POURQUOI LA FRANCE EST UN PAYS INSTITUTIONNELLEMENT RACISTE ?




La mort de « Big Floyd » dit George, victime de violences policières à Minneapolis, fait s’embraser l’Amérique depuis plus de dix jours. En France, des milliers de personnes, dont une majorité de jeunes, ont bravé l’interdiction de manifester afin de rendre hommage, mardi à Paris et ce samedi à tous les George Floyd et les Adama Traoré victimes de la police
américaine ou française.

Devant cette situation de révolte on a tendance à vouloir faire un parallélisme entre la police française et celle américaine. Il est à priori nécessaire de remarquer que si l’Amérique a eu son Martin Luther King qui s’est opposé pacifiquement au racisme, la France a eu son Général De Gaulle qui a cherché à mettre tout le monde dans le même moule français en empêchant aux minorités d’émerger ou de se faire entendre.

Ainsi, quoi de plus différent que les philosophies politiques qui président à la lutte contre les discriminations en France et aux Etats-Unis ? En effet, en France, la République a déployé une grande partie de son énergie à lutter contre les différences raciales au nom de l’universalisme et d’une laïcité théoriquement porteuse d’égalité ; aux Etats-Unis à l’inverse, l’idéal universaliste a été mis au service d’une nation mosaïque « salad bowl » où, le respect des différences est l’alpha et l’oméga de la politique des minorités.

Dans le contexte américain, l’attitude française qui consiste à refouler les identités particulières dans la sphère privée au nom de la lutte contre le communautarisme ne serait pas loin d’être assimilée à du racisme d’Etat. Ainsi ne saurait-on pas amener à se demander pourquoi la France est un pays institutionnellement raciste ?

C’est Stokely Carmichael qui a mis à jour la notion fondamentale de « racisme institutionnel». Le racisme institutionnel est la forme la plus sournoise de discrimination puisque non seulement il échappe aux lois qui généralement condamnent les actes de racisme dans les sociétés occidentales, mais encore parce qu’il s’insinue dans la législation elle-même, y compris dans la législation censée lutter contre le racisme.
Ainsi le système politique français est en principe égalitaire. En réalité, le mode de représentation des citoyens au parlement français est calculé de telle manière qu’un citoyen ne puisse être élu -sauf exception qui confirmera la règle – qu’en fonction de son phénotype.

De ce fait, une personne perçue comme « noire », « arabe » ou d’« origine » ne peut-elle être élue, en pratique, que dans les départements d’outre-mer c’est-à-dire les anciennes colonies esclavagistes. En clair, aucun Afro-descendant ne peut faire de carrière politique normale en France, c’est-à-dire avec l’espoir d’accéder au plus haut niveau de responsabilité comme la présidence de la République. Ce système ne doit rien au hasard. La Ve République a fait le choix d’une décolonisation de façade « les anciennes colonies africaines restant discrètement sous tutelle » comme l’a voulule Général De Gaulle pour éviter que les ex-coloniaux, égaux en droits, ne forment un groupe

majoritaire au Parlement, comme cela se serait produit certainement si la logique de la IVe République s’était maintenue, une fois l’égalité politique acquise, grâce à Lamine Gueye. Ce système politique institutionnellement discriminatoire a été délibérément entretenu, depuis 1958, par tous les gouvernements, de droite comme de gauche, qui évitent, par calcul
électoral, d’engager des réformes éducatives qui permettraient aux Français, en sortant du système scolaire, d’avoir un minimum de connaissances et de réflexion.

Il n’y a aujourd’hui, en France, aucune politique sérieuse de lutte contre le racisme à travers l’éducation. Ainsi, les programmes d’histoire, par exemple, s’appuient-ils toujours sur les quatre figures fondamentales de l’idéologie raciste, esclavagiste et colonialiste : Christophe Colomb, Louis XIV, Voltaire et Napoléon. De nombreux professeurs d’histoire sont sous le contrôle d’un historien controversé – Olivier Pétré-Grenouilleau, nommé inspecteur général sous la présidence de Nicolas Sarkozy – qui a
déclaré publiquement et impunément dans un journal de grande diffusion : « La loi Taubira, qui criminalise l’esclavage et la traite transatlantiques est de nature à renforcer l’antisémitisme en France ».

C’est bien évidemment du fait de cette carence éducative que les 2/3 des Français, selon le sondage annuel publié par la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sont persuadés que l’idée de « race » est une réalité scientifique démontrée. Plus inquiétant : si l’on se réfère au même sondage, presque 20 % des Français sont persuadés que la « race » blanche est « supérieure » aux autres.

Outre l’éducation, le fonctionnement de l’audiovisuel – qui forme l’opinion- est fondé sur la même idéologie. Toutes les structures qui diffusent l’information en France -à commencer par les structures publiques- sont imprégnées de l’idéologie de la « race » et contribuent à la véhiculer.
La plupart des décideurs de l’audiovisuel, la plupart des personnes qui apparaissent à l’antenne des chaînes françaises de télévision, sont choisies implicitement sur le critère de la suprématie de la « race » blanche.

Les rares Afro-descendants qui échappent à cette doctrine ne sont que des alibis servant à la renforcer. Ainsi exhibe-t-on des personnes souvent incultes et peu exemplaires pour représenter des « noirs » perçus selon les stéréotypes de l’époque coloniale : ignorants, infantilisés, réduits à la danse, aux sports, à la chanson (les « cultures urbaines » et le zouk).

Seule une volonté politique permettrait de sortir de cette spirale. Mais la droite française mise sur les préjugés de son électorat traditionnel. La gauche, sur la montée de l’idéologie d’extrême-droite, susceptible d’affaiblir la droite. La manière dont la France baigne dans les préjugés s’explique par le poids de son histoire récente. La dictature ouvertement raciste de Napoléon n’a jamais été officiellement dénoncée. La France feint de croire et tente de faire croire qu’elle aurait inventé les droits de l’homme alors qu’elle a inventé le racisme avec des théoriciens tels que La Peyrière, Bernier, Voltaire ou Vacher de Lapouge.

Cette situation, évidemment dangereuse dans un pays où l’immigration est ghettoïsée, n’est pas irréversible, mais elle suppose une véritable révolution intellectuelle et politique. Ainsi institutionnellement, le politiquement correct américain, qui consiste à sacraliser les identités minoritaires serait vu comme un ferment de désagrégation de la nation et une porte ouverte à
toutes les dérives. La France ignore délibérément les différences, quitte parfois à ne pas donner les moyens de combattre les inégalités nées du racisme. « C’est le moment de voir la réalité en face et à bon entendeur salut ! »
Amadou Diallo https://dialloboeducation.blog4ever.com/