président, il s’est tourné vers le khalife général des mourides au temps.

Il a fallu l’intervention de feu Serigne Bara Mbacké pour calmer l’affaire. Serigne Abdou Lahad Mbacké, ancien ambassadeur et Madické Niang, étaient les médiateurs auprès du Khalife. Macky Sall, avait auparavant, déjà demandé une intercession auprès de feu Serigne Saliou pour une réconciliation avec le président Wade. Le président Wade finira par le recevoir et il était convenu d’enterrer la hache de guerre. Ce sera avec l’aide de feu Serigne Bara Mbacké quand même que cela se passera et le chef du groupe parlementaire, Doudou Wade, annoncera la bonne nouvelle de réconciliation.

Tous les moyens sont bons.

Restant convaincu que l’ancien Premier ministre Idrissa Seck a détourné des fonds et s’est illégalement enrichi aux dos du peuple sénégalais, Macky Sall voulait profiter de cette occasion pour éliminer un adversaire redoutable. Macky disait ne pas vouloir rester au sein du parti tant qu’Idrissa Seck y serait, et que sa place, c’est plutôt la prison. N’avait-il pas accusé Abdoul Latif Coulibaly d’avoir conspiré avec Idrissa Seck pour avoir publié certains de ses livres contre Wade ? Macky ne voulait pas laisser l’affaire et il s’assurait que les enquêtes se poursuivirent en France et il avait même transmis une commission rogatoire au gouvernement suisse afin d’identifier les fonds qu’il pensait être logé dans les banques suisses. Il avait même dit qu’Idrissa Seck avait accepté de restituer les fonds, ce que l’équipe juridique a catégoriquement nié. Il disait encore qu’il est nécessaire de poursuivre Idrissa si on voulait éradiquer la corruption au Sénégal. Il faut se rappeler qu’Idrissa Seck avait refusé de demander une mise en liberté provisoire sachant qu’il était innocent. Macky Sall disait aussi qu’il avait reconstruit le PDS et qu’il ne peut pas se permettre qu’on ternisse l’image du parti. Il était prêt à démissionner de n’importe quel poste si le président Wade avait donné à Idrissa Seck un poste de responsabilité au sein du gouvernement. J’aurai loué la posture du président Sall si durant son magistère, les détourneurs de deniers publics étaient mis en prison, mais hélas, ils sont promus à de meilleurs postes comme pour les féliciter. L’aurait-il fait pour lui-même et non pour le Sénégal ?

Une fois sur le trône, il faut maintenant écarter tous les opposants qui puissent lui poser problème. Le premier opposant, qui n’était certes pas redoutable, a été écarté. Karim Wade sera condamné par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), une juridiction spéciale, à une peine de six ans d’emprisonnement et à une amende de 138 milliards de francs CFA. Il était accusé de montages financiers complexes quand il était au sein du gouvernement. Suite à un décret daté le 24 juin 2016, il bénéficie d’une grâce présidentielle même si les sanctions et l’amende sont toujours maintenus. Protocole de Doha ?

Après s’être vengé du fils du président Wade, il fallait maintenant écarter l’opposant qui était le plus redoutable. Khalifa Sall a remporté toutes les élections contre le régime de Macky Sall. Il a battu Aminata Touré, aux élections municipales, dans la localité de Grand-Yoff et avait même remporté les quinze communes sur les dix-neuf de Dakar. Étant donné que la condamnation de l’ancien maire est exécutoire et définitive, une demande de grâce peut être introduite par lui, son avocat ou sa famille pour pouvoir bénéficier d’une liberté. Cinq ans de prison ferme et 5 millions de francs CFA d’amende pour détournement de deniers publics, l’ancien maire de Dakar est en train de purger sa peine avec dignité. Que Dieu l’assiste.

Enfin

Si le président Wade avait fait emprisonner Macky Sall, cela aurait pu diminuer ses chances de devenir président, cependant, le président Wade a fait preuve de grandeur et a accepté d’être démocratiquement battu par le président Sall. Pourquoi le président Sall ne peut pas aussi faire preuve de grandeur en s’opposant démocratiquement contre ses adversaires. Tous les autres pouvoirs au Sénégal sont au service de l’exécutif et maintenant la libération de certains prisonniers politiques dépend de l’humeur du président de la République. Doit-on parler de Royaume du Sénégal ou d’un pharaon à la tête de Sénégal?

Mohamed Dia

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